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LES FOIRES DE PARIS LA FOIRE SAINT-GERMAIN

Les foires, qui aujourd’hui tendent à disparaître, par suite de l’extinction des privilèges, de la rapidité des communications, de la diffusion de l’industrie et de cent autres raisons analogues, étaient autrefois l’une des nécessités principales d’un commerce encore au berceau. Paris, en particulier, outre ses grands marchés du samedi, avait de vastes et nombreuses foires, dont quelques-unes jouissaient d’une réputation européenne.

De ce nombre était, par exemple, la foire du bandit, ou, pour suivre une orthographe plus conforme à l’étymologie, de l’Indict, dont l’institution remontait pour le moins aux premières années du xii® siècle, et suivant quelques-uns, jusqu’à Dagohert. Elle se

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tenait d’abord dans la plaine, puis dans la ville de Saint-Denis, et s’ouvrait le jour de la Saint-Barnabe (11 juin), par une procession solennelle partie de Notre-Dame. Sa durée, qui n’était primitivement que de trois jours, se prolongea par la suite bien davantage. Un poëte du xiii® siècle a chanté cette merveilleuse foire, qui métamorphosait la vaste plaine entre Saint-Denis et la Chapelle en une espèce de ville improvisée, tumultueuse, affairée, fourmillante, où les marchands venus de tous les coins du monde étalaient les riches fourrures, les armes de prix, les tapisseries et étoffes précieuses, les chevaux de luxe, et à laquelle TUniversité tout entière se rendait, bannières et musique en tète, pour y exercer les droits qu’elle avait sur la vente du parchemin.

Parmi ces foires des environs de Paris, nous nous bornerons à citer encore celle de Bezons, petit village qui fait actuellement partie du département de Seineet-Oise. Elle avait lieu le premier dimanche do septembre, elles Parisiens s’v rendaient en foule. La foire de Bezons était, surtout vers la fin duxviP siècle et au XVIII*, ce qu’est aujourd’hui la foire des Loges ou celle de Saint-Cloud. Gabriel de Saint-Aubin nous en a laissé un vif croquis dans une de ses plus curieuses estampes ; c’est un fouillis, une cohue pittoresque de tentes, d’acheteurs, de badauds et de carrioles sur lesquelles sont juchées des caravanes entières de visiteurs. La praii-ie de Bezons voyait bien

des folies de toutes sortes pendant la durée de la foire, où l’on y allait en partie line comme au Moulin de Javelle et au Port-cà-1’ Anglais :

Haut le pied, belle Alizon !

Pour gambader, rire et boire.

Vive la foire De Bezons !

On y danse En cadence;

On s’y balance Sur le gazon t .

Les jeunes seigneurs, les galants, les muguets, les belles filles et le petit peuple qui étaient allés s’égayer à ce grand rendez-vous à la mode, revenaient en cortège triomphant à Paris, et l’avocat Barbier nous apprend dans son Journal (septembre 1720) que les bourgeois de la bonne ville avaient coutume de se réunir à l’Etoile, au bout des Chair ps-Élysées, pour assister au joyeux retour, j’allais dire à la descente de cette foire.

Parmi celles qui se tenaient à Paris même, nous citerons la foire aux jambons, qui s’est continuée jusqu’à nous, en passant du parvis Notre-Dame au quai des Augustins, puis au boulevard Bourdon ; la foire du Temple, pour les fourrures et les merceries; la foire Saint-Clair, qui s’échelonnait le long de la rue Sainl-YicLor, dans les dernières semaines de juillet;

1. Dancourt, la Foire de Bezons, 1695. — V. aussi le Retour de la foire de Bezons, par Ghorardi [id.'.

LKS FOIRES DF, PARIS

la foire du Saint-Esprit, qui se renouvelait tous les lundis sur la place de Grùve, au xviii® siècle -, puis deux autres plus fameuses encore ; les foires Saint- Ovide et de Saint-Laurent.

Au XVII® siècle, la foire Saint-Ovide avait lieu place Vendôme; mais, en 1773, elle émigra sur la place Louis XV. C'était la réunion populaire et plébéienne par excellence. Tous les baladins, danseurs de corde, montreurs de curiosités et de phénomènes, saltimbanques vulgaires, avaient fini par en faire le centre de leur industrie. Cependant il ne faudrait pas croire que là se bornât le cercle de ses exhibitions : la foire Saint-Ovide avait aussi son public aristocratique, qui y venait ne fût-ce que par curiosité. Les fournisseurs en vogue, les modistes, et, particulièrement les coiffeurs en profitaient pour y exposer le fruit de leurs doctes méditations, et, en 1772, on y vit figurées, sur de grands mannequins, dans un des nombreux cafés qui la remplissaient, les gigantesques coiffures à la Monte-au-ciel, que le peuple s'attroupait pour saluer de ses applaudissements ironiques *.

