‹ Tableau du vieux ParisChapitre 23 sur 138 · Ibid. — Origine de la dévotion du Calvaire, p · texte numérisé non relu

Ibid. — Origine de la dévotion du Calvaire, p

ET LES COXFniÔRlES.

Paris dut ordonner la fermeture de l’église pendant ces deux nuits; mais ils reprirent au boutde quelques années. « Quanlilé de femmes, écrit Mercier en 1782, de couturières, de jeunes filles, accompagnées de pèlerins chargés de croix, traversaient le bois de Boulogne, et gravissaient avec ferveur la montagne. On a réprimé avec sagesse ce que cette piété avait de suspect. Aujourd’hui les pèlerines et les pèlerins, cahotés dans une charrette pour leurs cinq sols, s’y rendent pendant le jour •

Outre ces processions et solennités périodiques attachées au retour de certaines dates, à la commémoration permanente de certains événements, il s’en produisait accidentellement beaucoup d’autres, «à chaque fait important qui inspirait au peuple le besoin d’implorer ou de remercier publiquement la Providence. Dans les grandes calamités publiques, c'était surtout la châsse vénérée de sainte Geneviève qu’on promenait dans les rues, l’archevêque marchant à pied à gauche de l’abbé qui était souvent dans sa chaise*. Cette procession se faisait avec une

1. Tableau de Paris, i. Y, ch. ci. — Il y avait aussi le Calvaire des lauriers, sis à deux lieues de Paris, sur une petite monfai^ne isolée, près do Sceaux. On peut consulter à ce sujet un volume curieux et bizarre : Descript. du Calvaire des lauriers, monument élevé au nom des mires, des veuves, des sœurs fl des orphelins des guerriers français, 1820, in-8®.

2. Lorct, Muze historique, lettre du 16 juin 1652.— Pour les prérogatives exceptionnelles de l'abbé de Sainte-Geneviève,

LKS CORPOnATIONS

splendeur incomparable. Le peuple de Paris avait en sa patronne nue confiance sans bornes, justifiée par de nombreuses marques d’une protection évidente. Il se souvenait toujours du prodige arrivé par son intercession, sous le règne de Louis le (iros, en 1129, alors que la terrible épidémie connue sous le nom de mal des ardents tuait les Parisiens par milliers : après avoir eu vainement recours à Part des médecins, aux jeûnes, aux prières, on porta la châsse de la sainte à l’église Notre- Dame, dont la nef entière et le parvis débordaient de malades, et tous furent instantanément guéris, sauf trois incrédules, — éclatante exception qui confirma le miracle.

La châsse de sainte Geneviève était l’un des principaux ornements de l’église de ce nom, détruite en 1807, et dont il ne reste plus qu’une tour, renfermée aujourd’hui dans l’enceinte du lycée Napoléon. Cette châsse, toute en or, conçue dans le style du xm® siècle, et restaurée au xvn®, était ornée de douze statues également en or, élevée sur quatre grandes colonnes de marbre et portée par quatre statues de vierges tenant des flambeaux. Quand on promenait la précieuse châsse dans les rues de la ville, c’était d’ordinaire le clergé de Notre-

voir Aniiquil. et recherch. des villes, rhâteaux et places les plus remarquables de France, 1G31, p. 44j

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Dame qui venait la chercher, et qui la reconduisait après la cérémonie, avec les reliques de saint Marcel, autre patron de Paris, Guy-Patin a parlé dans ses lettres de la procession de 1G52, dont le souvenir nous a été conservé aussi par une estampe qui fait partie de la collection Fontette : • Je ne vis jamais tant d’affluence de peuple par les rues. Je ne sais s’il s’y est fait quelque miracle, mais je tiens que c’en est un s’il n’y a eu plusieurs personnes d’étouffées. Si vous aviez vu tout cela, vous auriez appelé notre ville de Paris l’Abrégé de la dévotion. • Madame de Sévigné a raconté celle de 1675 : • Saint Marceau vint prendre sainte Geneviève jusque chez elle. C’étoient les orfèvres qui portoienl la châsse du saint; il y avoit pour deux millions de pierreries; c’éloit la plus belle chose du monde. La sainte alloit après, portée par ses enfants, nu-pieds, avec une dévotion extrême. Au sortir de Notre-Dame, le bon saint alla reconduire la bonne sainte jusqu’cà un certain endroit marqué où ils se séparent toujours’. » On retraçait souvent le souA'enir de ces processions dans des tableaux votifs, et la toile que Largillière a consacrée à celle de 1694, la plus remarquable de toutes, existe encore à Saint-Eiienne-du-Mont*.

1. Lettre du 6 août. Dans celle du 19 juillet, elle avait donné de plus nombreux détails, où elle se montre enthousiasmée de ce spectacle.

2. Lavallée, Histoire de Paris, t. Il, page 301. T,a Gazette ne

i r.s f’.onpoiiATiùNS

On faisait des processions pour ol)tenir la fin d’uno sécheresse, d'une guerre, d’une inondation, la guérison d’un roi ou d’un prince ; on en faisait en guise d’amendes honorables ', et pour expier les sacrilèges

manque pas de décrire au long ces processions, chscune à sa date.

1. C’était souvent uno .sorte de drame religieux entouré il’un appareil imposant, que celui des amendes honorables. Le coupable, tête nue et pieds nus, en chemise, la corde au cou, ayant en main un cierge de cire jaune et portant un écriteau sur le dos, était conduit par le bourreau sur une place publique, devant une église, et y lisait à genoux la formule tracée d’avance. En 1408, les deux envoyés de l’antipape Benoît XIII, qui avaient apporté la bulle k Paris, furent conduits de la prison du Louvre à la cour du Palais, puis, le dimanche suivant, au parvis Notre-Dame, dans deux tombereaux de boueux; on les avait coiffés par dérision de mitres de papier, et couverts de dalmatiques noires, où étaient peintes les armes de Benoît renversées, et on les exposa sur un échafaud, où ils eurent à subir les huées de la populace et un discours latin plein d’imprécations et d’injures. Deux huissiers, ayant tué un augustin au milieu du tumulte occ.isionné par l’arrestation du père Aimeri, qu’ils étaient chargés d’appréhender nu corps (1510), furent condamnés, par sentence du prévôt de Paris, k aller processionncllement faire amende honorable d’abord au (Châtelet, puis aux Augustins, puis à la place Maubert, en chemise, sans chaperon, jambes et pieds nus, avec une torche de quatre livres k la main, et k élever en outre, à leurs frais, un monument commémoratif au lieu du meurtre. Les exemples de ce genre ne sont pas rares. L’amende honorable se faisait ordinairement sur la place du Parvis-Notre- Dame. La dernière fois que ce spectacle fut donné k la foule, ce fut le 19 février 1790, avant le supplice du marquis de Favras.

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