‹ Tableau ethnographique du genre humainChapitre 4 sur 13 · SÉSOSTRIS FRAPPANT UN NÈGRE · texte numérisé non relu

SÉSOSTRIS FRAPPANT UN NÈGRE

Grand atlas de Champollion, tome I, planche 8.

poursuivis ou frappés (i). Ce sont des fails contre lesquels le raisonnement ne peut rien r( PL XXXI.)

Voyez ceux que nous révèlent les antiquités de Ninive (PI. XXVI) : ce sont exactement les mêmes, vous observez là encore des noirs foulés sous tes pieds des chevaux» terrassés par des conquérants qui les menacent du poignard (2) ! Hélas !' messieurs, ces vérités sont tristes à dire, mais nul de nous n'a la pensée de justifier Fabus que Tbomme a toujours fait de la force. Il ne peut être qu'utile de le constater pour le flétrir; il ne peut être que dangereux de le nier. Le premier attribut du savant et de l'homme de bien, c'est d'être vrai.

J'interroge pareillement les monuments de l'Inde : mêmes faits, mêmes démonstrations. Les différentes castes sont des races plus ou moins noires, dont le type est plus ou moins éloigné du type européen. Consultez les dessins recueillis dans Tutlas de Solvyns et dans l'ouvrage intitulé VInde française , texte de M. Eug. Burnouf : Le Brahmane a partout les plus beaux traits européens; autour de lui vous voyez des gens de diverses couleurs et de divers types physiques , vous voyez accroupis à l'écart de noirs Parias, sorte de gitanos que la société repousse (PI. XXI V ).

(i) Champollion, Monuments de VEgypie et de la Nubie , i84oi pi. 8. — Id. , t. I, pi. 71 et 71 — Rosellini , Mon» Reali , tav. 64* — Id,. tav. 71. — Id.t tav. 86. — Belzoai , t. I , p. a67, atlasv pi. VI , VU. — «SIrc Wilkinson , Gh. Lenormant , etc.

(a) Mon, de Ninive, Flandin , pi. 88 et autres.

J'ai cité les monumenU d'Egypte , ceux de ffu nire, ceux de Flnde. Voyez ceux d'Amérique: là aussi, dans certains tableaux reproduisant des dessins indigènes, vous remarquez des peuples dénués pour ainsi dire de cerveau , sortes de races acéphales que des vainqueurs mieux confonnés poursuivent ou enchatnent. Dans les admirablea dessins de la collection de lord Kîngsborough, vous observez des figures de formes et de couleurs diverses, les unes d'un jaune clair , d'autres d'un rouge bronzé , d'autres noirâtres ou presque noires. Ces dernières ont d'ail» leurs tous les caractères des types imparfaits , la mâchoire avancée, l'aspect sauvage, etc. Ils sont représentés, suivant la légende, comme des peuples vaincus apportant des tributs aux Mexicains; c'est ainsi même que le fait est ezposé dans Y EspUcacion de la coleccion de Mendoza.

Partout où l'antiquité nous a transmis le souvenir bien net de ces différences de types, nous constatons les mêmes rapports. Les dessins étrusques semblent prouver encore les mêmes faits par les plus lumineux rapprochements. Consultez les planches de la collection de Micali , vous en aurez des indices non moins frappants (PI. XKVIIL).

Mais il est temps que je porte en Afrique le flambeau de cette analogie.

Le type le plus laid, le plus dégradé parmi les races africaines, parait être celui des Bosjesmans ; je n'ai pas besoin de rappeler ici dans quels termes en parle Cuvier , dans ses travaux sur la Fénu»

BOSCBISMANS (ArRIQtlE AUSTRALE).

