‹ Tableau du vieux ParisChapitre 50 sur 138 · lO.NMiLKUHS, THOUVÈllES · texte numérisé non relu

lO.NMiLKUHS, THOUVÈllES

liideux, costumés en hôtes ou eu diables, des sonuelles pendues à la ceinture, aux mains les instruments les plus baroques et les plus discordants, arrivaient cà une épouvantable intensité de tapage et de cacophonie*.

Indépendamment de la musique, de la déclamation et du chant, les jongleurs devaient posséder bien d’autres sciences encore. La variété de talents qu’on exigeait d’eux est quelque chose d’incroyable. En réalité, c’étaient les artistes universels, embrassant toutes les branches des connaissances humaines, dans leurs rapports avec l’amusement de l’esprit ou des yeux. Ils ne négligeaient aucun moyeu, depuis le plus infime jusqu’au plus élevé, de distraire les grands ou le peuple. Le jongleur modèle était à la fois poète, musicien, chanteur, farceur, saltimbanque, dresseur d’animaux, mime, médecin, sorcier, messager d’amour, de plus, habile ouvrier et artisan en tous genres. Les documents abondent sur ce point; mais, il faut le dire, ces témoignages profitent plus à leur réputation d’habileté qu’à leur dignité et à leur considération morale. De bonne heure, ils sentirent la nécessité de compléter leurs ressources en étendant ainsi leur répertoire. Plusieurs, sans doute, restèrent fidèles à la pureté de leur art, et méprisèrent toujours ces jongleries ; mais c’était la minorité, et ils ne

1. Voy. un passage du roman de Fauvel, cité par M. P. Pdris, dans ses Manuxrrits fiançais de la Bihl. durai.

purent échapper au discrédit cpie jetaient sur eux la multitude de leurs confrères moins scrupuleux.

Un poète du xiii® siècle donne à un jongleur les conseils suivants, qui résument sommairement le programme essentiel du métier, envisagé sous toutes les faces ; « Sache bien trouver, bien rimer, bien proposer un jeu-parti ; sache jouer du tambour et des cymbales, et faire retentir la symphonie ; sache jeter et retenir de petites pommes avec les couteaux, imiter le chant des oiseaux, faire des tours avec des corbeilles, faire sauter à travers quatre cerceaux, jouer de la citole*, etc. »

Aux noces de Robert, frère de saint Louis, des ménestrels (ministrelli) chevauchaient des bœufs habillés d’écarlate, et donnaient du cor à chaque plat; un autre debout sur un cheval, sautait par-dessus une corde *. Il y en avait qui promenaient partout des chiens instruits à danser, des truies qui filaient, des ours qui faisaient le mort, des singes qui montaient à cheval, des chèvres qui jouaient de la harpe’. Les imagiers du moyen âge nous ont souvent transmis le tableau de toutes ces belles choses.

On trouve dans le Dit du bu(fel‘‘ une curieuse mise en scène de ces divers talents des jongleurs. Un comte,

Page 1