‹ Tableau du vieux ParisChapitre 81 sur 138 · Scène tiii · texte numérisé non relu

Scène tiii

chalands, il forma le projet de jouer dans un lieu fermé, et de faire payer à la porte en entrant. 11 avait une véritable troupe, pour représenter les farces qu’il composait lui-même. Somaize lui fait remplir un rôle dans sa comédie, ainsi qu’à deux de ses acteurs.

On lit dans le lidle des présentations faites aux grands jours de l'éloquence française' : • S’est présenté Gilles le Niais, sieur de Tourniquet, l’un des ordinaires du cheval de bronze, ayant procuration du Filou et du Lan (ur lu (chansons du temps fort à la mode dans le peuple), requérant que les mots de vraiment, c’est mon, voilà bien de quoi, et autres, qui se trouvent dans les chansons du Pont-Neuf, soient approuvés pour bon françois. • D’après ce passage, dont plusieurs termes sont assez obscurs, on voit du moins que Gilles le Niais tenait ses séances près du cheval de ■ bronze, en l’année 1646, qui est donnée pour date à la scène reproduite par l’auteur du livret, et que les chansons populaires formaient un élément essentiel de ses représentations, A moins que ce nom de Gilles le Niais ne fût un sobriquet typique, appliqué à plusieurs personnages.

Parmi les Mazarinades, il y en a plusieurs qui ont paru sous le nom de ce farceur. Ce sont, par exemple,

1. Du moins dans le texte tel qu’il fut imprimé à la suite d’une des premières éditions de la Comédi* des académistes, de Saint-Évremond.

le Dialogue burlesque de Gilles le Niais et du eapitan Spacamon (1649), les Entretiens sérieux de Jodelet et de Gilles le Niais, retourné de Flandres, sur le temps présent (même année), le Véritable Gilles le Niais, en vers burlesques (s. 1. n. d.) ; il y adresse ses plaintes à la Gazette sur l’absence prolongée du roi, qui le prive de son gagne-pain. Comme tous ses confrères, Gilles le Niais avait eu beaucoup à souffrir, pendant laFronde, des troubles de la rue et de l’éloignement de la cour.

Il appartenait à M. Leber, qui a étudié Tabarin avec amour, dans ses Recherches d'un homme grave sur un farceur, d’édifier notre temps sur le mérite de son successeur. Quant à moi, je n’en sais rien autre chose que ce que j’en viens de dire.

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En même temps que Tabarin trônait sur la place Dauphine, Desiderio de Combes ou Descombes (car il porte ces deux noms, et même le premier plus souvent que l’autre, dans les facéties de l’époque) avait ses tréteaux tout près de là, à l’entrée du Pont- Neuf et de la rue Dauphine.

Desiderio Descombes était un empirique d’origine italienne, ou qui du moins cherchait, suivant l’u-

sage, à se faire passer pour tel, tant par son nom que par son jargon mêlé d’expressions transalpines. A en croire la légende, il était élève du docteur Montalto de Florence, et s’était rendu en France à la suite du fameux astrologue et physicien Cosme Ruggieri. Son estrade se distinguait de celles de ses confrères par un grand étalage de serpents en bouteilles, et ses exercices pour capter la confiance publique consistaient à avaler du poison dont il contre-balançait aussitôt les effets par son antidote, et à se faire mordre, comme les jongleurs indiens, par des animaux envenimés, tels qu’aspics et vipères. Le Discours de l'origine des ciarlalans, qui nous révèle ces particularités en son chapitre V, les explique d’une façon plus ou moins suffisante. Dans le premier cas, s’il faut l’en croire, l’opérateur avait soin, soit de substituer adroitement des morceaux de sucre candi à l’arsenic, grâce à la ressemblance extérieure qui existe entre ces deux substances ; soit, deux heures avant l’expérience, démanger une grande quantité de laitue avec beaucoup d'huile, ou, à défaut de laitue, des tripes grasses, jusqu’à ce que son estomac devint enflé et tendu comme un tambourin, et cela afin que les conduits des veines mésaraïques en fussent bouchés, et que le poison ne pût pénétrer au dedans du corps. Le poison pris, il avalait son antidote aussitôt, comme s’il en eût eu grand besoin ; puis, une fois seul, il vomissait

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et revomissait tout ce qu’il avait dans l’estomac, et, pendant un jour entier, ne faisait autre chose que de boire du lait.

Ou nous permettra de trouver ce moyen aussi incommode que peu rassurant, et nous croyons qu’il est plus prudent de ne pas trop s’y fier.

Ces charlatans dressaient leurs valets à simuler tous les symptômes de l’empoisonnement, à rouler les yeux, à tordre le cou, tirer la langue d’un pied de long, se changer la couleur du visage en retenant leur haleine ; ils leur arrêtaient même le pouls et le battement des artères, en leur serrant fortement les bras au moyen d’une boulette de fer cachée audessus du coude et correspondant à un lien placé autour des membres. Le pauvre patient émerveillait les spectateurs lorsque , sur le point d’expirer, il ressuscitait aussitôt après avoir pris sa thériaque.

Le même Discours explique aussi le jeu des serpents par les artifices qu’employaient les charlatans du temps de Galien, et qu’il suppose pareils à ceux que mettaient encore en œuvre les opérateurs du XVII* siècle. Avant de manier les bêtes venimeuses, ils se frottaient les mains d’un onguent composé surtout de suc de serpentaire, de suc de racines d’asphodèles et de cervelle de lièvre. Ils avaient soin, d’ailleurs, pour plus de sûreté, de se mettre en quête de vipères et d’aspics au fort de l’hiver, alors qu’engourdis par

OPERATEURS ET CHARLATANS.

le froid ils sont moins capables de nuire; puis ils leur faisaient décharger leur venin sur une pièce de viande, incessamment exposée à leurs morsures ; ou ils empâtaient leurs dents, les leur cassaient et arrachaient, leur coupaient les vésicules contenant le venin, etc.

Ainsi s’y prenait Desiderio Descombes : • Etjevoudrois, dit l’auteur du Discours, que l’on fit en son endroit ce qu’autrefois j’ai vu à l’endroit d’un autre pour découvrir l’imposture. Un apothicaire fut commandé par l’un des magistrats de porter à un charlatan une pièce de sublimé, parce qu’il se vantoit d’en manger, et à un autre qui se faisoit mordre par des serpents, lui fit porter une vipère; mais cet imposteur se garda bien de toucher ni au sublimé ni à la vipère, témoignage évident que ce sublimé qu’ils mangent est sophistiqué, et que leurs j

vipères sont sans venin. » '

Un peu plus loin, nous apprenons que plusieui-s 1

empiriques osaient se dire issus de la lignée de saint |

Paul, et qu’ils vendaient de la terre de Malte contre ,

les morsures des animaux venimeux, — en souvenir I

de la vipère qui avait piqué l’apôtre dans cette lie, et qu’il avait secouée au feu sans en éprouver aucun mal L’auteur se garde bien de nier que la terre de Malte • n’ait quelque souveraine vertu '

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