Mcrciiir, Tableau de Paris, cU. de la [lelite Fclu-Dieu
LES COllPOUATlONS
Les Rogations et la Fête-Dieu u’éfaienl pas les seules solennités catholiques où l’on retrouvât ces sortes de représentations symboliques, qui étaient comme un reste des mystères. Il y en avait à Noël, pour figurer la crèche et l’adoration des bergers et des mages ; il y en avait même à Pâques, pour figurer le tombeau du Christ et sa résurrection. Quelquefois ces démonstrations dégénéraient en spectacles bizarres : ainsi, le jour de Pâques de l’an 1591, dans la chapelle de la Reine, près les Filles-Repenties, les Espagnols alors à Paris accoutrèrent trois bottes de foin en da- ?7iotse//es,avec des yeux de plâtre, des robes de taffetas, et des masques tels qu’on en vendait chez les quincailliers pour faire des inomom; puis ils les placèrent devant le grand autel, vis-à-vis du saint-sacrement, dans une posture d’adoration. Le peuple prit si peu de goût à cette mascarade singulière qu’il la fallut enlever *.
Mais ceci n’est plus de notre ressort, et nous allons redescendre dans la rue, que nous n’aurions pas dû quitter.
Il existait encore bien d’autres processions solennelles et périodiques, revenant à des époques fixes, par exemple celle que faisait le 1 1 juin, jour de saint Barnabé, l’évêque de Paris, avec un grand nombre de reliques, pour aller bénir l’ouverture de la foire
1. Jou,n\,al de L’KsfoilCi (Collect. Micliaud, t. XV, p. 48.)
KT LES COMllERILS.
du Laudit; les trois processions annuelles de la Ville à Xotre-Danie, en mémoire, l’une de la réduction de Paris sous Charles VII, l'autre de sa soumission à Henri IV (le 22 mars), la troisième, du vœu par lequel Louis XIII avait placé le royaume de France sous la protection de la Vierge Joignons-y celle du chapitre de Noire-Dame jusqu’à l’église Saint- Lazare, l’un des dimanches d’après Pâques, cérémo-
1. « Le jour que l'on lit cette procession pour la première lois, il y eut un grand débat entre le Parlement et la Chambre des comptes, dans l’église de Paris, pour le pas et la préséance du rang. Le premier président du Parlement n’ayant jamais voulu souffrir que le premier président de la Chambre des comptes croisât avec lui à la sortie du chœur, ainsi qu’il s’étoit toujours pratiqué jusqu’alors, il y eut grand excès de paroles dans l’église, et môme voies de fait de part et d’autre ; et les officiers de la Chambre des comptes furent obligés de céder, voyant qu'ils avoient contre eux le gouverneur de Paris, avec les trois cents archers de la Ville. Depuis ce temps-là, ni le Parlement ni la Chambre des comptes n’ont point assisté k cette procession jusqu’à l’année 1672, et le roi, pour les accorder, ordonna que dorénavant ils n’cnlreroient point dans le chœur, ni les uns ni les autres, pour en sortir ensemble; que messieurs du Parlement s’assembleroient dans le chapitre de l’église de Paris, et qu’ils viendroient joindre le clergé à la porte du chœur, dans la nef à droite, où ils marcheroient à la file, pendant que de l'autre côté messieurs de la Chambre des comptes viendroient de l’officialité , où ils s’assembleroient pour joindre aussi le clergé à la file, en sorte que le premier président delà Chambre des comptes marcheroit à la gauche du premier président du Parlement, sur la même ligne. Le roi ordonna en môme temps que, lorsque la procession seroit faite, le Parlement soriiroit du chœur par la porte qui est sous le crucifix, et que la Chambre des comptes sortiroit par la porte
ÔU Li;S CORPOHATlüXS
nie qui ])i'éseiil;iil celte parlicularilé cui-ieusc, qu’on y voyait le chapitre déjeuner devant la grande porte (le l’église en ordre de procession Celte couluine, ;i laquelle nos mœurs actuelles donnent un tel cachet d’étrangeté , se rattachait alors à toute une série d’usages analogues. La multitude des corporations et des confréries avait pour conséquence naturelle riiahilude des nombreux repas de corps. Le diner faisait partie essentielle de la plupart des cérémonies; la table était ,1e jûvot et Taxe central de presque toutes les réunions. Sans doute il en est encore ainsi, et il eu sera éternellement de même; mais le changement des idées, comme des conditions matérielles, a fait dégénérer cet usage de son importance et de sa gravité primitives. C’était alors une alfaire sérieuse, réglée jusqu’en ses moindres détails par des statuts prévoyants, imposée aux uns comme redevance, ménagée aux autres comme une récompense et un salaire.
A certaines dates, l’évêque de Paris devait un repas
qui esta (Jroite, vis-à-vis la chaire archiépiscopale. Tout cela •s’observe encore tous les ans. » (Lemaire, Paris ancien et nouveau, t. l'', p. 7:i-4.) Ab uno disceomnes. Que de précautions! que de diplomatie! Il n’en eût pas tant fallu pour régler les rapports de deux sou verains. — Quand on transféra le corps de Henri IV du Louvre à Notre-Dame, le 29 juin ICIO, la Cour des comptes et la Cour des aides se disputèrent la préséance dans le cortège à coups de pied et à coups de poing. IJourna de l.’Kstuile, Colleet. .Aliehaud, t. .X\', p. tilO.)