DES RACES HUMAINES
Toute science a ses principes. Mais tel qui pose les principes avant d'étudier les faits s écarte des voies de la science. Dans Tétude des races humaines, comme dans la recherche de toute notion positive, on doit considérer d'abord les faits les plus généraux , les plus incontestés, et, quant aux principes à poser , ce sont les faits seuls qui doivent en quelque sorte- en fournir la formule.
Or, en considérant les vérités d'ensemble , celles qui, dans la disposition générale des populations du globe y sont les premières, ou pour mieux dire« les seules en saillie , nous^ommes forcés d'accepter pour point de départ la grande diversité des types et l'inégalité corrélative de civilisation des races.
Cette disparité si frappante, qu'on remarque à la Ibis dans les types et dans la civilisation, s'explique ,
(1) Ce ditecmrs a été frononcé a la Société Ethnolof^iqae de Paris, dans la séance da aS jnin i847>
nous dit-on, parrinégalité des avantages dériyant, pour les diyerses races, des oircoqstaDces où elles ont été placées. — Je n'oppose à cette explication que ce fait : que la patrie des plus sauvages Hottentots , si bas placés sur Téchelle de Thumanité, est une des contrées les plus délicieuses de l'univers : « Le climat , dit Ritter (1 ), y est en tout semblable à celui de l'Italie méridiouale; Barrow rapporte (2) que les Européens, éprouvés par le climat de l'Inde, y sont transportés comme en un lieu de convalescence, où ils viennent promptement recouvrer la santé. » — On pourrait en dire autant de certaines régions de l'Océanie , où vivent les tribus errantes des Mélaniens les plus abrutis.
Quoi qu'il en soit , en prenant pour point de dé* part les faits , mais les faits principaux , les plus certains» voici la vérité première qui ressort du tableau général des populations du globe :
Plus le type d'une race est beau, plus la civili sation de cette race est avancée ; plus le type est laid» jdus la civilisation est imparfaite. Quant à l'idée que j'ai de la beauté ou de la laideur relatives, c'est celle que cbacun en conçoit aisément , en prenant , d'une part,' pour points de comparaison, la figure d'Apollon ou celle de Minerve, et d'autre part^ la figure la plus voisine de celle de la brute.
Je commence par remarquer sur tous les points du globe la démonstration de cette grande vérité.
(i) jé/rique , trad. fr. , t« I , p. i34 et tniv. (j) Travels, II , p. 163.
1^ La cinlîsation la plus bntlante appartient au plus beau type européen.
2^ Les divers types des races actuelles de FAsie ont quelque chose de moins délicat; ils se distinguent, en général, par des saillies plus grossières. Pareillement, la civilisation asiatique le cède dans la même proportion à la civilisation européenne.
Si Ton opposait l'ancienne civilisation de l'Asie à la prétendue barbarie de l'ancienne Europe ,- je répondrais que les ancêtres des peuples civilisateurs de l'Europe étaient précisément, à ces époques reculées, confinés dans les régions de l'Asie, où ils formaient les colonies ariennes auxquelles la civilisation orientale doit son premier essor. La civilisa'^ tion s'est déplacée avec les races que la tradition fait originaires des régions du Caucase , elle s'est déplacée en suivant le cours de leurs émigrations d'Orient en Occident, comme, dans les temps modernes, elle s'est déplacée par la prise de possession de l'Amérique et des diverses régions du monde jusqu'alors peuplées par d'autres races et jusqu'alors étrangères à nos plus importants progrès.
3^ Le type américain, fort variable assurément suivant telle ot| telle tribu , est k certains égards digne d'être compté parmi les beaux types 4^ genre humain. En Amériquft aussi, il y a eu une civilisation, des monuments, des sociétés policées, une écriture , desarls , des notions religieuses, astronomiques , scientifiques de tout ordre. Parmi les tribi^^
aclaellcs éclate encore une sapériorité manifeste de développement moral snr les populations de type nègre. Il suffit peut-être de rappeler ici que plusieurs tribus indiennes ont des nègres pour esdaves.
h^ Les Malais sont bien conformés; leur type physique est intermédiaire entre celui des Chinois et celui des Polynésiens. Les Malais sont le peuple dominant de Tarchipel Indien, je dirai même de rOcéanie tout entière. Chez eux , il y a toutes les ressources et tous le» privilèges d'une civilisation avancée : commerce, navigation, agriculture, industrie , arts , sciences, etc.
