‹ Tableau du vieux ParisChapitre 73 sur 138 · MONDOR ET TABARIK . — PADELLB. — GILLES LE NIAIS · texte numérisé non relu

MONDOR ET TABARIK . — PADELLB. — GILLES LE NIAIS

Sur cette liste immense des saltimbanques et des artistes de la rue, qui commence avec le monde , et qui ne finira qu’avec lui , si messieurs les préfets de police le veulent bien permettre, est-il un nom plus illustre, un nom qui sonne plus joyeusement à l’oreille que celui de Tabarin? Dans le cercle épique des charlatans du xvii' siècle, Tabarin passe de la tète tous ses compagnons, comme la déesse Calypso au milieu de ses nymphes. Le Savoyard est assurément un grand homme , Gaultier-Garguille fut un grimacier de génie , Turlupin a mérité que son nom se changeât en proverbe , Bruscambille sera l’éternel désespoir de nos pitres les plus ambitieux; mais tous disparaissent devant Tabarin, comme les étoiles devant le soleil.

Aujourd’hui, après plus de deux siècles, Tabarin a encore ses fanatiques. Il s’est formé, parmi les érudits et les bibliomanes, une petite secte de tabarinistes, semblables à ces homéristes de la Grèce qui se prétendaient sortis d’une côte du chantre d’Achille , et allaient partout récitant ses vers. On l’a mis en comédie, en vaudeville, en drame, en opéra, en roman, en prose, en vers et en musique; des fantai-

?'iO opÉRATF.uns i;t charlatans.

sislcs et des savants lui ont consaci'c de copieuses notices ; on a écrit cent fois sa biographie et sa bibliographie, et on a publié coup sur coup, dans ces dernières années, deux éditions complètes de ses œuvres, avec notes et commentaires, comme ont fait , mais avec infiniment moins d’étendue et de zèle, Servius pour Virgile et Brossette pour Boileau. On voit donc qu’il reste à peine quelques épis à glaner dans ce champ moissonné à pleines mains, et mis au pillage. Je n’aborde à mon tour Tabarin qu’avec le frisson que ressent tout honnête écrivain , quand il se voit en face d’un gros lieu commun qu’il lui est impossible de tourner : ne pouvant passer sous silence un tel nom dans riiistoire des rues de Paris, j’avertis du moins le lecteur que j’ai peu de goût pour répéter ce qui se trouve partout , et je le renvoie à quelquesuns de mes prédécesseurs *, s’il est curieux de renseignements plus amples.

Vers l’an 1618, un opérateur, nommé Mondor *, avait établi son théâtre sur la place Dauphine. D’où venait Mondor? A en croire quelques mots recueillis çà et là dans deux ou trois plaquettes du temps il

1. Spécialement à M. Leber (Recherches d’un homme grave sur un farceur) et aux deux derniers éditeurs de Tabarin, qui ont eu la pudeur de se déguiser sous les pseudonymes Aventin et G. d’ HarmonviUe.

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