Sauvai, Anliq. de Paris, t. II, p
3. Apostile ou apostoüe veut dire apôtre (aposlolut) et s'emploie souvent pour désigner le Pape. Celte expression : « le jour de l’apostèle, » désigne sans doute la fête de saint Pierre et saint Paul.
3.^ Étienne Boileau, 1" partie, titre ii.— Dubreul, Théâtre des antiquités de Paris, 1612, p. 78.
i,ES cnurrmATiONs
et, pour joindre la délicalesse à la bienfai.«ance, c’étaient les femmes des orfèvres, qui, taudis que les cloches sonnaient «à pleines volées la résurrection du Sauveur, et que Paris s’emplissait de chants et de bruit, venaient servir elles-mêmes, le sourire aux yeux et de douces paroles sur les lèvres, les malades séparés de la joie de leurs frères.
En plein xvii* siècle, les rites bizarres et mystérieux qui servaient aux réceptions étaient encore en usage. Une déclaration des docteurs de la Faculté de théologie de Paris, datée du 14 mars 1655, donne de curieux détails sur les cérémonies d’un symbolisme téméraire, à l'aide desquelles on recevait les compagnons chapeliers, tailleurs et selliers ‘. Aujourd’hui même, il est resté quelque chose de ces pratiques dans les métiers qui ont conservé le compagnonnage.
Mais il est temps d’abandonner ces usages domestiques pour passer aux démonstrations publiques des corps de métier, qui avaient lieu surtout aux fêtes de leurs patrons. Quelques-unes ont persévéré jusqu’à nous, /non sans dégénérer beaucoup en chemin, et peuvent encore donner une faible idée de ce qu’étaient au moyen âge ces grandes solennités, où la corporation réunissait tous ses membres, prud’hommes, maîtres et apprentis; où tous accouraient avec ardeur et orgueil, où enfin nulle
1. Lcber, Collection des meilleures dissertations relatives à l'histoire de France, t. IX, p. 472, et suivantes.
KT LKS CONFnÉRIES.
entrave ne gênait dans leur essor ces larges exhibitions , qui faisaient partie de la vie publique. — Le 19 mars dernier, vers midi, traversant la rue Bonaparte, je fus arrêté par la foule qui s’amassait sur les trottoirs, au son lointain de deux clarinettes et d’un violon, dont l’harmonie fougueuse et déréglée semblait se rapprocher par degrés. Sur mes questions, une bonne femme du quartier, visiblement surprise démon ignorance, m’apprit que c’était la procession des charpentiers se rendant à Saint- Sulpice, pour y assister à la messe en l’honneur de saint Joseph, leur patron. Charmé de trouver un spectacle si nouveau pour moi dans les rues de Paris, je me rapprochai précipitamment du cortège. Derrière les musiciens marchait la mère des compagnons, toute rouge d’émotion et de fierté , en toilette ambitieuse, et même, Dieu me pardonne, avec un brin de crinoline; à la main gauche un beau livre de messe doré sur tranches et un mouchoir blanc proprement plié en seize parties égales, au bras droit un maîlre qui la conduisait avec toute sorte de déférences et de respects galants. Puis venait, porté sur les épaules de quatre robustes garçons, le chef-d’œuvre qu’on allait faire bénir, vrai chef-d’œuvre, en effet, monument à jour, tout en colonnes, d’architecture délicate et compliquée; un bijou à placer sous verre dans un salon, s’il n’avait eu quatre ou cinq pieds de haut pour le moins. Sur tous les côtés du chef-d’œuvre, comme
LIS CORPORATIONS
une garde d’honneur, s’avancaient gravement les maîtres, portant à la boutonnière les insignes de leur dignité, et les compagnons avec leurs grandes cannes, du haut en bas enguirlandées de rubans et pavoisées d’emblèmes. Il me sembla un moment être transporté à six siècles en arrière, au temps du bon roi saint Louis; mais l’illusion ne dura pas : un marchand de vin philosophe me tira de mon rêve, en murmurant, avec la dédaigneuse commisération d’un esprit supérieur : « Tas de capucins ! »
Le moyen âge, où les corps de métier étaient innombrables et avaient tous leur protecteur spécial, choisi parmi les noms les plus en vogue du calendrier, organisait chaque jour de pareilles fêtes sur une plus vaste échelle. D’ordinaire, le trésor de la corporation était déposé dans la chapelle même du patron, et c’était sous l’étendard du saint que les corps de métier se déployaient dans les cérémonies publiques, distingués entre eux non-seulement par les diverses bannières et les insignes accessoires, mais le plus souvent aussi par les costumes des maîtres. Je veux me borner à quelques exemples, choisis parmi ceux qui sortaient uu peu de la commune ornière.
Les pâtissiers célébraient la fête de saint Michel par une procession bizarre dont les vieux historiens de Paris nous ont conservé la description. Ils se rendaient en pompe à la chapelle de leur patron, qui
ET LES CONFRÉniES.
faisait partie de l’église Saint-Barthélemy. Les uns s’habillaient en diables, les autres en anges, et au milieu d’eux ont voyait saint Michel agitant une grande balance, et, selon Sauvai, traînant après lui un démon enchaîné qui faisait cent niches aux passants, et frappait tous ceux qu’il pouvait attraper. Tous étaient à cheval, accompagnés de tambours, et suivis de prêtres qui portaient le pain bénit. Une ordonnance de l’archevêque de Paris intervint, le 10 octobre 1636, pour interdire cette cérémonie ‘.
Une pièce enregistrée par le commissaire de La Mare dans le recueil intitulé Liurcs*, nous apprend qu’en 1581, on avait aussi accordé aux imprimeurs de Paris la permission de porter le pain bénit par la ville, en armes, tabourin sonnant et enseignes déployées, le jour de la Saint-Jean Porte-Latine.
Les corporations de marchands conduisaient en grande pompe et présentaient leur chef, qui portait quelquefois le titre de roi, à la messe de leur patron. Plusieurs confréries et corps de métier faisaient célébrer des messes spéciales en l’honneur de l’élection de leur roi, qui entrait solennellement dans l’église, entouré de ses vassaux, au son des ins-
1. Monteil, Hist. des Français, in-8", t, V. p. 309. — L’abbé Lebeuf, Histoire de la ville et du diocèse de Paris, t. I"’, p.2S7. — Sauvai, t. II, p. 620.