D'aprts lei rrtret Verre*ui.

hottefUùte 9 qui l'ont conduit à étudier à fond cette question (1). Tous tes voyageurs s'accordent à peindre cette raee comme présentant à la fois les traits les plus repoussants et le dernier degré d^abrutissement (PI. XX.)*

Vous avec entendu , Messieurs , un ardent et généreux avocat des races nègres , M. Schcslcher, vous dire , avant tout examen des faits : « Je crois à Té* gali té absolue de toutes les races humaines. ...» Pénétré de ce dogme , il s'est moins efforcé de le sou* mettre à l'analyse , que d'en faire découler les notions de détail. Aussi , observant particulièrement l'Afrique et le rôle des races nègrçs sur leur terre natale , il a tracé un tableau de leur prétendue civilisation , duquel semblerait résulter la preuve qu'en effet il y a parité entre toutes les races humaines.

Assurément ce n'est point parmi les Bosjesmaos que M. Schoelcher trouverait la civilisation même la plus rudimentaire ; à peine y trouverait-il les plus simples articulations d'une langue > et cela a côté de ces mêmes Cafires dont il a vanté, sous certains rap^ ports, l'industrie et les plusâemarquablesaptitudes. Msns les Gafres n'appartiennent déjà plus, par leur type, à la famille des nègres. Il est certain qu'en supposant même que Ton dût se borner à faire des Gafres une catégorie de nègres supérieurs, comme les Aschanti et les.Mandingues, il est certain , dis- je, que les Gafres sont d'un type infiniment plus voisin

(i) Mémoires du Muséum d'Histoire naturelle, t. UI.

du type européen que le« Bosjesmans abrutis ou la plupart dos tribus raosainbiques(PI. V.) , la plupart des tribus makouas de la côte orientale , ou les nègres du Soudan.

Or, de même que dans la Polynésie, il y a partout deux classes de populations , Tune barbare , refoulée, asservie , Tautre plus avancée et plus puissante ; de même , en Afrique , il y a parmi les races indigènes deux types principaux bien tranchés. On peut citer sur la côte orientale les.Gallas, les Danakil , les Âbabdéb , les Somaulis^ les Jinblens» les Abys* sins, etc. On peut citer, sur la côte occidentale, les Ashanti, les Mandingues , les habitants du bassin supérieur du Niger, ceux de Tjmbouctou, de Haoussa, de Kachena, etc., plus ou moins mêlés d'ailleurs de Foulahset de Maures.

Tous ceux-ci ne sont pas ces mêmes nègres aux mâchoires saillantes, aux cheveux courts et crépus, à la barbe rare, au front fuyant, aux membres démesurément allonijés, au mollet plat, au dos cambré, au talon en saillie, qui forment la vraie population incivilisée de l'Afrique. Taudis que ces derniers , peuples sans nom , sans existence politique, sans cohésion et presque sans patrie, sont, de temps immémorial, exposés aux chasses meurtrières des premiers; tandis qu'ils sont, sur le sol africain, soumis à ce joug si cruel, exploités ou vendus comme esclaves, les populations précédentes, dont le teint plus ou moins noir s'allie à des traits semi-européens, ont en effet ces rudiments de civilisation dont

NËGRE MOZAMBIQUE.

i:djow-galla ,

D'aprèi Sait, (^oyo^i en Abysà

tous les voyageors s'accordent à leur attribuer le privilège.

Le docteur Prichard publie dans son dernier ouvrage la figure d'un naturel de Haoussa(l), qu'il est curieux d'examiner, pour se convaincre de l'eiaclitude de ces observations. « Si la peau était blanche au lieu d'être noire , dit ce savant ethnologue, il n'y aurait rien dans ce visage qui pût le faire reconnaître comme n'étant pas celui d'un Européen. »

VoycE aussi , parmi les figures qu'il reproduit comme types des races africaines , le portrait d'un Gafre araakosah , d'après Daniel (2) (PI. VIII. ), le portrait d'un Gaila ; d'après Sait (3) ( PI. VI. ). Dans les dessins des voyageurs, etspécialementdansla publication récente de M. Rafi^el, voyez les portraits desMandingu^s, desFoulahs, etc. (fc). Chez tous ces Africains de typeplus parfait, vous admirez d'autres conditions sociales. Telle est , en effet , l'application de la loi de nature que nous avons formulée.

