‹ Tableau du vieux ParisChapitre 66 sur 138 · L’ Anti- Caquet de V accouchée · texte numérisé non relu

L’ Anti- Caquet de V accouchée

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sans oublier les prospectus pompeux qu’ils faisaient distribuer à foison dans les alentours du cheval de bronze', et les affiches dont ils tapissaient tous les coins de rues.

Ces troupes avaient leurs éléments essentiels et indispensables, dont tout opérateur qui se respectait ne se fût pas plus passé que de ses drogues : c’était surtout le singe et le Marocain. Le singe égayait la galerie par ses grimaces; le Marocain, vrai ou faux, plus souvent faux que vrai, agissait sur les imaginations crédules et simulait assez bien le diable. A défaut du Marocain, l’opérateur mis en scène par Scarron, dans \e Roman comique, avait du moins une vieille servante moresque. En outre, il se faisait nommer Ferdinando Ferdinandi , gentilhomme vénitien, quoiqu’il fût natif de Caen : ce genre d’imposture était . fort en usage parmi les charlatans , pour se donner plus de prestige auprès du populaire, et il n'était pas un triacleur picard ou normand * qui ne se prétendit pour le moins , à défaut de mieux, élève des chirurgiens , saigneurs et dentistes italiens. Les meilleurs spagyriques passaient pour venir d’Italie, et

1. Furetière, le Roman bourgeois, édit. Âsselineau et Fournier, p. 234; Brueys, les Empiriques, 1697, I, sc. H.

2. La Picardie et la Normandie fournissaient la plupart des charlatans français. Ceux de Chauny, en Picardie, étaient particulièrement connus comme « grands jaseurs et beaux bailleurs de balivernes. » (Rabelais, Gargantua, ch. xx.)

c’était môme, s’il faut en croire de graves érudits, le bourg de Cœretum, près Spolète, qui avait envoyé en France ses premiers charlatans *. Charles Sorel introduit aussi, au dixième livre de son curieux roman de Francion, qu’on peut considérer comme un Tableau de Paris au xvn* siècle, un opérateur normand qui se fait passer pour Italien, et La Bruyère nous apprend que c’était l’émulation d’un illustre spagyrique de cette nation, Caretti, qui avait peuplé le monde de noms en o et en i, — noms vénérables, ajoute-t-il, qui en imposent aux malades et aux maladies. Il y a toujours dans une physionomie étrangère quelque chose qui attire plus fortement la curiosité de la foule. Aussi, indépendamment de leur singe, de leur Marocain et du masque italien dont ils s’affublaient personnellement, les charlatans avaient-ils soin de choisir des femmes qui pussent compléter la physionomie exotique de la troupe. Celle de l’opérateur de Scarron était espagnole; le fameux Barry eut tour à tour des compagnes' italienne, anglaise, flamande, etc. Ces messieurs aimaient la bariolure et la variété, et leurs courses en tous pays les mettaient à

1. Suivant Calepin, le Discours deVoriginedes ciarlatans, 1619 (p. 16-22), et Furetière, c'est du nom de ce bourg que viendrait le mot charlatan ; suivant d'autres, dont l’opinion semble beaucoup plus naturelle, il viendrait simplement de l'italien scarlatano, pour désigner la couleur du costume dont ils s’accoutraient.

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même de satisfaire largement ce goût. Très-souvent ils s’associaient des comédiens italiens, alors fort à la mode, et les Baratins, les Zani, les Grisigoulins, les Gratians, faisaient merveille sur leur théâtre, celui-ci avec son pédantisme doctoral, ceux-là avec leurs bouffonneries grotesques.

Les opérateurs de dernier ordre se recrutaient surtout dans le corps des trompettes, qui, après les guerres, profitaient des loisirs que leur faisait la paix pour courir les villages en exécutant des tours de gobelets et en débitant des drogues L Ils avaient soin de revêtir un costume bizarre et voyant, nuancé de toutes les couleurs. Montés sur un cheval, s’ils n’avaient pas de tréteaux, ou parfois sur un simple banc, ils commençaient par attirer la foule, tantôt au son du clairon, tantôt au son de la guitare, du violon, du rebec ou de quelque autre instrument. Puis ils commençaient à vanter leurs drogues , où l’antidote connu alors sous le nom de mithridate, en souvenir de ce roi du Pont que les poisons ne pouvaient entamer, jouait presque toujours le principal rôle. On juge bien que les panacées ne manquaient pas non plus dès lors. Ils y joignaient des emplâtres, opiats pour les coliques et le mal de mer, huiles pour guérir les anciennes surdités et toutes les vieilles douleurs ; poudres , racines et électuaires contre le

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