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opérateur. C’est un conte , mais qui a le mérite de nous tracer une espèce de tableau idéal de la profession , et d’indiquer, dans son exagération même , les secrets les plus admirables dont se targuaient les adeptes. Les eaux et pâtes souveraines contre les ulcères , brûlures , plaies de tous genres, n’étaient que leurs moindres merveilles ; ils rendaient la vue, ils faisaient repousser les dents. « Quant au nez, quelqu’un l’a fait autrefois revenir en faisant une incision dans le bras d'un faquin ou esclave, et l’attachant après contre la partie offensée de celuy qui avoit perdu l’une des principales pièces de son visage. • Cette idée ne paraîtrait plus aussi bouffonne aujourd’hui qu’elle le semblait à Sorel. Son phénoménal opérateur confectionne aussi des breuvages qui embellissent, d’autres qui rajeunissent; il fait des talismans , il guérit par l’application de ses remèdes au pus d’un ulcère, au sang d’une plaie envoyé dans un linge, ce qui est une anticipation sur la poudre sympathique du chevalier Digby, dont nous parlerons plus loin.
Voulez- vous avoir une idée de l’éloquence de ces braves gens, qui, du reste, n’a guère varié depuis? Lisez le prologue de l'Opérateur Barry, comédie de Dancourt : c’est tout à fait cela , en faisant la part de quelques bouffonneries, qui même ne laissent pas de contribuer pour leur part à la couleur locale. On y trouve jusqu’aux réflexions grotesques par lesquelles
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le valet, comme le paillasse de nos jours, intervenait dans les discours de son maître,
— Vous voyez, messieurs et mesdames, vous voyez, dis-je, le plus grand personnage du monde, un virtuose, un phénix pour sa profession, le parangon de la médecine, le successeur d’Hippocrate en ligne directe, le scrutateur de la nature, le vainqueur des maladies et le fléau de toutes les Facultés. Vous voyez, dis-je, de vos propres yeux, un médecin méthodique, galénique, hippocratique, pathologique, chimique, spagyrique, empirique.
JODELET. — Et un médecin qui sait la médecine; cela n'est pas commun.
BARRT... — En quels lieux de l’univers n’ai-je point été? Quelles cures n’ai-je point faites? Informez-vous de moi à Siam ; on vous dira que j'ai guéri l’éléphant blanc d’une colique néphrétique. Que l’on écrive en Italie, on saura que j’ai délivré la république de Raguse d’un cancer qu’elle avait à la mamelle gauche. Que l’on demande au grand Mogol qui l’a sauvé de sa dernière petite vérole : c’est Barry. Qui est-ce qui a arraché onze dents machelières et quinze cors aux pieds à l’infante Atabalippa? quel autre pourroit-ce être que le fameux Barry ' ?
JODELET. — Pour peu que vous en doutiez, allez vousmêmes sur les lieux : on vous en dira des nouvelles.
1. Les opérateurs se couvraient volontiers du nom des princes et des magistrats les plus lointains. Ils étaient toujours munis d’attestations et lettres-patentes signées des potentats régnant dans les terres australes (Palaprat, Lettre sur la comédie des Empiriques). Vhcrbier mis en scène par Rutebœuf avait soigné le site du Caire. « Mais c’est chose
OPÉRATKL’HS ET CHARLATA>S.
BARRY. — Mais, me direz-vous, je n’ai que faire de vos remèdes : je me porte bien; je ne suis. Dieu merci, ni pulmonique, ni asthmatique; je n’ai ni pierre, ni gravelle, ni fluxion, ni catarrhe, ni rhumatisme. Hé ! tant mieux ! le ciel en soit loué ; c’est ce que je demande. Est-ce l’intérêt qui me fait agir? Non, signori, non : j’ai piou de biens que je n’en veux. Mais j’ai d’autres secrets où le beau sexe ne sera peut-être pas insensible. Je vous apporte, mesdames, hé quoi? le trésor de la beauté, le magasin des agrémens, l'arsenal de l’amour...
jODEi.ET. C’est lui qui m’a rendu beau comme vous me voyez.
BARRY. — Je porte avec moi un baume du Japon qui noircit les cheveux gris et dément les extraits baptistaires; une pommade du Pérou qui rend le teint uni comme un miroir; une quintessence de la Chine qui agrandit les yeux et rapproche les coins de la bouche, fait sortir le nez à celles qui n’en ont guère et le fait rentrer à celles qui en ont trop.
Tout triomphant que soit ce pallas , celui du charlatan de Sorel, un simple arracheur de dents cependant, l’emporte de beaucoup encore. C’est celui-là qu’il faut lire , pour apprendre à mépriser les vulgaires praticiens de nos jours qui déracinent une molaire à la pointe du sabre, et croient avoir accompli une grande prouesse. Cet opérateur s’arrête
plaisante, dit le Discours de l’origine des ciarlatans, de voir l’artifice dont se servent ces médecins de balle pour vendre leurs drogues, quand, avec mille faux serments, ils afiirment avoir appris leurs secrets du roi de Danemark ou d’un prince de Transylvanie. »
au bout du Pont-NeuC et commence à parler à son cheval pour amasser la foule ;
Viens çà, dis, mon cheval, pourquoi est-ce que nous Amenons en cette place? Si tu savois parler, tu me répondrois que c’est pour faire service aux honnôtes gens. Mais, ce me dira quelqu’un, gentilhomme italien, à quoi est-ce que tu nous peux servir? A vous arracher les dents, messieurs, sans vous faire aucune douleur, et à vous en remettre d'autres avec lesquelles vous pourrez manger comme avec les naturelles. Et avec quoi les ôtes-tu? Avec la pointe d'une épée? Non, messieurs, cela est trop vieil ; c’est avec ce que je tiens dans ma main. Et que tiens-tu dans ta main, seigneur italien? La bride de mon cheval... Je guéris les soldats par courtoisie, les pauvres pour l’amour de Dieu, et les riches marchands pour de l’argent. Voyez ce que c’est d’avoir une dent gâtée, viciée et corrompue, et à quoi cela nuit : vous irez recommander un procès chez un sénateur ; penserez-vous parler à lui, il se détournera et dira : « Ah! la putréfaction ! tirez-vous de là, mon ami ; que vous sentez mauvais ! » Ainsi il ne vous entendra point, et voilà votre cause perdue. Mais vous me direz : « N’as-tu point quelque autre remède?» Oui-da, j’ai d’une pommade pour blanchir le teint; elle est blanche comme neige, odoriférante comme baume et comme musc... Je ne suis ni médecin, ni docteur, ni philosophe ; mais mon onguent fait autant que les philosophes, les docteurs et les médecins. L’expérience vaut mieux que la science, et la pratique vaut mieux que la théorie ' .
On ne s’étonnera plus maintenant que les poètes