Préface de ses Fabliaux, p
2. De l'état de la poésie française dans les xii' et xmo siècles, in-8°, p. 90.
3. « De quoy cils meneslriers font les nobles romans. » liton dans la Chronique de Bertr, Duguesclin.
120 JONGLEUHS, TROUVÈRES
lée dans les auteurs contemporains, comme synonyme de baladin et de faiseur de tours
De toutes les dénominations que nous passons en revue, celle de jongleur (jougleor) est à la fois la plus ancienne, à ce qu’il semble, et la plus usitée. Elle apparaît dès les premiers temps de notre histoire, dans les documents latins {joculator), et on la rencontre sans cesse dans le cours des xii® et XIII* siècles. C’est le terme qui indique le mieux sous ses diverses faces, les plus humbles comme les plus élevées, le multiple talent de cet artiste, à la fois poète, chanteur et farceur. Le jongleur ne se bornait pas cà réciter des romans et chansons de geste , à jouer de la harpe ou de la flûte ; il avait plus d’une corde à son arc et savait varier ses exercices par des tours de gobelet, des jeux d’animaux savants, des plaisanteries et des grimaces. Comédien complet, connaissant toutes les ressources du chant, de la danse et de la déclamation, capable de faire pleurer ou de faire rire, solennel ou bouffon à volonté, enfin sachant payer de son esprit et improviser suivant les besoins, tel était ou devait être le parfait jongleur. Et pourtant cet artiste universel était considéré comme bien au-dessous du trouvère et du ménestrel : tandis que les honneurs, l’argent et la considération pleuvaient sur ceux-ci,