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Édit, charpentier, t. IV, p. 35C

3 Tout cela menait tel tapage et chômait si peu d’un bout

Les salles de bal n y manquaient pas non plus, on peut le croire. Le "NVauxliall de la foire Saint- Germain faisait fureur dans la seconde moitié du XVIII® siècle, et, à en juger par une estampe de 1773, c’était un établissement luxueux, dont les colonnes enguirlandées, les grandes glaces, les lustres étincelants, les riches tapisseries et les peintures eussent fait honneur au Louvre lui-même. Bref, comme la qualifie une autre grande estampe du temps, intitulée Plan de la foire Saint-Germain, c’était « un raccourci do toutes les merveilles et délices du monde. •

Nous parlions plus haut des faiseurs de tours de force. Ici quelques noms illusti’es réclament l’honneur d’être présentés en forme au public. Le Basque Du Broc est le premier, dit-on, qui exécuta le saut du tremplin , en tenant à la main deux flambeaux. Maurice Vondrebeck fut un des plus habiles sauteurs et danseurs de corde, et il joignit à ce double attrait de son spectacle celui des combats de taureaux. Tout cela se passait vers la fin du xvii* siècle. Antoni, dit de Sceaux, débuta vers l’an 1700; c’est peut-être le plus parfait danseur de corde qu’on ait vu en France, et jamais homme, sur le plancher des vaches.

à l’aalre de la foire que les voisins avaient beaucoup à en souffrir et que les bonnes âmes en étaient scandalisées. Dans la seconde moitié du xvii' siècle, le curé de Saint-Sulpice obtint un moment la cessation des jeux et spectacles forains les jours de dimanche et de fêtes.

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ne le surpassa en noblesse et en agilité. N’oublions pas non plus Crépin , qui , bien que boiteux , brillait à la même époque dans ces exercices, dans le saut du manche à balai, le tour de la table et les autres jeux de ce genre. En 1724, on vit un Anglais sauter par-dessus quatorze personnes debout, sans les toucher.

Dans la première moitié du xviiie siècle, Gertrude Boon, plus connue sous le nom de la belle tourneuse, attirait tous les ans une foule immense dans la baraque de la dame Baron. Elle se piquait trois épées au coin de chaque œil, et, pendant un quart d’heure, tournait ainsi sur elle-même, au son des violons, avec une éblouissante rapidité, sans perdre un moment l’équilibre, et sans qu’aucune des épées quittât son poste. Gertrude Boon était aussi sage que belle; tous les projets de séduction échouèrent contre sa vertu, si bien qu’un de ses soupirants, Gervais, homme puissamment riche , finit par lui offrir sa main et sa fortune, qui furent acceptées.

En 1742, débuta à la foire Saint-Germain Grimaldi, surnommé la Jambe de fer, l’un des plus intrépides cabrioleurs que l’on ait vus. 11 avait parié que, dans le divertissement du prix de Cylhère, il bondirait jusqu’à la hauteur des lustres, et il tint si bien sa parole que, du coup qu’il donna dans celui du milieu , il en fit sauter une pierre à la figure de Méhémet-Effendi, ambassadeur de la Porte, qui se trouvait

dans la loge du roi. A l’issue du spectacle , Grimaldi se présenta devant lui, espérant une récompense; mais il fut rossé haut et ferme par les esclaves de l’ambassadeur, qui prétendirent qu’il avait manqué de respect à leur maître. Ces Turcs n’ont jamais rien compris aux arts.

Quelques jours après, il annonça qu’il danserait une entrée de nain surprenante. Pour cela il se fit fabriquer un énorme turban qui englobait sa tête et sa poitrine. A ses hanches étaient attachés deux petits bras postiches, et sur son ventre nu il avait fait peindre un visage de nain qui changeait de physionomie à. chaque mouvement des plis de sa peau. Mais la police intervint, et comme il insistait, en homme qui se voit enlever sa gloire, l’exempt de la foire l’envoya coucher en prison.

Jambe de fer avait pour danseuse, disent les Anecdotes dramatiques, sa femme, sa fille ou sa sœur, tout ce que l’on voudra, car on n’a jamais pu débrouiller leur degré de parenté. C’était une nymphe trapue, qui lui disputait, en vigueur et en agilité, le prix de la gargouillade. Mais, malgré tout son mérite, elle ne fut point goûtée à Paris, et se vit obligée de courir la province.

A cette époque, et depuis longtemps déjà, les sauts, • les danses, les tours de force n’étaient plus guère que des accessoires à la foire Saint-Germain comme à la foire Saint-Laurent. Les baladins avaient conservé.

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leur royauté à la foire Saint-Ovide, ou à quelque autre d’aussi mince valeur; mais depuis la ün du siècle précédent , ils s’étaient bien effacés sur ce terrain plus illusti-e, et avaient peu à peu cédé la place à de vrais comédiens, à des théâtres réguliers, qui possédaient leurs troupes, leur répertoire, leurs auteurs.

Comment cette transformation s’était-elle opérée? Il est facile de le comprendre. On avait débuté par les marionnettes, et d’un théâtre de marionnettes à un théâtre d’acteurs en chair et en os, il n’y a qu’un pas, assez large, il est vrai. Aussi fut-on longtemps à le faire. C’est à l’année 1595, autant qu’il est possible de fixer une date, qu’on peut rapporter la première origine du spectacle de la foire; mais quel théâtre! un véritable spectacle forain dans toute la rigueur du terme. Quoi qu’il en soit, les comédiens de province qui s’y étaient établis s’y maintinrent, en dépit des confrères de la Passion et de l'Hôtel de Bourgogne , auquel on les obligea seulement, par sentence du 5 février 1596, à payer une redevance annuelle de deux écus. Sous Henri IV, nombre de troupes ambulantes profitèrent aussi des franchises de la foire Saint-Germain pour s’y établir.

En 1650, par suite de la permission du lieutenant civil, le fameux Brioché, premier du nom, qui avait le siège principal de ses exercices à la porte de Nesle, s’y installa avec ses marionnettes et y fit merveilles. Mais il y avait déjà des ma-

rionueltes auparavant, nous l’avons dit, et Scarron en parle dans sa Descriplion burlesque. Bientôt les saltimbanques, pour varier leur spectacle, avaient mêlé timidement à leurs exercices quelques farces au gros sel, puis des fragments de vieilles pièces italiennes. Loret nous apprend', qu’on voyait, à la foire Saint-Laurent, à côté des arlequins, des géants et des sauteurs ordinaires, d’agréables ballets et même de petites comédies. Dès 1661, le sieur Raisin, organiste de Troyes, y était venu montrer une épinette à trois claviers, dont l’un paraissait répéter tout seul les airs que l’on jouait sur les deux autres. Le roi, charmé et effrayé, voulut savoir le secret de ce prodige, qui s’accomplissait par le moyen du fils cadet de Raisin, caché dans l’intérieur de fépinette. Non content de le combler de présents, Louis XIV accorda au père la permission de jouer la comédie, avec une troupe qui serait désignée sous le nom de troupe du Dauphin. Au jeu de l’épinette , Raisin joignait une sarabande exécutée par ses trois enfants, et la représentation à lourde rôle de deux petites pièces : Tricassin Rival et VAndouille de Troyes. On sait que ce théâtre, après avoir eu un succès extraordinaire, fut fermé quelques années après, lorsque Molière obtint un ordre du roi pour enlever le jeune Baron à la veuve Raisin, qui, du reste, ne s’était pas maintenue à la foire.

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