DANSEURS DE CORDE
force d’ajouter qu’il n’en fut rien: des circonstances imprévues, suivant le terme usité en pareil cas, et peut-être les ordres de la police, empêchèrent la réalisation de ce projet grandiose *.
Mademoiselle Rose et mademoiselle Malaga dépassèrent peut-être encore lagloire deRavel et de Forioso. Mademoiselle Rose étaitune danseuse brillante, pleine de fougue et de verve, tourbillonnant sur la corde avec la même sûreté que sur le plancher des vaches, experte en tous genres d’exercicesdifficiles et périlleux, sachant se maintenir en équilibre sur un chandelier, la tête en bas et les pieds en l’air, ou renouveler la danse des épées qui avait jadis illustré la belle Tourneuse *, en pirouettant plus de vingt minutes sur ellemême, avec la pointe de dix armes posées dans ses narines ou sur sa gorge. Mademoiselle Malaga, charmante jeune personne à la physionomie suave et rêveuse, étaitune funambule de l’école métaphysique, pleine de poésie et d’expression. Elle dansait sur la corde avec les ailes d’une sylphide et les grâces décentes des Nymphes chantées par Horace. Même lorsque, variant ses travaux, elle se faisait servir au public arrangée à la crapaudine sur un plat d’argent, elle, gardait encore celte chasteté idéale qui annonçait la Taglioni. Mademoiselle Rose et mademoiselle ^lalaga avaient chacune son spectacle; mais on les vit