Abrah. du Pradel, Livre commode dee adresses
Pont-Neuf, quelque temps éclipsée, revit d’un plus brillant éclat.
Ce personnage semble avoir débuté vers 1711. Dés 1728, sa gloire était en plein épanouissement, et déjà le récit de ses hauts faits courait les nouvelles à la main. Il avait établi le centre de ses opérations tout près du cheval de bronze, et là, monté sur son échafaud mobile en acier, qu’entourait une rangée de garde-fous ‘, il y débitait, au prix modique de cinq sous, la médecine universelle, et tirait au besoin l’horoscope des personnes qui voulaient bien l’honorer de leur confiance. Il entreprenait la guérison des maladies de foie et de reins, à ce que dit, ou plutôt à ce que chante la burlesque apothéose faite en son honneur quand il mourut, et cette pièce, qui n’est peutêtre qu’une calomnie, raconte même en termes narquois, qu’il ordonnait tout bonnement la même dose
1. V. l’estampe reproduite dans le tome IX du Magasin pittoresque. Le grand Thomas a été souvent gravé de pied en cap, et la sculpture même s’en est occupée. Nous avons tu chez M. Loisel sa statuette, moitié ivoire, moitié bois, portant la date de 1734, et le représentant assis dans un large fauteuil, à côté de son singe, qui, armé d’une longue pince, arrache une dent à un chien ; et, chez M. le baron Pichon, une gravure sans date, qui le montre opérant sur un enfant, avec cette légende en vers congruents au sujet ;
Grand Thomas, arec son panache.
Est la perle des charlatans i Il TOUS guérit le mal de dents Quand il vous les arrache.
pour les hommes et pour les cheA-aux. Il soignait aussi la üèvre et la goutte. Mais la mâchoire humaine était surtout son fait : nulle dent ne résistait à ce terrible artiste, qui abusait de son énorme force musculaire pour réduire les rebelles à l’obéissance. Si >*elle y mettait de la bonne volonté, le grand Thomas lexlirpait sans douleur, avec souplesse et dextérité; mais pour peu qu’elle s’entêtât, il s’entêtait à son tour, faisait agenouiller le patient, et pesant de toutes ses forces sur la mâchoire inférieure, le soulevait de terre (dit-on) avec la vigueur d’un taureau, jusqu’à ce qu’il eût remporté la victoire.
C’était un philanthrope et un cœur d’or que le gros Thomas. De temps à autre, il se rendait à l’Hôtel-Dieu, pour y exercer gratis son bienfaisant ministère. On lit dans les Nouvelles à la main', à la date du 30 novembre 1728 : « Le grand Thomas voulant témoigner sa joie sur le rétablissement de la santé de Sa Majesté, a arraché gratis, pendant trois jours, les dents au public, sur le Pont-Neuf, et il a été dans les prisons et les hôpitaux les arracher gratis. » Eu 1729, lors de la naissance du Dauphin, il lit mieux encore, car, le jour même où l’heureux événement fut connu, il annonça qu’il exercerait pour rien et distribuerait gratuitement ses marchandises durant quinze jours entiers, et il tint parole *. Le bruit courut que
1, Publiées par le Bulletin du BtbItopAtle, juillet 1846.