Or , tous les faits qui ont été cités comme preuves de la civilisation de cette cLasse de populations africaines, loin de prouver en faveur du degré d'avancement intellectuel et spontané des nègres, militent en quelque sorte contre eux ; car si quelques traces de civilisation ne sont signalées en Afrique que là où le type des races n'appartient point à la fa-

(i) Histoire naturelle de l'homme ^ trad. fr. , p. 4oo.

(2) Prichard, Res. into thephys. hitt, ofmankind^ t. II.

(3) Sait. , f^qy. en Abyssinie, trad. fr. , in princ.

(4) ^*^^8^ dans V Afrique occidentale , atlas.

mille des nègres, c'est un des argumenU les plu9 forts que Ton puisse produire contre l'aptitude vitr tuelie de ces derniers.

Ajoutons une autre observation qui n'a point échappé aux voyageurs , c'est que cette civilisation indigène non-seulement ne peut, au pis-aller» être attribuée qu'à cette classe de populations qui n'appartiennent point au véritable type nègre, mais que c'est au mélange ou du moins au contact des Foulahs, des Arabes et des Européens qu'elle est due.

M. Scbœlcher a cité Bowdich , Mungo-Park, Caillé, Bruce , Denbam et Clapperton, MoUien, les frères Lander, Meredith, Balbi, etc. Par ce concours de témoignages, son but était de prouver qu'il y a une civilisation dans la région du Sénégal et du Niger, dans celle du Senn^ar et chez les Cafres- Dans le cours de vos savantes discussions, ce fait avait été déjà mis en lumière, je dirai même qu'on était allé plus loin, en prouvant que cette civilisation embrassait non-seulement ces régions, mais celles occupées par une foule d'autres racejs que j'ai précér demment citées. Gela en effet est incontestable : il y a là des villes, du commerce, de l'industrie et de l'agriculture. Celles de ces races qui se livrent à la vie pastorale sont surtout très-dé veloppées. Seulement M. Schcelcher a conclu de là que les nègres pouvaient, sous le rapport de leurs facultés natives, être mis en parallèle avec les Européens : là estl'eireur, car les races dont il s'agit n^ont point le type nègre tel que je l'ai décrit et tel que chacun de nous l'a eu

maintes fois sous les yeux. Il y a mieux, les poinis sur lesquels il a signalé la civilisation la plus avancée, sont peuplés non -seulement de Foulahs , mais de Touariks et de Maures, comme Timbouctott, Jenné, Kakounda, Haoussa^ le Bornou, etc., où Tinfluence arabe prédomine depuis longtemps. Déjà ce fait avait été clairement indiqué , daus le but de prouverque c«tte civilisation d'Afrique était Tœuvre d^une initiative complètement étrangère à la race nègre.

Tous les auteurs que M. Schœlcher a cités, peuvent parfaitement , sous ce rapport y lui être opposés à lui-même.

Tout ce qu'il a dit des populations qui occupent les pays situés «ntre le Sénégal et la Gambie s'applique à la nation des Foulahs ou Fellatahs. Mais les Foulahs ne sont point nègres : « Leur peau est d'un brun olivâtre , ils ont la physionomie agréable , leur nez n'est point aplati , leurs cheveux loin d'être crépus et laineux, sont doux et soyeux — silkjr soft hoir y ce sont les expressions de Rennell dans Mungo- Park (1) ; — ils scmt de belle stature , dévoues à l'islamisme, ils ont des écoles, des livres, et regar* dent , ajoute le même auteur , les nègres comme bien nu-dessous deux, »

En admettant qu'il y ait quelque exagération dans cette peinture qui sépare si complètement les Foulahs des populations nègres , il n'en reste pas

(i) M«nfO-Park Trav. , append.

moins le fiiit d'une distinction importante à établir entre eux. Suivant Mollien , leur peau est cuivrée et non pas ïkoire; leur physionomie n'est pas celle des nègres , elle se rapproche davantage de celle des Européens; leurs cheveux sont longs et bouclés et non pas courts ^ laineux. Sur ce point il serait su* perflu den dire davantage, après les travaux si complets que M. Gustave d'Eichthal a publiés sur les Foulahs dans les mémoires de la Société Ethnologique (1).

