I. Éléments de géohffie^ 18S
Les terrains qu'on appelait autrefois de traniition i classés maintenant dans le dévmien et le silurien^ montrent leurs affleurements en France, dans la Bretagne, dans les Pyrénées, dans les Vosges, dans F Aude dt l'Hérault; ils ne surgissent dans l'intérieur que sur quelques points isolés de peu d'étendue, surtout entre les bassins du Rhône et de la Loire.
Ils se composent ordinairement de schistes argileux, de grès quarkzeux et de calcaires.
Les schistes donnent lieii à de grandes exploitations d'ardoises, et les calcaires fournissent des marbres assez recherchés.
Les terrains cristallins, micaschistes, gneiss , granités et syéniteSi forment une grande partie de la presqu'île de Bretagne, sans y donner lieu à de hautes montagnes; mais, par contre, les granités et les protogines constituent l'axe principal des Alpes, du Dauphiné et de la Savoie^ et leurs sommités les plus élevées. Le mont Blanc et les aiguilles qui l'accompagnent sont exclusivement composés de rochers granitiques. Le granité constitue les cimes du mont t'ilat, qui domine la vallée du Rhône, et, dans les Pyrénées, quoiqu'il n'en occupe pas toujours Taxe central, il arrive à une grande hauteur, jusqu'aux sommets du Nethou et de la Maiadetta.
Le plateau central^ qu'on peut considérer comme une grande gibbositi, à contour à peu près circulaire, de 300 kilomètres de longueur sur autant de largeur, le point de départ d'un grand nombre de fleuves et de rivières qui s'en échappent dans toutes les directions, soit pour gagner l'Océan, soit pour verser leurs eaux dans la Méditerranée, est, dans sa grande masse, composé de roches cristallines. C'est un pays élevé et montueux, percé vers son centre et sur son bord oriental par des volcans anciens, et dont les vallées intérieures sont parfois remblayées par des débris volcaniques, des dépôts tertiaires et quelques dépôts houillers.
Le terrain cristallin figure encore, en France, dans la partie méridionale des Vosges. Le ballon d'Alsace en fait partie; puis il apparaît sur le littoral de la Méditerranée, aux environs de Fréjus, dû il constitue une partie de la chaîne des Maures.
En Corsée plus de la moitié de l'tle appartient aux roches granitiques; cette région est très-accidentée et Ton y voit le monte Rotondo^ de 3,672 mètres d'altitude, et le monte d'Oro, de 3,652 mètres. ; Les roches plutoniquèSf ignées ou métamorphique^, porphyres, diôrites, serpentines, euphotides, mélaphyres, ophites, sont relativement peu dé- Tcloppées à la surface du sol, où elles n'occupent qa*nne faible étendue géographique. On ne les voit surgir que dans les régions qui s'approchent des montagnes, dans les Vosges, dans les Alpes, les Pyrénées, quelquefois dans la Bretagne, le plateau central et dans la Provence.
Ces roches sont ordinairement situées au voisinage du granité, des micaschistes et du gneiss ; cependant elles percent quelquefois des dépôt» plus récents : ainsi, dans la région pyrénéenne, où les ophites jouent un
certain rôle en raison du grand nombre de leurs pointements , on les voit apparaître dans les terrains silurien, devonien, dans le trias, dans les dépôts jurassiques et dans le crétacé. Les porphyres sont trèsdéveloppés dans la chaîne des Vosges, dans les montagnes des envi-, rons de Fréjus et dans celles du Beaujolais, situées entre la Saône et la Loire. !
Les roches volcanique» sont largement et complètement développées dans le plateau central. Les volcans de la fin de l'époque tertiaire et du commencement de l'époque quaternaire, volcans d'une grande énergie, ont surgi au centre de la France au moment où le relief du sol était déjà, à peu de chose près, ce qu'il est aujourd'hui , et ils y ont constitué de véritables chaînes de montagnes : à Test , la chaîne du Mézenc, 4,774 mètres; au sud, celle du Cantal^ 4,858 mètres; puis le mont Dore^ 4,897 mètres, et la chaîne des Puy s d'Auvergne^ 4,476 mètres. D'autres points volcaniques de la môme époque se sont prolongés dans la direction du sud; ils se sont fait jour dans l'Ardèche et jusqu'aux bords de la Méditerranée, dans les environs d'Agde et de Toulon.
