‹ Tableau du vieux ParisChapitre 80 sur 138 · L'iltiieu dt Tabarin au peuple de Paris · texte numérisé non relu

L'iltiieu dt Tabarin au peuple de Paris

croire que, dès ce moment, il était retiré du théâtre, si l’on ne savait, par un renseignement positif*, qu’il le quitta seulement vers l’année 1630.

Diverses légendes ont couru sur les causes de sa retraite. Quelques-uns l’ont attribuée à son chagrin d’avoir été trahi par sa femme; j’ai même lu à ce propos, dans un historien sentimental , qu’il mourut de douleur, au milieu d’une misère profonde, n’ayant jamais pu se consoler du départ de son Eurydice. Suivant un autre, dont la fable ingénieuse mêle avec plus d’adresse à une dose égale de sentiment quelque ressouvenir du vrai caractère de Tabarin , il auradt cherché à noyer son chagrin dans une farouche ivresse, et serait mort au cabaret, sous la table, à la suite d’un duel bachique avec un colporteur piémontais. Il est impossible, comme on voit, de souhaiter de plus minutieux détails : le malheur est que l’auteur les a pris dans son imagination et non dans la réalité. On rit de cet apocryphe Tabarin d’opéra-comique, de ce tourtereau sensible et fidèle, quand on connaît l’homme et sa Francisquine. On aura voulu évidemment calquer après coup cette légende sur l’histoire de Molière et d’Armande Béjard. Tous ces , contes bleus ont été détruits par la découverte d’un document contemporain, que j’ai déjà cité plusieure fois: le Parlement nouveau de Daniel Martin (1637).

1. Avertissement de l’.-lmjj/itirife (cinq actes en vers) de M. de Monléon, 1630.

On y lit que Tabariii, après s’èlre enrichi dans sa profession , acheta une seigneurie près de Paris et s’y retira. Jusque-là, rien que de naturel : les charlatans, nous l’avons déjà vu, étaient assez coutumiers de faire fortune, et Tabarin le méritait certes plus à lui seul que tous les autres ensemble. Daniel Martin ajoute que les voisins du farceur, gentilshommes de la vieille roche, humiliés d’avoir pour égal un personnage de ce genre, le tuèrent à la chasse. La chose est romanesque et quelque peu invraisemblable, et l’on s’étonne qu'un si cruel dénoùment à la vie d’un homme qui avait si longtemps occupé la renommée n’ait pas laissé de trace ailleurs que dans ce livre fort inconnu ; mais nous citons nos auteurs : libre à ceux qui nous lisent de les contester.

En tout cas , il semble que Tabarin était mort en 1633‘, et il est au moins probable qu’il ne survécut pas longtemps à sa retraite. Dès 1630, il était remplacé, comme nous l'apprend encore M. de Monléon, — ce qui est le plus grand mérite de sa tragédie, — par un nommé Padelle, ou Padel. Toutefois Padelle

1. Rencontre de GauUier-Garguille et de Taharin en l'antre monde (1634). — Au contraire, suivant les frères Parfaict {Hiet. del'ancien théâtre italien, p. 58-39), il vivait encore vers la £& de l’année 1639, époque où .Mazarin fit venir de Vienne, en Autriche, Dominique Biancolelli, qui jouait alors, disent-ils, dans la troupe du fameux Tabarini ou Tabarin, le même qpit était venu en France sous Louis XIII. Comme ils n’indiquent pas leurs sources, les moyens de contrOle nous manquent.

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avait exercé auparavant et s’était déjà fait connaître à Paris concurremment avec celui dont il devait recueillir l’héritage : ce point est prouvé par un document qui a échappé, je crois, à tous les biographes de Tabarin et de son successeur, je veux dire le Testament du Père Garasse, pièce satirique publiée en 1626. L’auteur fait ainsi parler le fameux jésuite: « Je donne mes rencontres, mes facéties, les brocards, allusions, contrepèteries, qui sont dans mon livre de la Doctrine curieuse, à Tabarin ou à Padelle,pour s’en servir sur le théâtre et récréer les Parisiens. »

Ainsi dans cette pièce, non-seulement Tabarin et Padelle sont nommés à côté l’un de l’autre, comme des farceurs tous deux en exercice , mais encore Padelle est mis en scène plusieurs années avant la date reçue comme celle de la retraite de Tabarin et de sa propre apparition sur le théâtre.

Il est nommé aussi, et encore sur la même ligne que Tabarin, dans VÈlomire hypocondre, de Le Boulanger de Chalussay (1670):

Les Taparins et les Padelles Ne seroient quefos écoliers,

dit l’Orviétan à Molière (I, sc. iii). D’après quelques autres témoignages, et particulièrement un passage des Reigles, statuts et ordonnances de la Caballe des filous réformez où il est fait allusion à l’habileté avec la-

1. Variétéi hi»t. et Uttér., édit. Éd. Fournier, t. III, p. 151.

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quelle il débitait ses drogues, on voit que Padelle n’était pas trop indigne de succédera Tabarin, quoi* qu’il soit loin d’avoir jamais atteint sa réputation.

Après le départ de son associé, Mondor continua courageusement son débit d’éloquence et de drogues. En 1634, il trônait encore à la place Dauphine mais avec moins de majesté et de vogue que par le passé. L'Histoire de Barry, Filandre et Alison (1704, in-12) nous le montre un peu après 1644, à Rouens avec les débris de sa troupe, dont l’Hôtel de Bourgogne lui avait pris les meilleurs acteurs. Depuis, on le perd de vue.

Môme loi'sque Mondor eut définitivement disparu, la place Dauphine ne chôma pas, comme on peut croire. Sous la régence d’Anne d’Autriche, les tréteaux de Tabarin étaient occupés par un -farceur connu sous le nom de Gilles le Niais, mais qui n’a pas marqué une trace plus profonde dans l’histoire que son prédécesseur Padelle. Et pourtant Gilles le Niais a laissé un Théâtre, volume rarissime que M. Leber avait dans sa bibliothèque. S’il faut en croire les Véritables prétieuses, comédie de Somaize *, Gilles le Niais s’appelait de son vrai nom le sieur de la Force; il se vantait d’être le disciple de Guillot- Gorju, et après avoir représenté en plein air, voyant que le théâtre du Petit-Bourbon lui enlevait ses

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