Il en est de même des Mandingues dont parle Mungo-Park (â). Non*seulement ceux-ci se distinguent des nègres, comme peuple dominateur, riche et civilisé , mais ils s'en distinguent aussi et dans la même proportion par leur type physique ; ce sont les Hindous d^Âfrique. Tous le» écrivains sont d accord sur ce point que la conformation des Mandingues s éloigne sensiblement des traits grossiers du nègre. « Leur teint est olivâtre, leur visage régulier^ dW ovale agréable, la barbe est chez eux , dit Winterbottom , le signe de la liberté (8). » Telles sont aussi les descriptions de Mollien , de Caillé et de» voyageurs plus récents.

Caillé , parlant des habitants de Timbouctou ^ dit qu'ils sont zélés maboniétans , que leur costume est le même que celui des Maures ; qu'ils sont d'ail-

(i)T. 1, !'• année.

(a)'Man{ço>Park , Trav. append. , p. en et pnisim. — Voir les Voyages de Darand. ,

(3> Wiiiterbottom , Account, I , lo^

!eur$ jbi^Qi faits, Urès-droiU, d'une démArcbo asepU^ rée , qu'ils ont le nez un peu plus aquilin que les Mandingues et, comme eux, les lèvres minces et de beaux yeux. .. . Jenné contient, suivant Caillé , beau*' cQupd'étranger^ : Mandingues. Foulahs, Bambarras et Maures ; on y parle des langues propres à ces quatre tribus, et de plus un dialecte particulier appelé Kissour* C'est un chef Fellatab qui gou^ verne, et la population principale du pays est formée de Foulabs. « Ce ne sont plus , ajoute-t*il , ces nè<gres bruts et sauvages que Ton rencontre au sud, ce sont des hommes intelligenta qui font travailler leurs esclaves... ils sont tous mahométans. Les Fellatabs sont les plus fanatiques , ils font usage de l'écriture des Arabes qu'ils sareiit tous lire, etc. i»

Ainsi la civilisation de ces pays est une civilisation arabe ; au pis-aller, c'est une civilisation fellane, mais ce n'est point une civilisation nègre : la preuve la plus évidente qu'on puisse en donner, c'est que là comme ailleurs les nègres proprement dits sont esclaves de ces Africains de race différente (1).

Il en est encore exactement de même, au rapport de Denham et Clapperton , du pays de Haoussa , de Sakatou , résidence du chef des Fellatabs , du Bornou , où les Arabes ont a pporté leur commerce ,

il) » Gomme les habitants de Timhonetou , les Ponles ou Foii<- • lahs , dit MoUien , ont le privilège de n être pas rédaits en es- » clavage • Ce privilège nest autre qae celui que donne nne énergie plus grande , «n amour plus ardent et plus infligent «le liberté; mais ici tout cela est nn privilège de r^ce.

leur langue, leurs mceurs et leurs institutions.

Voilà comment, eu empruntant le témoignage même des auteurs cités pour prouver la civilisation des nègres, nous prouvons que cette civilisation est le propre de races qu'on ne peut rigoureusement qualifier de nègres. Nous avons fait cette preuve pour tous les peuples qui dominent depuis l'embouchure du Sénégal jusqu'aux sources du Niger, pour les Mandkigues , les Bambarras , les Foulahs , pour les habitants plus ou moins mêlés d'Arabes , de Timbouctou, de Haoussa, jusqu'au Bornou.

