‹ Tableau du vieux ParisChapitre 18 sur 138 · Tahleaii de Paris, chap. de la Fête-Dieu · texte numérisé non relu

Tahleaii de Paris, chap. de la Fête-Dieu

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bénédiction, et obligent leurs camarades à se mettre à genoux. Un petit bedeau fait le furieux, dès que l’on commet la moindre irrévérence. Les grands enfants qui le matin ont fait à peu près les mômes cérémonies, — ajoute gravement le philosophe Mercier, — lèvent les épaules et se moquent de la procession des petits quand ils la rencontrent. •

Le marquis de Brunoy, fils du financier Paris de Montmartel, se rendit célèbre au xvin® siècle par le luxe inouï qu’il déployait, dans son domaine de Brunoy, près de Paris, pour célébrer la Fête-Dieu. Il dépensait cent mille écus chaque année à bâtir un reposoir et à organiser une procession selon ses vœux, où l’on voyait figurer, revêtus d’ornements en or, plusieurs centaines de prêtres et de moines, qu’il convoquait de toutes parts. La fête se terminait par un immense et splendide festin, où s’asseyaient non seulement les prêtres, mais la foule des curieux attirés par la cérémonie. Il dépensa ainsi une grande partie des vingt millions dont il avait hérité de son père, et sa famille finit par obtenir son interdiction, bien qu’il se fût défendu par un argument qui, à ce qu’il me semble, n’eùt pas manqué de valeur dans une autre bouche : « Si j'avais donné cet argent à une courtisane, on ne l’eût pas trouvé mauvais; je l’ai appliqué à la décoration du culte catholique, dans un pays catholique, et l’on m’en fait un crime ! » Le jour de l’Octave, im des plus magnifiques repo-

LES CORPORATIONS

soirs élait bâti sur la place Dauphine, du moins au xvm« siècle, et les jeunes peintres qui n’avaient pas encore conquis leur droitd’cntrée aux expositions du Louvre, les membres de l’académie de Saint-Luc, héritière de l’ancienne corporation des imagiers et rivale obscure de l’Académie des beaux-arts, avaient le droit de venir exposer leurs œuvres sur les tapisseries dont ce reposoir élait recouvert, pourvu, bien entendu, que les sujets traités ne jurassent pas trop avec le caractère sacré de la cérémonie. Les miniatures, les tableaux d’histoire, les paysages, les portraits ti l’huile abondaient à ce Salon en plein vent, qui donnait une physionomie originale au reposoir de la place Dauphine, où débutèrent et se firent connaître un certain nombre de peintres devenus illustres depuis. C'est surtout sous le règne de Louis XYI et aux approches de la Révolution que cet usage avait pris une extension singulière, et que le reposoir de la petite Fête-Dieu sur la place Dauphine, où d’ailleurs les tableaux trouvaient un cadre magnifique dans la richesse de la décoration, était devenu l’un des spectacles les plus courus de Paris'.

Le dimanche qui suivait l’octave de la Fête-Dieu, la solennité recommençait avec une nouvelle splendeur à l’église Saint-Laurent. La paroisse organisait

1. Vilet, Acad, de peinture, p. 181 . — Journal de Wille, publié par O. DupleRsin, l. I", p. 5712, et sui v.— Jl/ém. secrets, juin 1783, 178S, elo. — V. aussi Ed. Fournier, Hist. duPont-Neuf, p. 297- 308.

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cc jour-là une procession immense, que ne pouvait contenir le faubourg Saint-Martin dans toute sa longueur. Elle empruntait les encensoirs, les ornements, le personnel de toutes les autres paroisses. Deux cents jardiniers en cheveux ronds revêtaient les habits sacerdotaux. Des couronnes de Heurs pendaient à des guirlandes attachées dans les airs. Des enfants portaient le costume sommaire du petit saint Jean, menant un agneau par un ruban rose ou bleu. Les filles du Sacré-Cœur, les confréries avec leurs bannières, une multitude de petits garçons et de jeunes personnes vêtus de blanc, s'alignaient dans les rangs de la procession. Les roses pleuvaient en nuées sur le passage du saint-sacrement, porté sous un dais dont les notables tenaient les cordons; cent cinquante thuriféraires se succédaient en évolutions savantes pour encenser l’hostie; quarante suisses avaient grand’peine à contenir la foule avec leurs hallebardes, et le corps diplomatique, rangé sur le balcon de l’ambassadeur de Venise, assistait avec recueillement à l’interminable défilé. Une nombreuse musique militaire faisait retentir la rue de son harmonie sonore. La procession se rendait ainsi à deux reposoirs, figurant le premier un chapitre de l’Ancien Testament, l’autre un chapitre du Nouveau. Cette fête s’appelait le Grand- Pardon

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