I.rS CORPORATIONS
geurs se trouvèrent trop pauvres pour supporter la dépense de leurs costumes, et ils furent déûnitivement remplacés par les bonnetiers , qui s’empressèrent de saisir l’occasion au vol.
Les Six Corps, pénétrés de leur imporlance, ne tardèrent pas à viser aux honneurs du blason. Il fallut que l’art héraldique s’occupât de leur donner des armoiries parlantes comme aux maisons princières. Ils adoptèrent d’abord une devise générale, où l’on voyait un Hercule faisant de vains efforts pour rompre un faisceau composé de six baguettes, avec cet exergue : Vincit concordia frairum. Puis ils avaient des attributs spéciaux, peints sur leurs bannières, qui figuraient dans toutes les fêtes et sur les torches de leurs enterrements. Les armes des drapiers étaient un navire d’argent à la bannière de France flottante, avec un œil en chef, sur champ d’azur : ils les avaient obtenues en 1629. Celles des épiciers, l’écu coupé d’azur et d’or; sur l’azur, une main d’argent tenant des balances d’or, — vrai prospectus d’épicier, menteur s’il en fut ; — sur l’or, deux nefs de gueule, aux bannières de France, avec deux étoiles à cinq points de gueule, et en haut l’audacieuse devise : Lances et pondéra servant. Celles des merciers, trois vaisseaux sur champ d’argent, deux en chef et un en pointe, construits et matés d’or sur mer de sinople, et surmontés d’un soleil d’or avec la devise : Te toto orbe sequemur. Celles des orfèvres, de
ET LES CONFRÉRIES
gueules à trois croix d’or dentelées, accompagnées d’une coupe d’or aux premier et quatrième quartiers, et aux deuxième et troisième d’une couronne d’or, au chef d’azur semé de fleurs de lis et entouré de l’inscription : In sacra inque coronas. Les pelletiers avaient un agneau pascal d’argent sur champ d’azur, à la bannière de France de gueules; ils y ajoutèrent une croix à partir de 1368. Enfin les armoiries (les bonnetiers étaient d’azur à la toison d’argent, surmonté de cinq navires d’argent, trois en chef, et deux en pointe '.
Beaucoup d’autres corps de métier se trouvaient mêlés par quelques points aux grandes solennités publiques.
On connaît la part que prenait aux cérémonies des sacres et des entrées des rois la corporation des oiseleurs. Dans les lettres par lesquelles il leur avait confirmé le privilège de s’établir sur le Pont-au- Change les jours de fête , le roi Charles VI leur imposa, en retour, l’obligation de délivrer quatre cents oiseaux, lors du sacre ou de la première entrée du souverain dans Paris. Ce nombre fut souvent dépassé : à l’entrée de Louis XI, on ouvrit les portes de la cage à plus de deux cents douzaines qui, en un instant, remplirent l’air de leurs baltemenls
1. J. B. de Saint-Victor, Tableau hist. et pittoresque de Paris, .1”, p. 630 et suivantes.
LES COnPOP.VTIONS
d'ailes et de leurs cris joyeux *. Cette cérémonie symbolique, dont on devine aisément le sens, resta longtemps en usage. Au xvm' siècle encore, dans certains cas solennels, lorsque le roi se rendait à Notre-Dame, on lâchait sur le parvis, à son arrivée, une multitude d’oiseaux *, et le dernier sacre que la France ait vu, celui de Charles X, est resté fidèle à la tradition sur ce point comme sur tous les autres.
Les corporations, avec le système des maîtrises et des jurandes, furent abolies, en 1776, par un édit royal, dont il faut attribuer surtout l’initiative à Turgot, qui les regardait comme aussi funestes à la liberté qu’à la prospérité du commerce et de l'industrie. Après la disgrâce du ministre, elles .SC relevèrent un moment, mais pour retomber d’une façon définitive sous le coup d’un décret de la Constituante. Au point de vue économique, il se peut que Turgot et la Constituante eussent raison, et je ne me sens nulle envie de les attaquer sur ce terrain ; mais au point de vue pittoresque, c’est tout autre chose ! Il est vrai que la partie pittoresque de l’existence des corporations anciennes no trouverait guère son emploi aujourd’hui. Les souverains ne prennent plus la peine de se faire sacrer ; ils entrent à Paris en
1. Jean deTroyes, Chronique de Louis XI. (Collect. Michaud, 1. IV, p.250.)