Restent les Ashanti dont on a vanté la civilisation d'après le rapport de Bowdich. Les Ashanti ne sont pas plus nègres que les précédents. Ils sont cités par les auteurs danois eommeun peuple au poil roux ( t ).

Leur physionomie , ainsi que leurs usages et leurs lois , rappelèrent à Bowdich les anciens E«:yp* tiens. Les traditions relatives aux migrations de leurs tribus permettraient , s'il faut en croire ce voyageur, de les considérer comme des Abyssins- Éthiopiens mêlés à des colons égyptiens venus de Meroë, de Gpjam , etc. Selon Bowdich, on retrouve chez les Ashanti la même singularité dans l'ordre de succession que chez les anciens Éthiopiens (2). Ce seraient les Ethiopiens civilisés de Diodore , tandis que les nègres Tem-yem qui occupent les mêmes régions seraient les Ethiopiens sauvages de cet an*

(1) Rœmer. Nachrichtem , p. 187.

(a) On ^e origin of the Ashantee^ dans leJoarn. of Sciences hU. art. , N. XIX, 1820-. p. 93-75.

SOLDATS ABYSSINS, D'après HM. Ferret et OaDnier.

'■ ti<^y

cien auteur. Or, il est constant que les Éthiopiens civilisés de Diodore ne sont nullement des nègres. Quant aux Abyssins d*aujourdliui , ils sont eux-mêmes un peuple mêlé d^éléments asiatiques, arabes etc., ainsi que leur langage en fait foi, non moins que leur type physique (1). Dût -on d'ailleurs considérer les Abyssins comme de race exclusivement africaine , au lieu de voir en eUx des émigrants asiatiques, il n'en serait pas moins certain que leur type est plus voisin du type européen que de celui des nègres (PI. VIT. ). Ainsi, d'après Bowdich lui-même (et je suis loin d'ailleurs de me prouoncer sur le mérite de ses hypothèses), la civilisation des Ashanti est en quelque sorte proportionnelle à la différence qui existe entre leur type physique et celui de la race nègre proprement dite. Quant aux populations du Sennaar que Ton a pareillement citées, en invoquant le témoignage de Bruce, elles sont complètement mêlées d'Arabes, au rapport de Bruce lui-même. Les habitants du Scbendy sont en grande partie des tribus d'Arabes libres. Leur souverain porte le titre de mek. Le sultan de Sennaar nomme et destitue les meks de Schendy et de Berber. « La langue arabe , quoique divisée en un grand nombre de dialectes , est généralement parlée par tous les riverains du Nil, depuis Dongola jusqu'à Sennaar, au sud et à Tonest jusqu'au Bomou (2). »

(i) Vby. 811 r ce tojet les hypothèses de Sait et les dissertations de lord Yalentia.

(a)Ritter, t. II, p. ai 3.

Je «'ai Hit encore qu'un mot des Gafres.

fiichard Lander qui, avant de visiter le pays des Fellatahs , avait été au cap de Bonne-Espérance, où il avait eu l'occasion de voir des Gafres , fut tellement frappé de la ressemblance de ceux-ci avec les Fellatiihsy qu'il ne doutîi pas qu'ils n'appartinssent» les unsetles autres, aune même race (1) (PI. YIII).

Liclitenstein et Barrow s'accordent à représenter les Amakosah, qui sont la principale tribu des Gafres , celle à laquelle les étrangers appliquent plus spécialement ce nom, comme infiniment élevés audessus de l'état sauvage. D'après les observations de Campbell , Cooley rapporte que les Betjuanes de Tii^térieur, à 300 milles de la rivière Orange, sont encore supérieurs au:K Amakosahs dans les arts etla civilisation, qu'ils habitent de grandes villes , des maisons bien bâties, etc. « Mais aussi, ajoute- t-il, dans leur physionomie ils ont quelque chose qui les élève au^-dessus des Amakosah : leur teint est d'un brun plus clair, leurs traits, qui soat pour ainsi dire plus européens, sont souvent fort beaux (2). »

