‹ Tableau du vieux ParisChapitre 79 sur 138 · Citée par les frères Pnrfaict, t. IV, p. 254 et suiv · texte numérisé non relu

Citée par les frères Pnrfaict, t. IV, p. 254 et suiv

2. V. la Rencontre de Gaultier-Garguille avec Tabarin en Vautre monde (1634).

gne, «signent en tête une approbation burlesque.

Ab! les belles et joyeuses soirées que ménageait Tabarin aux habitués de sa verve comique! Pages, clercs, écoliers, laquais, crocheteurs, filous, petits boutiquiers en goguette , soldais du roi affamés de plaisirs gratuits, toute la séquelle du cheval de bronze et de la Samaritaine, tous les chevaliers d’industrie, les badauds , les nouvellistes, les filles de bonne volonté, bohémiens, archers, cavaliers, chambrières, porteurs d’eau , ramoneurs , gentilshommes, chanteurs ambulants, pâtissiers, crieurs des rues , toute cette population bigarrée que la pointe de La Belle fixait, quelques années plus tard (1646), dans sà vue du Pont-Neuf, tout cela se pressait, se haussait, grimpait sur les bornes, se bousculait pour mieux voir et mieux entendre. En ces moments, la place Dauphine était le paradis des tire-laine. Et comme on riait à gueule bée, avant le premier mot, dès qu’on apercevait sur la scène, par-devant les deux musiciens et le Marocain préposé au coffre des remèdes, à côté du vénérable !Mondor en habit court et tout chargé de clinquant, l’inénarrable Tabarin avec son pantalon large, son tabar négligemment drapé sur ses épaules, son épée de bois passée dans sa ceinture, sa barbe « en trident de Neptune’,* ses longues moustaches, et sur la tête cet immense, ce fanlaslii]ue

1. V., parmi les pièces (abariniques, la Descente de Tal o>in aux enfers.

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chapeau, ceprotée aux mille formes, qu'il pétrissait comme une cire entre ses doigis et qui faisait à lui seul une grande partie de la popularité de son maître ' .

Il était impossible que tant de joyeusetés, de baliverneries et de bons contes fussent perdus pour la postérité. J’aime à croire que Tabarin ne polissait pas lentement ses œuvres dans le silence du cabinet, avant de les débiter sur les théâtres, et qu’à tous les mérites de gaieté et de belle humeur qu’il faut lui reconnaître, il ajoutait celui de l’improvisation. Mais, parmi ses auditeurs de chaque jour, il s’en trouva un qui, à force d’entendre toutes ces admirables choses, finit par les savoir à peu près par cœur; il les réunit, non peut-être sans y mettre quelque peu du sien pour combler les vides de sa mémoire, et le Ikciieil (jénéral des rencontres et questions tabariniques parut en 1622 chez Sommaville. La même année, il s’eu fit une deuxième édition, augmentée, qui ne devait pas être la dernière, et l’année suivante, le libraire, atfriandé par son succès, donna la seconde partie du Recueil général, qui s’accrut, dans une réimpression, de deux farces tabariniques. Dès le début, la concurrence s’était mise de la partie, et un mois à peine après la première publication de Sommaville, paraissait l'Inventaire universel des œuvres de Tabarin conte-

1. Le Parlement nouveau, de Uuniel Martin, de l'Antiquité du chapeau de Tabarin, les Fantaisies plaisantes et facétieuses du chapeau à Tabarin, etc.

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nanl ses fantaisies, dialogues, paradoxes, gaillardises, rencontres, farces et conceptions, le tout curieusement recherché et recueilly, dont trois éditions se succédèrent coup sur coup. A en croire le Francion de Sorel *, c’est à un cuistre de collège qu’on devrait le Recueil des farces tabariniques , « livre de si bonne chance, ajoute celui qui raconte le fait, qu’on en a vendu vingt mille exemplaires, au lieu que d’un bon livre à peine en peut-on vendre six cents. » Mais je ne veux point entrer dans le dédale de la bibliographie tabarinique, ni examiner en détail le degré d’authenticité de cette multitude de petites pièces, mises alors sous le nom du glorieux farceur, et où l’on a poussé l’aberration mentale jusqu’à le faire intervenir gravement dans des questions théologiques.

De temps à autre , Mondor et Tabarin quittaient Paris pour faire des excursions en province *, et tous les échos du Pont-Neuf pleuraient leur absence; tous les écoliers et suppôts de l’université de la place Dauphine regardaient à l’horizon jusqu’à ce que le joyeux couple fût revenu parmi eux. Les parades et les farces reprenaient alors avec un succès plus vif. Pourtant, à partir de 1625, le nom de Tabarin cesse d’occuper au même degré l’attention publique ; on ne le voit presque plus reparaître dans les plaquettes et les facéties volantes, et l’on pourrait

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