Les Polynésien» sont signalés de même par des progrès de plus d'un genre dans Tart des constructions, par la perfection de certains produits d'industrie et surtout par un fait qui seul suffit pour attester une grande puissance virtuelle , je veux dire leurs déplacements, leur dissémination sur toutes les tles des mers équinoxiales.
Mais dans ce» mêmes parties du monde, audessous de ces divers degrés de civilisation qui correspondent , comme nous le voyons, à des degrés parallèles de perfection des types , vient la masse confuse des populations noires de la Nouvelle- Guinée, de l'Australie, de la Tasmanie , etc., qui sont à tous égards placées à un niveau bien inférieur* Ici les caractères physiques les plus disgracieux , la conformation la plus malheureuse, coïncident avec la condition sociale et les mœurs les plus dégradées.
UASSENAODI , Chef arabe.
5® £n Afrique, mêmes observations. C'est au beau type arabe ( PL I. )> type qui , depuis Tépoque des premiers souvenirs traditionnels , n'a point varié, qu'appartient la prédominance dans la politique , les progrès de tout ordre en matière d'art, de science, de commerce, et par-dessus tout, l'indomptable liberté. Aux races nègres, que distinguent les traits les plus grossiers, l'esclavage, l'impuissance relative, enfin la barbarie.
Voilà , je crois , des faits incontestables. Je n'ai pas choisi mes citations , j'ai mis sous vos yeux le tableau du monde entier* Mais dans chacune de ces séries, c'est-à-dire tant en Europe qu'en Afrique , en Amérique, etc., l'analogue s'observe encore au sein des races diverses qui peuplent chaque continent.
Ainsi, en Europe, les races brunes , aux formes anguleuses , à la petite taille , au crAne moins développé, sont refoulées dans les rangs inférieurs, tandis que la domination, la faculté expansive, par excellence, ont généralement appartenu aux races blondes, aux yeux bleus, à la taille élancée et au cerveau proéminent (1).
(i) Ce ii*e8t point ici le lieu de procéder à la démonstration de cette thèse. EUe est de sa nature assez compliquée et assez importante pour faire Fobjet d*oayrages spéciaux. Mais en distiu* gnant ainsi les races bnines des races blondes , il me suffit de dire que je n'entends pas faire de la couleur des cheveux un caractère spécifique. Au sein des populations d'Europe, je reconnais deux types , qui non-seulement concordent en généra] avec la cottleul: brune ou blonde des cheveux, mais qui se caracté-
En Asie , ii j a , comme on le sait , des populations noires que les anciens ne distinguaient das Ethiopiens nègres qu'en ce que leurs cheYoux ne sont point crépus. Ces populations, celles notamment qu'on peut considérer comikie indigènes des bords inférieurs de Tlndus, sont précisément celles qu'asservirent les colonies ariennes ; ce sont, entre autres, les Parias de llnde, dont lenom seul indique la triste condition par rapport aux blancsBrahmanes. Il y a encore en Asie des types très*noniI>reux de races indigènes dont l'état social est fort peu avancé. Considérez leurs caractères physiques ! Ce sont les Samoyèdes , par exemple , les Jakoutes , les Kamtchadales : leurs traits sont Inen loin de répondre à la notion du beau ! Puis vient le peuple chinois , vieil enÊint, fort avancé sans doute, mais apprenant sans cesse sans être jamais plus savant (PI. II.). Viennent ensuite les diverses classes de tribus tartares , les Mongols , les Mandchous et les Turcs. Ces derniers sont les plus beaux i ce sont les Hioung^-non, ce acKit les hordes qui formaient les troupes conquérantes de Gengis et de Timour ; leurs tribus sont celles qui
risent snrtoat par des attributs essentiels d'organisation. Ces deaz types en Europe semblent être , d'une part , celui des races gaéliques, ibères , slayo-illyriennes, et d'autre part, celui des races kymriques, germaniques , Scandinaves, je dirai même helléniques , en distinguant les Hellènes proprement dits des autoèhthones de la Grèce. Le premier type est généralement celui des anciennes races esclaves; le second, celui des races conquérantes , celui des races nobles , ainsi qu'on le voit non-seulement par les conquêtes du moyen-âge, mais encore par celles destemps antérieurs. Nous réservons la preuve de ces iaits»
CHINOIS, Dans Prichard'i Beiearchea, tomt IV,
PATAGON, D'aprisl' Allas pitloresque du fo^a^e au Pôle atid, i' livraison, plaoclie 11.