La foire Saint- Laurent avait remplacé la foire Saint-Lazare ou Saint-Ladre, concédée par Louis le Gros à la léproserie de Saint-Lazare, et qui s’était tenue successivement sur la route de Saint-Denis,

1. Mémoires de la république des lettres, t. XXIV. — E. et.T, de Goncourt, la Femme au xviii' siècle, p. 314.

puis dans le marché des Halles, au mois de novembre de chaque année. Elle changea plusieurs fois de lieu et de durée. D’abord d’un seul jour, elle s’accrut par degrés jusqu’à conquérir (1661) une existence de trois mois, du 28 juin au 30 septembre, lorsqu’elle eut été transférée de l’endroit qu’elle occupait primitivement, près de Eéglise Saint-Laurent, dans un i)Oste intermédiaire, entre Saint-Lazare et les Récollels. Elle remplissait un vaste clos, bordé de marronniers, traversé de rues larges et droites, et couvert de loges uniformes. C’était la plus célèbre et la plus fréquentée de toutes après celle qui fait l’objet spécial de ce chapitre, et que, malgré sa réputation, elle était encore loin d’égaler'.

Plusieurs établissements religieux avaient le privilège d’ouvrir des boutiques dans leur enceinte. Les fêtes patronales de la plupart des paroisses de Paris donnaient également lieu à de petites foires qui s’établissaient aux alentours de chaque église, à peu près comme celle qu’on voit aujourd’hui devant Saint-Etienne-du-Mont, durant la neuvaine de sainte Geneviève. On y vendait des images et tableaux de sainteté, des chapelets, des bouquets, des

1. Fr. Colletet, les Tracas de Paris, en vers burlesqves. Fr.Collelet s’ost particulièrement occupé de la foire Saint-Laurent, sur laquelle Legrand a composé une comédie. Presque tout ce que nous dirons de la foire Saint-Germain peut s’appliquer également à celle-ci.

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Heures et livres de piété, des objets de dévotion, et aussi toutes sortes de babioles pour les enfants, pain d’épice et pain mouton (c’est-à-dire du pain mollet doré avec du jaune d’œuf et mélangé de sucre et d’anis), oublies et gaufres historiées de sujets pieux. Une des plus renommées parmi ces petites foires était celle que ramenait le 24 août devant l’église Saint-Barthélemy, située vis-à-vis les galeries du Palais-de-Justice, et remplacée depuis par une salle de bal. Le premier jour de l’an était aussi précédé, accompagné et suivi d’une grande exhibition de baraques foraines où les friandises, les jouets et les almanachs remplissaient un rôle important *. Une plus longue description de cet usage, qui n’a pas changé, serait parfaitement inutile.

On nous pardonnera ces quelques mots d’introduction, que nous avons jugés nécessaires avant d’aborder notre sujet proprement dit. Nous voici arrivés maintenant à la foire Saint-Germain, l’archétype et la quintessence de toutes ces grandes réunions de plaisirs et d’affaires, celle qui en résumait les splendeurs en elle seule.

La foire Saint-Germain, sous la dépendance de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés*, durait originairement

1. Fr. Collettet, les Tracas de Paris . — Plus tard nous avons vu, à la même date, les foires aux joujoux du Pont-Neuf, qui ont fait place à celles des boulevards.

2. La plupart des autres appartenaient aussi à des ordres religieux, ou relevaient de l’autorité ecclésiastique.

quinzejoui’s et trois semaines. En 1482, elle fut réorganisée par Louis XI ; elle s’ouvrait alors le 1 octobre et durait huit jours. Dès 1 630, elle durait six semaines. Plus tard, elle fut étendue du 3 février à la veille du dimanche des Rameaux, ce qui, en certaines années^ lui donnait une existence de deux mois et demi, partagée entre le carnaval et le carême, sans compter qu'elle était assez souvent prolongée par ordonnance du roi‘. C’était l’époque où la cour, et avec elle les gens riches et de qualité, se trouvaient à Paris. Au XVII* siècle, elle se tenait à peu prés où l’on voit aujourd’hui le marché Saint-Germain, mais sur une plus large échelle, entre les rues Guisarde, du Four, des Boucheries, des Quatre-Vents, de Tournon et des Aveugles. Elle comprenait deux halles d’une longueur de cent trente pas, sur une largeur de cent environ, recouvertes d’une toiture fort exhaussée, dont ou regardait l'immense charpente comme un chefd’œuvre, et percées de neuf voies tirées au cordeau qui les partagaient en vingt-quatre portions. Çà et là étaient ménagés des cours et des puits pour le feu*. Dans l’intervalle des foires, les loges et boutiques

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