‹ Tableau du vieux ParisChapitre 74 sur 138 · On trouve aussi son nom écrit Montdor et Mont d’or · texte numérisé non relu

On trouve aussi son nom écrit Montdor et Mont d’or

3. Le Clairvoyant intervenu sur la réponse de Tabarin, 1619. — Le Parlement nouveau, par Daniel Martin, 1037.

serait venu d’Italie, l’inépuisable patrie des charlatans; mais peut-être n’était-ce qu’un Italien de contrebande, comme la plupart de ses confrères. Mondor a toute laphysionomie d’un pseudonyme, et l’on peut dire que le véritable nom de ce personnage, qui occupa si longtemps Paris, est resté inconnu, comme la date de sa naissance et comme celle de sa mort.

Mondor avait commencé par courir le monde avec son baume et ses onguents ‘. A peine est-il fixé à Paris, qu’on le trouve en compagnie de Tabarin, qui pouvait bien avoir été son valet d’abord, comme le dit une note de Brossette sur l’Art pociique de Boileau, mais qui devint certainement ensuite son associé, et môme le principal personnage de l’association *. #

C’était un homme de belle mine , de mine vénérable même , avec ses longs cheveux et sa grande

1. « J’ay autrefois voyagé, dit-il lui-même, j’ay veu une partie de l'Europe, tantostà pied, tan tost à cheval.. . (Œuvres de Tabarin, Fantaisie et Dialogue XVI.) J'ay veu les Espagnes et traversé une grande partie des Allemagnes. » {Recueil g é.néral des rencontres et questions de Tabarin, I" partie, question XXV.)

2. Brossette paraît avoir confondu le rôle de valet, toujours rempli par Tabarin sur la scfcne, avec sa position réelle visà-vis de Mondor. Tabarin jouait les valets, comme tantd’autres comédiens qui n’en sont pas moins indépendants poui cela dans leur vie privée ; c’est dans ce sens restreint qu’il faut prendre évidemment la question XXVI de la I™ partie du Recueil général, où il se présente d’un bout à l’autre comme le valet de Mondor.

OPKRATEUnS ET CHARLATANS.

barbe blanche, et tout à fait propre à séduire la foule par ses agréments extérieurs, aussi bien que par son éloquence. Les témoignages abondent sur ce point : « Quant à Mondor, dit le Discours de l'origine... des ciarlatans, 1619 (ch. viii), il a de l’esprit et un peu de lettres, et seroit capable, s’il vouloit, d’une vocation plus honorable. Il est civil et courtois, ostant son chapeau bien honnestement et avec un douxsouris, quand il renvoyé le mouchoir ouïe gand. * Les commères des Caquets de l'accouchée (troisième journée) parlent aussi de sa bonne mine, qui, en 1622, lui faisait encore débiter largement sa marchandise, comme s’il ne fût arrivé que de la veille à Paris. L’Épître dédicatoire de l’Inventaire unwcrsel des Œuvres de Tabarin, un peu susppcte, il est vrai, s’étend également sur le bien dire qui lui est naturel, sur l’éloquence par laquelle il ravit les oreilles de ses auditeurs, et le sonnet en tête de VInventaire, jouant agréablement sur son nom, s’écrie dans une métaphore ambitieusement lyrique :

Ainsi, monsieur, vous estes le Mont d'or.

D’où l’eloquence, espanchant son trésor.

Par cent canaux se distille en nos âmes.

Dans les parades de Tabarin où Mondor figure, il abonde en citations de toutes sortes, latines , voire grecques , et en aphorismes tirés des philosophes ; • Ce n’est pas mon exercice d’estre capitaine , dit-il

quelque part ’ ; dès le plus tendre de mon enfance j’embrassay les lettres et me mis à l’abry des lauriers d’Apollon. • Pourquoi ce savant homme n’a-t-il pas écrit son Apologie de sa propre main , au lieu de la laisser faire à d’autres?

Les drogues de Mondor avaient une grande renommée, non pas seulement chez le bas peuple, mais parmi les riches bourgeois et les seigneurs. On voit dans le Pasquil de la cour (1622) que les courtisans croyaient à ses remèdes et en usaient. Il expose luimême, dans une des questions du recueil tabarinique*, la nature et l’efflcacité de son baume et de sa pommade :

A la vérité, dit-il, il faut que je confesse, sans philautie ou ostentation, que mon bausme est un des plus rares secrets que la nature ait jamais descouverts, tant pour les expériences qu’il a fait paroistre, tant à Paris qu’és autres villes de France, où je l’ay distribué, que pour les événemens et guarisons admirables qui en sont réussis, outre mesme mon attente. Il est très-bon aux douleurs de teste, aux migraines, vertigo, ténébrosités du cerveau ; il est singulierpour le mal d’estomach, sincope, vomissemens, palpitations et autres incommoditez qui naissent en cette partie ; il est rare pour l’obstruction du foie, pour l'opilation de la ratte, pour mal de reins, de üuctions catareuses et pour les sciatiques : il

1, Fantaisie et dialogue XXV III de l’Incentoire universel des Œuvres de Tabarin.

Page 1