MINES DE PLANCHER-HAUT, OU PLANGHER-LB8-MINES
Historique. — Ainsi que nous l'avons déjà dit en parlant de Giromagny, Plancher-Ies-Mines est certainement l'un des pays des montagnes des Vosges et de celles de la France où Texploitation des mines est la plus ancienne. Nous y avons vu, à côté des insignes du mineur et des signes qui se rapportaient aux mystères dont s'entourait alors l'art minéralur-gique, la date de 1123, et parmi les débris amassés autour de la nouvelle église, on peut voir aussi la date de 4556 près de deux pics de mine en relief sur un vieux baptistère.
Voilà donc deux dates précisés qui font remonter les travaux miniers de Plancher-les-Mines au moyen âge et au seizième siècle, c'est-à-dire à deux époques célèbres en Europe pour la reprise et l'activité des mines métalliques.
Dans le seizième siècle, ces mines étaient comprises dans les possessions de l'abbaye de Lure\ et furent d'abord exploitées pour son compte. « Des traités d'amodiation eurent lieu ensuite, en 1515, 1645, 1661, « 1680; mais les travaux d'exploitation furent abandonnés à la fin du « dix->-septième siècle.
CL On les reprit en 1705 par les ordres du comte de Lœvenstein, alors « abbé-prince de Lure et de Hurbacb. Son secrétaire dressa un ample « mémoire sur l'état des mines de Plancher. On y voit qu'elles étaient € au nombre de cinq, savoir : la Grande-Montagne^ mine, de plomb ; Notre^ « Dame^ mine d'argent; la Montagne Sainte-Barbe^ mine de plomb; Cra-^ € maillot et Saint-Jacques, mines de cuivre.
€ Le comte de Lœvenstein, après avoir essayé de les faire valoir à ses « frais, dut abandonner cette entreprise. Il céda à Claude Sterchle telle c mine qui lui plairait pour en recommencer l'exploitation (1717). Les te résultats demeurèrent nuls ou à peu près.
« En 1733, un Anglais, chef d'une société d'entrepreneurs qui avaient « plusieurs concessions, soit en Alsace, soit en Bourgogne, voulut aussi <£ faire valoir les mines de Plancher. Il construisit des usines dans la « forêt de Saint-Antoine,- et éleva des fonderies; il alla peu après s'étaa blir à Giromagny, laissant à un autre Anglais la direction des travaux^ « de Plancher.
< Le territoire de ce lieu fournissait alors peu de minerai d'argent, « mais en revanche beaucoup de plomb et de cuivre. Au contraire, celui <£ de Giromagny, plus abondant en argent, manquait des deux autres (c métaux. On les prenait à Plancher pour les fontes d'argent faites à Gi- ^i romagny.
« Le 30 novembre 1736, les entrepreneurs reçurent du roi des lettres
J . Aunuaire de la Haule-Saône.
€ patentes qui leur assuraient toutes les concessions qu'ils araiept obte- « nues précédemment; mais ces mines furent abandonnées en 1760. »
JUines. — < Le compte rendu des travaux des ingénieurs de i'État pu* bliait en 1846 une note des mines abandonnées en France, et nous y voyons les mines de Plancher désignées comme présentant onze filons groupés dans le porphyre de transition, et renfermant des pyrites aurifères, de la galène, du cuivre gris, de l'argent. La teneur en or y est indiquée comme étant d'environ 150 grammes à la tonne.
Lorsque Ton descend des hauteurs d'Auxelles dans le vallon de Plancher-les-Mines, lorsque Ton aperçoit toutes ces couches rocheuses et redressées qui se trouvent sur les deux versants du vallon, on reconnaît, ainsi que les études postérieures Font démontré, que ces couches, que Ton avait prises pour des porphyres, appartiennent à des roches sédimentaires paléozoïques profondément altérées , et leur aspect, leurs formes et leur coloration inspirent ijnmédiatement l'idée de leur richesse métallifère.
Il est difficile de fixer le nombre des filons de ces localités. Disons sincèrement que personne aujourd'hui ne peut en connaître le nombre.
L'importance métallifère de cette partie des Vosges est attestée encore par les documents anciens qui rappellent que Plancher, comme Auxelles- Haut et Giromagny, doit son existence aux mines de la localité. Il était entouré de murailles et il possédait une juridiction et un conseil des mines. Comme dans les Pyrénées, les minerais, avant l'invention du boccard qui eut lieu en 4505, étaient broyés sous des meules, après avoir été rendus tendres et friables par le feu ^.