Les éléments qui constituent les roches volcaniques, tels que trachytes, phonolites, basaltes, laves, cendres, etc., se trouvent en abondance dans tout le périmètre envahi par ces anciens volcans.
En résumé, nous voyons, ainsi que nous le disions plus haut, que la France possède presque l'échelle entière des terrains qui composent la série géologique.
D'après H. Raulin, les espaces qu'occupent, à la surface^ ces divers terrains, jusques et y compris les terrains crétacés, peuvent ôtre définis de la manière suivante :
Terrains primitifs (granités et leurs variétés, gneiss
et micaschistes).. 400,000 k.q.
Siluriens et devoniens 64,000
Porphyres, terrain houiller 6,400
Triaslque et pénéen S7,000
Jurassique 408,000
Crétacé 64,200
Nous voyons, par conséquent, que les terrains susceptibles de renfermer les substances métallifères proprement dites occupent, à la surface du sol, une étendue de plus de 450,000 kilomètres carrés, c'est-à-dire furt près du tiers de la surface totale de la France.
» il-
Vopec« élémcntalreii prodaetlTca de la Vrance.
Nous croyons devoir dire quelques mots des principales forces pro* ductives de la France , car elles se rattachent intimement au développement des mines. Que deviendraient les houillères si elles n'avaient ni routes, ni canaux, ni chemins de fer, et puisque nous essayons de retracer le mouvement industriel minéral de notre pays, il est utile de faire voir aussi quel fut le progrès de ces forces qui devaient exercer sur ce mouvement une si grande influence.
Dans cette étude, que nous ne faisons véritablement qu'efSeurer, mais dont on trouvera tous les éléments dans les ouvrages spéciaux, nous exposerons successivement quel a été le mouvement progressif des voies de communication, telles que routes , chemins, chemins de fer et canaux, des machines à vapeur et des cartes géologiques, dont l'exécution devait être une des bases les plus essentielles du développement des mines. Nous ne parlerons ni des substances explosibles, ni des perforateurs, ni de l'air comprimé. Ces éléments divers, qui doivent aujourd'hui modifier favorablement l'avenir des mines en général, et particulièrement celui des exploitations métalliques, et qui, à ce point de vue, sont d'une utilité immense, qui doivent répondre aujourd'hui aux exigences toujours croissantes des besoins et en quelque sorte transformer le travail, nous entraîneraient dans des considérations trop étendues qui sortiraient du cadre que nous nous sommes imposé, et il nous suffira de les avoir indiqués ici.
Voies de communication. — Ces voies, richesses des États, ont été considérablement multipliées en France, dans le cours du siècle actuel, comme dans toute l'Europe, et, aujourd'hui, l'achèvement des lignes ferrées transforme les conditions économiques d'une foule de pays et multiplie à un haut degré les sources de la fortune publique. Ce mouvement de communication rapide nous fait assister à une véritable révolution industrielle, et il provoque partout l'exécution d'une foule de voies secondaires qui, en même temps que lui, exercent une puissante action sur l'existence matérielle et morale des populations.
Pendant des siècles, la France n'a pas eu d'autres voies de communication que les grandes artères où les Bomains faisaient passer leurs légions ou celles que Philippe-Auguste, Henri IV et Colbert tracèrent au travers du royaume.
L'agriculture et l'industrie locale ne possédaient que des sentiers ou des chemins tortueux et difformes.
Une grande impulsion fat donnée aux routes sous le règne de Louis XVI et sous les ministères de Trudaine et de Turgot; mais, néanmoins, il n'y a pas encore longtemps, quarante ans à peine, que les mines de houille de plusieurs bassins, comme celles de TArdèche, faisaient transporter leurs charbons à dos de mulet, et, dans le cours du dix-neuvième siècle, un grand nombre de mines n'ont pu être travaillées à cause de l'imperfection ou de Tabsenoe des chemins.
Aujourd'hui, une transformation complète tend de plus en plus à s'effectuer. Les chemins vicinaux, déjà multipliés, pénètrent de plus en plus dans les gorges des montagnes. Les larges routes , telles que celles que Ton construisait au temps de Louis XIV, ou que les intendants traçaient à la an du siècle dernier, tendent à disparaître ou à se rétrécir, tandis que les sentiers du passé tendent à se régulariser et à s'élargir.
