Castü-Blaze, Molière tntt»»c»en, t. !•', p. 1Î
pocondre^, nous apprennent qu’il avait fait mettre sur son portrait, exposé à la fenêtre de sa boutique, l’inscription suivante empruntée àVirgile : • Uno amlso, non déficit aller. (L’un étant arraché, l’autre ne manque pas.)» Ce fragment d’hexamètre, appliqué par le poète latin au rameau d’or, avait été ingénieusement détourné par Carmeline à son art, dont il exprimait les deux faces, — l’art d’extirper les molaires, et l'art de les remplacer. Cela n’était pas mal lettré pour un arracheur de dents. La foule ne bougeait d'autour de lui, séduite par son éloquence gasconne et sa dextérité.
Une mazarinade de 1649: V Agréable récit des barricades, nous montre Carmeline prenant part à l’émeute contre le Mazarin, et gardant, avec une troupe fidèle, le poste du cheval de bronze. Cette pièce nous donne quelques détails sur son costume; elle le décrit
Vêtu d’un collet de senteur,
Chausses de damas à ramage ,
La grosse fraise à double étage,
Bas d'attache, le brodequin De vache noire ou maroquin.
Le sabre pendant sur la hanche.
Et sur le tout l'écharpe blanche.
Tenant en main bec de corbin.
Monté sur un cheval aubin.
1 , Mais uno avulto non déficit aller,
Comme dit doctement votre ami Carmeline.
{Elomire hypoc., acte I, sc. iii.)
Il est probable qu’il avait aussi, comme la plupart de ses confrères, le chapelet de dents enfilées autour du cou, — signe caractéristique de la profession. L’auteur de celte pièce nous le montre dirigeant la construction d’un retranchement bizarre, où entre tout l’arsenal de sa boutique. De l’un à l'autre pilier, on étend d’abord un râtelier de dents; puis, par-dessus, on entasse des mâchoires, des hrayers, des suppositoires, des pélicans (tenailles pour arracher les dents), des bistouris, des boîtes de poudre d’iris, et, pour couronner le tout, deux crocodiles empaillés, qui paraissaient vivants.
On voit, par quelques points de celte énumération, que Carmeline ne se bornait pas à arracher les dents. Mais s’il empiétait sur les fonctions des autres opérateurs, la plupart de ceux-ci empiétaient également sur les siennes, comme nous l’avons dit.
N’oublions pas d’ajouter que l’illustre Carmeline eut pour successeur son neveu Garante ou Quarante, dont le nom, beaucoup moins glorieux, est parvenu jusqu’à nous, porté sur l’aile du sien ‘.
Il faut ensuite franchir le siècle avant de lui trouver un rival de gloire et de renommée. Avec le gros Thomas, ou plutôt, comme l’appelle Barbier dans son Journal et comme il est généralement désigné alors, le grand Thomas, Tétoile des arracheurs de dents du