Muge historique, lettre du 27 août
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Enfin en 1678, la troupe d’Allard et de Maurice, logée dans le jeu de paume d’Orléans , à la foire Saint-Germain , exécutait un divertissement comique à trois intermèdes : les Forces de VAmour et de la Mayie, bizarre assemblage de dialogues plus ou moins plaisants, de sauts périlleux , de machines et de danses. C’était une pièce assez singulière, mais enfin c’était une pièce. La troupe, qui se composait de vingt-quatre sauteurs de tous les pays et des plus habiles, trouvait presque entièrement son emploi, soit dans le cours, soit dans les intermèdes de cette comédie bouffonne, mêlée d’apparitions de crapauds, de démons, de magiciens, qui fournissaient une occasion naturelle d’y intercaler les exercices les plus variés et les plus périlleux.
A la fin du xvii® siècle, les troupes d’Allard, de Maurice et de Bertrand étaient définitivement établies aux foires Saint-Laurent et Saint-Germain, où, conjointement à leurs tours de force et d’agilité, qu’elles n’abandonnèrent jamais et qui faisaient le fond de leurs représentations, elles jouaient les pièces des anciens comédiens italiens , avec les types de Gilles, Scaramouche, Arlequin, et autres, qui se prêtaient si bien à la pantomime.
A partir de ce moment, le Théâtre de la Foire est constitué. Il eut à supporter sans doute beaucoup de luttes et de vexations de tout genre. 11 eut à se défendre successivement contre les réclamations de la Comédie
LA I-OlUK SAINT-GLUMAIN.
Française el de l Opéra, contre les rigueurs de l'administration, contre les interdictions, les saisies, la censure, les démolitions par ordre ; et cependant, à force de prudence, d’adresse et d’audace combinées, en sachant céder à propos pour se redresser ensuite, en trouvant sans cesse de nouvelles ressources et des expédients ingénieux dans les moments les plus désespérés, il en vint peu à peu à un état de prospérité remarquable , surtout vers le milieu du xviii® siècle, après l’avénement de Monnet. Le Théâtre de la Foire eut dès lors non-seulement de belles salles et des décors où Servandoni mettait quelquefois la main, mais des ballets splendides, des pièces régulières et des auteurs illustres. C’est lui qui a donné naissance à la fois à l’opéra-comique et aux théâtres des boulevards. Mais nous ne pourrions le suivre dans cette nouvelle phase sans sortir de notre cadre
Avec tant d’agréments divers , on comprend sans peine la passion du peuple de Paris pour la foire Saint-Germain. Cependant elle chômait quelquefois dans les temps difficiles. On croit qu’elle ne fut pas tenue durant la Ligue, et les troubles de la Fronde en occasionnèrent certainement la suppression en 1 üi9. Ce fut un grand deuil, qui fit explosion dans plusieurs
1. Les frères Parfaict, Des Boulmiers, Monnet, etc., ont écrit l’histoire du Théâtre de la Foire, et ce sont eux qui nous ont servi de guides dans cette dernière partie de notre chapitre.
LES FOIRES DE PARIS
inazarinades'. Je ne sais si la privation même du pain de Gonesse fut plus sensible aux Parisiens. En 1668 aussi, la peste en empêcha l'ouverture. Toutes ces dates restèrent marquées de noir dans les annales de la ville.
L’importance croissante des boulevards , où Audinot et Nicolet transportèrent les spectacles qu’ils avaient d’abord ouverts aux mêmes lieux que les Monnet et les Bertrand, eut pour conséquence naturelle de diminuer d’autant celle des théâtres forains. On vit même la foire Saint-Laurent privée de toute espèce de représentations en 1773 : ce ne fut qu’une éclipse momentanée, dont toutefois elle ne se releva jamais entièrement, non plus que son illustre rivale. La Révolution, celte grande fosse commune de toutes les anciennes institutions de la monarchie, supprima les foires : elle avait supprimé bien autre chose ! Mais, pour ne pas aggraver ses torts, il convient de faire remarquer que celle de Saint-Germain , comme si elle eût prévu ce qui devait arriver, s’était laissée mourir dès l’année 1786, quelques années avant ses compagnes.
1. Notamment dans les Plaintet du carnaval et de la foire Saint-Germain.