I.ES COnPORATIONS
Beaucliamps que les peintres de Lyon y jouèrent, en 1536, « \e Murmurement el fin de Coré, Dathan et Abiron, » et nous savons par le témoignage de Sauvai, qui s'est attaché à recueillir toutes les vieilles traditions, toutes les coutumes locales tombées en désuétude, que la première capitale du royaume ne se laissait pas dépasser sur ce point par la seconde.
• Autrefois, nous apprend-il en son chapitre des Processions, le jour de la Fête-Dieu, des paroissiens de Saint-Nicolas conlrefaisoient Jésus-Christ, lesapôlres, Adam, Ève, Abraham, Isaac et Moïse, mais avec des moqueries et des scandales si honteux, qu’en 1571 le Parlement, par arrêt, condamna à deux cents livres parisis d’amende ceux qui à l'avenir, profaneroient de la sorte une si sainte fête. » Sous ce renseignement un peu vagiie, il est facile de deviner l’indication d’une sorte de mystère qui allait de la chute de l’homme à sa rédemption, en passant par les figures intermédiaires des prophètes et des précurseurs du tfiirist.
A la procession du Saint-Sacrement célébrée par l’église Saint-Barthélemy en 1593, on exposa en public un tableau de Lucifer foudroyé, représentant le feu roi Henri III et une foule de Politiques , désignés par leurs noms, qu’une multitude de diables tourmentaient, brûlaient, tenaillaient cruellement. En
ET LES CONFRIÎRIES. 'l 3
paradis, on voyait des anges tenant sons leurs pieds des démons, et parmi eux il y en avait un plus grand que les autres, foulant un diable ceint d’une écharpe blanche, au-dessus duquel était écrit en grosses lettres : le Béarnais, et au-dessus de l’ange : .V. de Guise, roi. Ce merveilleux tableau, vrai mystère en peinture, tout à fait à sa place dans la paroisse la plus ligueuse de Paris , avait été composé par les soins de Jean Petit, l’un des Seize, pour entretenir dans ses bonnes dispositions le peuple de Paris’.
Les corporations marchaient dans les rangs de la procession, portant la bannière et quelquefois les reliques du patron; toutes les maisons étaient tapissées, tous les pavés parsemés de fleurs, et de nombreux reposoirs, où les diverses confréries et les divers quartiers travaillaient à se vaincre les uns les autres, s’élevaient de distance en distance.
Le journaliste Loret parle quelquefois des reposoirs de son temps, entre autres de celui qu’avait dressé sur la place Royale, en 1653, l’année où le roi édifia ses sujets en suivant tà pied le Saint-Sacrement, cette vaillante madame Pilou, dont les commérages de Tallemant des Réaux ont immortalisé le caustique bon sens, — et de celui que le peintre Lebrun avait décoré avec une richesse et un goût magnifiques devant les Gobelins, en 16G4.