Enguerrand de Monstrelet, t. II, p
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et cardinales. Les scènes du Nouveau Testament étaient disséminées sur tous les points que parcourait le cortège, et remplissaient presque la ville. Ici, on voyait les images de sainte Geneviève, de saint Denis, de saint Maurice, do saint Louis, de saint Jean-Baptiste montrant VAgnus Dei, et entouré d'un chœur de musiciens habillés en anges ; là, on représentait la trahison de Judas; ailleurs encore la Résurrection, la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, le baptême de Jésus.
Devant le Châtelet se déployait le plus beau mystère. On y avait dressé un grand rocher, couvert d’un bocage et d’un pâtis, où les bergers, en gardant leurs troupeaux, étaient avertis par l’ange de la naissance du Christ, et chantaient le Gloria in excelsis; au-dessous de l’arcade de ce rocher il y avait un lit de justice, où l’on apercevait trois personnages représentant la Loi de grâce, la Loi écrite et la Loi de nature; puis, contre les boucheries, le Paradis, le Purgatoire et l’Enfer, avec saint Michel, pesant les âmes dans sa balance *.
Les représentations données dans les rues de Paris aux entrées de Louis XI, de Charles VIII, do Louis XII, de madame Claude, sa tille *, et dé quel-
1. Recueil des offices deFrance, par Jean Chenu. — Ilist. de Charles VII, par Alain Chartier.
2. On peut consulter, sur les fêtes de cette entrée le manuscrit 10,326 (ancien fonds du roi), à la Bibliothèque impériale.
DES MYSTÈRES
ques autres reines de France, Anne de Bretagne, Marie d’Angleterre, Eléonore d’Autriche, etc., offrent toujours à peu près le même déploiement de personnages symboliques, de chasses, de batailles, de mystères en figures. Quelques particularités seulement méritent d’être notées au passage.
Lors de l’entrée de Louis XI, s’il faut en croire la Chronique de Jean de Ti’oyes (année 1461), il y avait à la fontaine du Ponceau « trois belles filles faisant personnages de seraines (sirènes) toutes nues, — qui estoit chose bien plaisante, ajoute le chroniqueur avec une naïveté cynique, — et disoient de petits motets et bergerettes *. » Ces scènes étaient toujours muettes, à l’exception des chants; mais à l’entrée de la reine Anne de Bretagne (19 novembre 1504), on trouve sur plusieurs points un acteur qui, sous prétexte d’expliquer le spectacle, adresse à la foule de véritables discours en vers.
A côté des mystères, les moralités ne tardent pas non plus à se montrer, avec tout leur cortège de personnifications métaphysiques : ainsi, à l’entrée de
1. Cette nudité doit sans doute se comprendre do la mémo façon que dans les processions dont nous avons parlé plus haut {ch. i). Il est à croire que les sirènes avaient au moins des maillots. On figura aussi à cette entrée une bataille contre les Anglais, c qui furent prins et gaignez, et eurent les gorges coupées. > La barbarie du temps, dit à ce propos Dulaure avec une gravité adniirable, fait douter si celte scène fut ficli\e ou réelle.
l<Si nEPRÉSI•:^•TATIO^S PUBLIQUES
Louis XII, c’est d’abord Noblesse accompagnée d’Humanité, puis Richesse escortée de Libéralité, chacune avec ses attributs, qui jouent une sorte de moralité muette sur l’échafaud de la porte Saint- Denis. Plus loin, devant le Châtelet, un roi est assis suj son trône, ayant à sa droite Bon Conseil et à sa gauche Justice; Injustice est couchée sous ses pieds. Près de lui. Puissance armée tient un voulge (épieu) contre la poitrine de Division, et à l’entour sont rangés Église, Peuple, Seigneurie, Pouvoir, Union et Paix. C’était tout un tableau décoratif et allégorique tel qu'en pourrait peindre aujourd’hui M. Picot en personne. A l’entrée deCharles-Onint(l 540), on représente, à la porte Baudoyer, un Parc français rempli de lis, avec deu.x portes aux deux bouts, l’une fermée et verrouillée, — la porte de la Guerre; l’autre ouverte, — la porte de la Paix, de laquelle sortait une belle nymphe nommée Alliance. Parfois l'imagination fougueuse des ordonnateurs de la fête ne connaissait pas de limites, et mêlait tous les genres et tous les styles, le profane et le sacré, le symbolique et le réel, le christianisme et la mythologie, en un bizarre amalgame où il jetait pêle-mêle, sans y chercher malice, tout ce qu’il avait appris dans les livres et tout ce qu’il savait faire, — comme à l’entrée de Marie d’Angleterre (1514), où l’on vitsurun échafaud dames Justice et Vérité, montant et descendant entre la terre et le trône céleste, entourées des douze pairs
DES MYSTÈRES
de France, et au bas de Féchafaud, cinq personnages, les plus étrangement assortis qui furent jamais, à savoir Bon-Accord, Stella Maris, Minerva, Diana et Phœbus I
Ces spectacles allèrent toujours croissant de magnificence jusqu’au régne de Henri II, après lequel on les remplaça par des arcs de triomphe \ Ils supposaient même une assez grande habileté de la part des machinistes qui en organisaient la partie matérielle, et je ne sais si nous voyons beaucoup mieux aujourd’hui dans nos grandes fêles nationales et populaires. Outre les bourgeois et les corps de métier, les confréries dramatiques prenaient part à ces représentations : comment eût-il été possible qu’elles s’abstinssent, en ces occasions solennelles, de ce qui les regardait spécialement, lorsque les tisserands et les corroyeurs s’en mêlaient eux-mêmes? Nous savons, d’ailleurs, que les clercs de la Basoche étaient convoqués aux entrées des rois
1. Les frères Parfaict disent que les œ)-stères de l’entrée des rois ne durèrent que jusqu’à François I", assertion qui a été* naturellement répétée presque partout. Cependant on lit dans les Extraits des registres deVHôtel de Ville, relativement à l’entrée de Henri U {Archives curieuses de l'histoire de France , — 1" série, t. III, p. 447) : «... A esté conclud, advisé et délibéré... quant aux jej^euses entrées du Roy et de la Royne... qu’on fera de beaulx eschauffeaulx et mistères ès-porte Sainct- Denis le Ponceau, et autres lieux accoustume's ; et pour ce faire seront mandés peintres, inventeurs et gens de bon espreit pour composer et adviser auxdits mistères. »