L^es Mahalasely, aiwi que leurs voiains les Matibeflai ne sont que bruns de teint et ont de longues chevelures : ils portent des vêtements , moMevt des éléphants , habitent des maisons élevées et sont des dieui {and are gods). « Cette dernière e^cprefision, dit CampbeU(3) , est ordinairement appliquée ^nx

(i) Voyez Prichard, Hisi. nat. de l'hommis , t. I, p. 4io. ('a) Mémoire du IK Cooley, dans le 3* vol> da Geographical Journal f^^ . 3io et suiv.

(3) Tomel, p. 173.

Européens , au niveau desquels sont par conséquent placés les Mahalasely. . . (1) »

Eli m'eSbrçant de contrôler à la bftte les divers textes des auteurs cités , par d'autres textes des mêmes auteurs, j'ai démontré que toute trace de civilisation en Afrique atteste ou une influence étrangère ou l'initiative d'une race fort distincte des nè:^res.

Enfin Ton a cité Balbi. Or Balbi , traitant spécialement la question de cette civilisation africaine, s'exprime ainsi :

* Chez les Ashanti , les plus puissants et les plus » policés de tous les peuples de la Guinée , on a re- M marqué des traditions , plusieurs usages et quel^ » ques lois, que le voyageur Bowdich croit pouvoir » attribuer à d'anciennes liaisons avec les Cartha- » ginois et les Égyptiens... Mais cette observation » pourrait être appliquée à plusieurs autres peuples » nègres de l'Afrique intérieure.

» Les habitants de Tombouctou , de Bomou , de » Kacbenah , de Haoussa et d'autres contrées de » l'Afrique intérieure paraissent devoir aux Arabes, » sinon tout, du moins en grande partie , l'état im- » parfait de civilisation dans lequel on nous les re- » présente... On peut dire sans exaspération que, » jusqu'à ces derniers temps, c'est la langue arabe » qui en Afrique a été presque le seul véhicule des » connaissances et de la civilisation. Les écoles

(I) Prichard. Aesearchts ^ t. II, p. t283 o^.

» arabes du Caire , de Merawe , de Damer et du Dar- » four, dàDs ]a région du Nil , celles du Bornou, du » Bergoa , du Daghermeh et autres pays de la Ni- » gritie centrale, celles de Maroc, de Fez, d'Al- » ger , de Tunis, etc., sont les foyers principaux » des connaissances répandues dans l'Afrique par » cette nation , tandis que les écoles des Mandin- » gués, des Foulahs, des Tolofis et desSousous ma- » hométans , dans la Nigritie occidentale et centrale » ( Sénégambie et Soudan) , sont d'autres foyers de » l'instruction importée sur ce continent par ses » partisans les plus zélés (1). »

Baibi dit ailleurs :

« Les nations de la variété malaisienne, à l'égard » de la variété noire océanienne, oQrent le même » pbénomène que les nations de la variété blanche

• 'présentent dans l'ancien et le nouveau mondç, à

• l'égard des variétés noire africaine et cuivrée :par- » tout la ciuilisation accompagne les blancs! {2) »

Je conclus de tout cela , que le tableau des populations de l'Afrique confirme pleinement, je dirai même plus complètement que celui d'aucune autre partie du monde, le principe que j'ai posé , savoir : que plus le type des races est beau, plus la civilisation est avancée; et que plus le type est laid , plus l'état social est imparfait. Dans le premier cas, il y a initiative, progrès, domination; dans le second cas, impuissance, asservissement, prostration.

(i) Etat Social des Africaine, etc. , p. 839. (a) Abrégé de Géog, ^ p. laSi.

