‹ Tableau du vieux ParisChapitre 39 sur 138 · JONGLEURS, TROUVÈRES ET MÉNESTRELS POPULAIRES · texte numérisé non relu

JONGLEURS, TROUVÈRES ET MÉNESTRELS POPULAIRES

A côté des confrères de la Passion, des clercs de la Basoche, des Sots et Enfants sans souci, et même bien avant eux, les jongleurs, sous leurs dénominations diverses, occupaient l’un des premiers rangs parmi les amuseurs privilégiés du vieux Paris. On les retrouve à chaque pas dans l’histoire du moyen âge, mêlés de près à la vie de cour et aux divertissements de la place publique, prenant part à toutes les réunions, à toutes les fêtes nationales ou privées, solennelles ou familières, des grands comme des vilains. Nous ne nous occuperons d’eux ici que dans leurs rapports avec le peuple, et nous les suivrons surtout dans la rue, nous plaçant ainsi à un point de vue plus nouveau et moins souvent étudié que les autres, quoique non moins intéressant.

L’art de ménestrellerie embrassait un grand nombre de branches, et les artistes qui en faisaient profession se trouvent désignés dans les auteurs contemporains sous une multitude de noms, d'une signification analogue, mais qui tous pourtant avaient leur valeur spéciale. Nous allons essayer d’indiquer le sens propre de chacun d’eux et de leurs différences essentielles, tout en prévenant qu’il ne peut rien y avoir d’absolu dans ces distinctions, qui sont, en quelque sorte, purement théoriques, et que la plupart de ces termes se confondaient très-souvent dans la réalité.

Le mot trouvère (troveor), comme en avertit suffisamment son étymologie, désignait surtout le poète, l’inventeur, celui qui avait trouvé la matière du roman, du conte ou de la chanson, et qui l’avait mise en rimes. Parfois, le trouvère se bornait à ce rôle plus relevé, et ne récitait pas lui-même ses ouvrages; mais, le plus souvent, il réunissait les deux attributions, et il n’est même pas rare de voir ce nom appliqué, dans les auteurs du temps, aux simples chanteurs, aux baladins vagabonds du dernier ordre

Les ménestrels {menestreux, menestriers), en latin ministelli, étaient proprement les chanteurs, les musiciens, ceux qui déclamaient les compositions des

1. Voy. le fabliau des Deux troveors ribauz. Le mot troveors est remplacé par bordeors dans d’autres manuscrits.

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trouvères, en s’accompagnant sur leurs instruments. C’était le terme le plus noble, et comme le titre d’honneur, dans l’innombrable variété de noms servant à désigner tout ce qui se rattachait à l’exercice public de cet art. Souvent le ménestrel était le chef d’une wiénestrandie, c’est-à-dire d’une troupe composée de chanteurs, de conteurs, de musiciens, de farceurs et de joueurs de tours, qui s’associaient pour mettre leurs talents et leurs profits en commun. Legrand d’Aussy *■ et Roquefort * ne donnent même que ce dernier sens au titre de ménestrel, et ils le distinguent du ménestrier, chanteur et joueur d’instruments; mais cette distinction est purement arbitraire dans la forme absolue où ils la produisent, et nous ne voyons pas sur quels documents elle pourrait s’appuyer. Ce ne fut que plus tard que le nom de ménétrier prit un sens tout à fait subalterne. On le trouve même aux xiii® et xiv® siècles avec la signification de trouvère, — poète, inventeur Et quant au mot ménestrel ou à sa forme latine ministellus, loin de désigner toujours le chef d’une troupe, il est quelquefois employé, par cette éternelle confusion de noms que nous avons déjà signa-

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