En 4800, la France possédait 495 routes nationales, d'une longueur totale de 34 ,844 kilomètres, et, avec le temps, nous avons vu s'opérer le développement suivant :
1847. 1870. à exécuter,
f^out^ qatioDS^les. • •,•,.,,., 34,734^ 37,3001" 200^
Chemins de grande communication.. . 47,335 80,253 5,200
Routes départemenlales. . ...... 37,848 47,500 300
Chemins vicinaux ordinaires 90,000 180,073 201,183
Chemins d'intérêt commun » 63,066 19,016
Le total du réseau vicinal en cours d'exécution, comprenant les chemins de grande communication, d'intérêts communs et vicinaux, s^élève à 554 ,791 kilomètres, sur lesquels, au 4» janvier 4865, 353,893 seuls étaient achevés.
On voit donc que dans Tespace de vingt ans, de 1847 à 4867, de nombreux travaux utiles ont été exécutés, et, aujourd'hui, les chemins vicinaux surtout, ceux qui sont principalement destinés à accroître les moyens de communication dans les pays les plus reculés, reçoivent une impulsion plus grande que jamais.
Voies navigableSy canaux et force hydraulique,^ La Pranee était sillonnée, en 4869,par 7,300 kilomètres de rivières navigables et 5,030 kilomètres de canaux, et, en 4870, il restait 5,000 kilomètres de ces derniers à exécuter pour achever le réseau que l'on avait projeté depuis longtemps.
Ces voies diverses, tout en pouvant rendre de grands services, ne sont pourtant pas utilisées, sur la totalité de leurs parcours, autant que semblent le permettre et leur situation géographique et le volume des eaux qui les alimentent. La Loire , qui fut autrefois l'une des grandes artères commerciales de la France, qui traverse les riches houillères du centre et tout un pays industriel et agricole, n'est pas encore régulièremeqt navigable. La navigation du Rhône est encore incomplète. La reprise des
travaux du Lot, commenoëe il y a plus de 200 ans, reprise en 4837, n'était pas encore achevée en 1867.
Au commencement du siècle, on comptait à peine 1,000 kilomètres d« canaux terminés, et cependant un grand nombre d'entre eux avaient été conçus et commencés depuis longtemps , comme nous le montns le tableau suivant, qui ne concerne que les principauis. canaux de la France^
Canal de Hoqs à Condé* . . •
Canal du Berry.
Canal du Centre
Canal de Bourgogne, t • . t Canal de Beaucair^. , ? < i •
Canal de Briaré
Canal des Ardennes
Canal du Rhône au Rhin. • .
Canal di| Biidi.. ,..,.,,
Canal de Givors. . . .
Canal du Nivernais. . .
Canal de 8ainl*Queatin.
Canal SaintrLouis. , . .
Première rigole dans le treizième siècle,
amélioré en 1775, repris en i807. . , . 1484. Ordonnancé en 1545, 1554, 1587,
1603, repris en 1807, 1811
1515. Ordonnancé en i605, 1613
1515. Commencé en 1775, repris en 1808. 1599-1645. Commencé en 1780| repris
en lou^b. •••■■■•. ■••«•««•
1604. Commencé en 1634
1684. Repris en 1821
1744. Ordonnancé en 1783, repris en 1804. Commencé sous François 1«' et {lenri IV,
achevé par Riquet en 1662 ,
17i9. Amélioré en 1787-1812. ......
1784. Repris en 1813
1847. Commencé en 1864»
Ouvert ou teboTé ep
Les canaux, si nécessaires au commerce du fer dans Test de la France exécutés aujourd'hui, sont de création toute récente.
Sans nous étendre davantage à ce sujet , nous voyous que la oanalisation de la France remonte au quinzième siècle» et nous savons qu'elle a reçu une certaine impulsion sous Louis XYI et sous Napoléon I*'; mais la plupart de tous ces travaux n'ont été achevés et n'ont pris une réelle extension qi^e dans le siècle actuel.
Si Ton ne connaissait pas Thistoire des temps passés, on ne pourrait réellement se défendre d'un sentiment pénible quand on voit qu'il a f{illu près de 300 ans pour commencer, sans l'achever, un travail destiné à exercer une si grande influence sur la vie industrielle du pays, et ce sentiment devient plus profond quand on pense qu'en Angleterre, où les yoies d^ çonimunication sont plus multipliées que partout ailleurs» la canalisation commencée vers la fin du siècle dernier était achevée en 4810,
An commencement du siècle actuel , toutes les routes et tous les cacanaux y étaient terminés, et on y était prêt pour toute concurrence et pour ce grand mouvement que les chemins de .fer allaient stimuler partout.