Oh se rappelle que Voltaire dit quelque p^rt avec plus d'esprit que de raison : a Interrogez un nègre de Guinée, le beau pour loi est une peau noire, laineuse, des yeux enfoncés, un' nez épaté ; interrogez lé diable , il vous dii^a cfue le beau est une paire de coraes , quatre griffes et une queue. ...» Facétie fort goûtée des bomnîes qui font , comme Voltaire, delà philosophie militante, mais qui, comme lui , n'étudient pas toujours impartialement les faits.

Lorsque pour la première fois les Anglais pénétrèrent dans la Gambie , le roi de Tenda offrit à Jobson la ceission de ses Etats par déférence pour la supériorité évidente des blancs ! S*ii faut en croire des voyageurs beaucoup plus modernes, les Abyssins professent le même respect pour les Européens, ce qui était attesté du reste depuis longtemps par Sait. On peut voir dans les Voyages de Combe et Tamisier les persécutions dont ces deux voyageurs furent Tobjet pour avoir refusé les royautés qu'on leur offrait. D après leur témoignage, n Les Abyssins disent que la race blanche est supérieure à la race noire , les chefs eux-mêmes croient que leur couleur est celle des esclaves. « Nous sommes noires, nous disaient souvent les femmes; que votre peau est belle (1) ! »

Les écrivains arabes entre autres attestent l'idée de supériorité que les blancs inspirent aux nègres.

(i) f^cytige en Abysi.^ t. 1 , p. 243*

Le savant Ritter , faisant concorder sur ce point les rapports de presque tous les voyageurs , dit « que les étrangers apparaissent généralement aux indigènes comme des êtres supérieurs (1). » Nous savons tous quel est à cet égard le sentiment des nègres et des négresses aux colonies. « ATisle de France , dit un de nos spirituels compatriotes ^ ces coquettes hautaines s'estiment plus heureuses d'être les maîtresses d'un blanc que les femmes légitimes d'un homme de leur caste (2). » Levaillant parle du crédit et de l'idée de supériorité qu'imprime partout un blanc à toute espèce de sauvages (3). Les frères Lan* der, rendant compte de leur voyage à Kaconda, un peu au delà de la ville d'Egga où finit le territoire de Niffé, et où finit aussi Tinfluence des Fellans ., dit que dans ces villes tous les habitants « ont un grand respect pour les bUmcs qu'ils croient des êtres supérieurs à eux (4).» Mungo-Park raconte que le nègre le plus intelligent qu'il eût rencontré en Afrique , émerveillé de l'industrie et de Tintelligence des Européens , s'écriait eu soupirant :« iS/ocA men are^ nothing ( les noirs ne sont rien) (5) ! » Enfin le capitaine Tuckey a fait dans son voyage sur le Zaïre une observation très-importante , c'est que les fétiches h face humaine, même ceux de Tinté*

(i) Afrique , tr. , t. II , p. 18.

(3) Jacqaes Arago. Voyage nut, du monde ^ t. I. <3) f^oy. de Lev. , t. II, p. 9

(4) Dans Ritter , trad. fr. , t, II, p. 5^4*

(5) Trav. into the iitfer. districts of Africa ^ p* 536r

de l'Afrique, ont des physionomies européenne8(l). » Ainsi , partout même notion sur tous les points de l'Afrique : je pourrais ajouter sur tous les points du globe, car il me serait facile d'apporter la preuve que la même opinion règne au sein de toutes lès races. On se souvient que c'est à une tradition fon* dée sur cette croyance que les Espagnols sont redevables de la facile conquête du Pérou ; mais je n'irai pas chercher de nouveaux arguments en Amérique ou dans TOcéanie. Ces notes sommaires suffisent pour prouver que les races noires en Afrique , sont partout convaincues de la supériorité des races blanches, au cap de Bonne-Espérance , au Congo » dans la Guinée , dans la Gambie , dans le Soudan , dans TAbyssinie , à 1 est comme à l'ouest , au nord comme au sud. Je terminerai par une observation bien plus importante que toutes les observations précédentes , cet exposé où je crois n'avoir présenté que des vérités fondamentales, des principes dégagés de toute préoccupation , soit d'intérêt , soit de parti.

