‹ Tableau du vieux ParisChapitre 132 sur 138 · DANSEURS DE CORDE · texte numérisé non relu

DANSEURS DE CORDE

encore; mais l’admiration de l’auteur semble prouver que ce Turc fut un des restaurateurs de la haute école , et qu’on lui doit en j>artie cette renaissance de la danse de corde, qui fut contemporaine de la renaissance des lettres.

Turc généreux, grand Turc, qui nous dira ton nom? Il ne me manque que de le savoir pour l’immortaliser.

C’était surtout les dimanches et les jours de fête que la danse de corde faisait merveilles dans les rues. En 1560, sur les plaintes des curés de Paris, un règlement de police, enregistré par La Mare, réduisit les acrobates à ne plus se montrer qu’aux foires de Saint-Germain et de Saint-Laurent. Durant tout le XVII* siècle, on ne les voit guère exécuter leurs exploits qu’en champ clos et dans des baraques foraines. Loret ne manque pas de signaler les sauteurs et danseurs au premier rang parmi les curiosités de ces lieux de délices. La foire était le centre et le rendez-vous de tous les funambules. Les diverses troupes qui vinrent s’y établir se composaient d’abord presque exclusivement de cabrioleurs, les uns gambadant sur les planches, les autres sur la corde roide, et tous ces spectacles ne furent pas autre chose pendantd’assez longues années. Nous avons cité, dans notre chapitre sur la foire Saint-Germain, les noms les plus illustres parmi les funambules du lieu : Maurice Vondrebeck, Antoni, etc. ; nous avons parlé des

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troupes d’Allard, de Maurice et de Bertrand, dont les pièces n’étaient, pour ainsi dire, que des accessoires, encadrant les mille et un tours de force et d'agilité de leurs acteurs, et destinées surtout à leur fournir un prétexte et à les faire valoir. Il en coûtait seize sols aux premières loges pour assister à ce spectacle, et le prix des autres places était en proportion *.

Il y avait dans ces baraques des acrobates véritablement prodigieux et qui n’ont jamais été dépassés. On en vit qui dansaient sur la corde, armés de pied en cap, les jambes enchaînées, les pieds enfoncés dans des sabots ou des bottes, en faisant Texercice du drapeau, en jouant du violon, sur le dos, sur la tête ou entre les jambes. On vit des singes, des rats, des serpents rivaliser avec les plus habiles funambules. Vers la fin du xvii^ siècle, à la foire Saint- Germain, un Turc, — c’est encore l’honnête Bonnet qui rapporte ce fait mémorable dont il avait été témoin oculaire, — montait tout droit le long d’une corde, attachée de haut en bas auboutdïin grand mât, et dontle sommet allait jusqu’au plafond du jeu de paume. Une fois arrivé sur le faite, il attachait son balancier au bout du mât, qui était surmonté d’un rond de bois large comme une assiette, et là il virait de tous les côtés sur lui-même comme une toupie fouettée par un écolier, puis dansait la tête en bas et les pieds en

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