a»t étendu leur puissance en Europe. et qui ccmtinuent à prédominer au centre de l'Asie.
Je ne signalerai qu'en passant les différences analogues qui existent en Amérique. Je dirai même qu'en général l'inégalité de civilisation est moins saillante parmi les peuplades indiennes que dans les autres parties du monde : pareillement, dans les types physiques , il y a plus d'uniformité que sur les autres continents.
Cependant les types physiques ne laissent pas que d'offrir quelques variétés en Amérique comme ailleurs: aussi distinguons-nous, dans de semblables proportions, l'état d'inculture morale des tribus basanées des Pampas , des Patagons , par exemple (PI. III.), la triste condition des Esquimaux, l'abrutissement des noirs Californiens (qui sont, pour ainsi dire, complètement éteints désormais), par opposition aux mœurs et à l'état social plus élevé des Mexicains, des Péruviens , des Guaranis.
Dans rOcéanie, partout je vois deux types, deux états de société , deux degrés de civilisation ; « Dans l'archipel Indien , dit Crawfurd , il y a deux » races bien distinctes , une race aborigène au teint » clair ou brun, et une race aborigène nègre. Ces » deux races peuvent être considérées comme pré- )) sentant ici le plus parfait parallèle qu'on puisse » concevoir, dans leurs caractères physiques et mo- » raux, avec la race blanche et la race noire de notre n monde occidental. La première a constamment fait
» preuve, par rapport k la seconde, d'une supério- • rite relatiTe aussi éminente que celle des blancs » sur les nègres. Toute la civilisation indigène de 9 l'archipel a été créée par la première , tandis que » la race noirey est constamment restée dans l'état le » plus sauvage (i). »
D'après Dumont-d'Urville, il y a dans TOcéanie trois grandes races : la blanche ^ \a jaune et la rouge. Mais nousXerons remarquer, dit-il, que la nature ne les dota point d'une égale manière sous le rapport moral ; on dirait qu'elle ait voulu, dans chacune décès races, fixer aux facultés intellectuelles des limites fort différentes... De ces différences il dut nécessairement résulter que , partout où les deux dernières races se trouvèrent en concurrence, la noire dût obéir à l'autre et disparaître; mais quand la blanche entra en licé avec les deux autres, elle dut dominer, même quand elle se trouva bien inférieure en nombre. L'histoire de tous les peuples et les récits de tous les voyageurs offrent à chaque instant l'accomplissement de cette loi de la nature ; en effet, on n'a jamais vu une natiou de la race jaune (PI. IV.) soumise aux lois d'une, peuplade de noirs, ni les blancs courbés soùs le joug des hommes des deux autres races. •
En Afrique enfin, en est-il autrement? A
priori y cela ne doit pas être, et en effet autant
(l) Crawfard, Bist, oftht Ind, Archip.^ 1. 1, p. l8. — Voyes anssi BongainvlUe, Voyagé autour du Monde ^ a« part., ch. 3, t. II, p. 5i. *— Cook, 1*' Voyage, Itv. I, ch. 17, t. II, p. 53;.