Si la constatation de ces vérités répugne à certains hommes , parmi lesquels je reconnais des esprits éminents, c'est qu'il semble que tout fait par lequel éclate la disparité originelle des races puisse servir d'argument à l'oppression d'une partie de 1» famille humaine. C'est contre cette conséquence illogique et funeste que je m'élève de toutes les

O) Capt. Tackey's Narrati%^ , p. 267.

forces de ma raison et de ma conscience. Oui , il y de^ races natarellement prépondérantes ; oui , il y a àps races naturelletnent débiles; il y a pour ainsi dire des races d'enfants et des races d'adultes , ou bien encore , suivant l'injpénieuse idée de mon honorable ami, M. d'Eichtbal 9 il y a dans le f;enre bu-» main la partie féminine et la partie virile. Maïs rien ne serait à la fois plus odieux et plus dénué de raison que de considérer cette disparité essentielle comme donnant à la force le droit d'oppri mer la faiblesse. La force impose avaot tout des devoirs à celui àqui Dieo eo conféra le pri vil^e ; la force accroît la responsabilité dans la proportion des prérogatives qu'elle donne, prérogatives qui résident uniquement dans l'accomplissement de fonctions diflérenles. L'œuvre dis l'initiation , la tutelle appartient à l'adulte. Mais maudit soit le tuteur infidèle ! Maudit soit mille fois celui qui dépouille Tenfant dont la garde lui est confiée !

Il y a ici deux écueils: le premier, c'est celui que tout le monde voit , celui de laisser une race succomber sous la tyrannie d'une autre. Le second , c'^st celui que tout 1^ monde Qe voit pas , mais qpe ia raison révèle y non moins qu'un sentiment profond d'bumanité , c'est ce^i de laisser qn enfant sans tutelle; c'est celui de se lancer t^fqérairemeqt dans l'application d'idées fausses ; et j'appelle idées fausses, celles qui reposent sur une prétendne égalité qui n'existe point dans la nature. Légalité, sans doute,, existe aux yeux de Dieu , car tous les êtres ont un

droit-égal k trouver dans le monde la place qu'il leur a marquée dans le plan harmonieux de la création. Maiarégalité de fait n'existe nulle part, dans les facultés , les fonctions , les senrices et les destinations. La chaîne de l'humanité correspond à la chaîne générale des êtres : les races d'hommes n'en sont que les anneaux.

Observez, dans le rapport des races, que le bras qui opprime est aussi celui qui protège; il est beau de détourner le joug, mais à la condition de n'y pas substituer l'abandon. Nous avons tous sondé la plaie de l'esclavage: elle est hideuse; mais sondons aussi d'autres plaies ! Quel nom donoerez-vous à cette incurie sociale qui brise sous nos yeux tout lien de solidarité. entre le faible et le fort, entre le pauvre et le riche? Est-il une pire condition que celle qui condamne l'Irlandais à mourir de misère? Est-il un pire esclavage que l'esclavage de la faim? Prenez-y garde , Messieurs ! chaque condition a ses chaînes, fin brisant les fers de l'esclave , craignez d'y substituer toutes les tortures qu'impose le délaissement. Vainement aurez-vous résolu les dangereux problèmes du passé ; il est d'autres problèmes, il est d'autres dangers dans les secrets de l'avenir. Arrachez ces hommes à la servitude européenne , arrachez-les, si vous le pouvez , à la servitude indigène d'Afrique ; mais craignez de les plonger dans une servitude plus grande , dans une dégradation plus profonde , dans une détresse plus cruelle. 11 est beau

d arborer rétendard de rémancipatioii ; mais en brisaDt un iieo songez h en former un autre. Pour offrir à tous nos frères une égale hospitalité » commencez du moins par leur préparer un abri.

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