De tous les immenses travaux qui ont été exécutés dans la vallée du Rahain, fonderies, boccards, ateliers de lavage, etc., il ne reste absolument rien aujourd'hui : la tradition môme est perdue. Les déblais sont recouverts de végétation, et l'on ne voit plus qu'un petit nombre des anciennes galeries dont quelques-unes servent maintenant comme réservoirs d'efiux et alimentent les fontaines publiques.
Les renseignements suivants proviennent particulièrement des ouvrages de de Genssane , qui travailla les mines de Plancher en même temps que celles d'Auxelles et de Giromagny, vers 1740.
Mine de la Grande-Montagne, — Cette mine est située près de Plancher, sur la rive droite du Rahain, parallèle au cours du torrent.
C'est une réunion de plusieurs filons.
Le minerai, composé de plomb, cuivre et argent, était blendeux et arsenical.
1* Do Gengianet
Il rendait 60 à 65 pour 400 de plomb, 2 à 3 pour 100 de cuivre, et environ 65 à 420 grammes d'argent aux 100 kilos. f De Genssane pilait les déblais et il en tirait encore 12 à 45 livres de plomb, 2 à 3 de cuivre et 4 once d'argent au quintal ancien, soit environ 60 grammes aux 400 kilos de minerai.
Lorsqu'on gravit cette montagne qui domine Plancher, on voit les traces d'une exploitation importante. De Genssane la présentait déjà en 4746 comme fendue de part en part et dans toute sa hauteur.
Les travaux, dit-il, y ont donc été poussés à une profondeur considérable, au-dessous môme du niveau du torrent ; mais il ajoute : € Il est vrai que dans cette profondeur on trouverait encore beaucoup de minerai, si l'on n'était pas gêné par les eaux. »
Sur le même versant du Rahain, et non loin de la Grande-Montagne, se trouvent de nombreux travaux dont on reconnatt bien les traces malgré la végétation qui les recouvre. Ces travaux, connus sous le nom de Sainte-Barbe et Saint-Jacques, seraient très-vastes. Ils font suite à ceux de la Grande-Montagne et paraissent appartenir au même système métallifère.
On y travailla en 4740, mais Tabondance des eaux les fit bientôt abandonner.
Le Loury. — Au haut de Plancher et sur la rive gauche du Rahain, presque en face de la Grande-Montagne, on voit une montagne escarpée et abrupte, dont les rochers de la base à pente presque verticale se montrent sur les bords du torrent : c'est la montagne du Loury.
Le revers de cette montagne présente deux filons joints ensemble : l'un de cuivre, l'autre de plomb. Le minerai est facile à fondre, mais, dit de Genssane, il ne donne que par bouillons.
11 rendait 12 à 15 livres cuivre, 30 à 35 livres plomb, 3 loths 1/2 d'argent, ou environ 400 grammes aux 400 kilos. « Il faudrait, dit-il, faire € une galerie au pied de la montagne, mais la dépense que cela occa* « sionnerait nous en a détournés. »
Ce minerai tenait encore un peu d'or, s*il faut en croire de Genssane. Il contiendrait à Tessai 2 gros (7^,65) au quintal ancien, ou environ 450 grammes à la tonne.
Mine de Notre-Dame. — Sur le même versant se trouve la mine de Notre-Dame, que l'on considérait comme Tune des plus riches du canton.
! Suivant de Genssane, son minerai rendait 15 à 20 pour 100 plomb, 5 'à 6 pour 400 cuivre et 2 marcs d'argent au quintal ancien, ou environ 4 kilogramme aux 100 kilos de minerai.
Cette mine, reprise en 1738, fut abandonnée en 4744 au moment où lo filon fut coupé par un roc sauvage^ rejeté et perdu. De Genssane, qui
donne ce détail, croit en avoir retrouvé le prolongement à 400 mètres plus loin, en un point de la montagne où se trouvent des anciens travaux.
Cramailloi. — En remontant le cours du Rahain, sur la route qui conduit à la Vieille-Hutte, au pied des montagnes de la rive gauche et près de la roche dite Roche-de-Cramaillot, à 30 ou 40 mètres au-dessus du torrent, on voit l'entrée éboulée et fermée qui m'a été indiquée comme correspondant aux mines de Cramaillot. Ces mines paraissent ouvertes sur le prolongement des filons de Loury.
D'après de Genssane, € on pourrait exploiter ce filon sur une hauteur € de 400 mètres environ sans être incommodé par les eaux, en pratic quant une galerie au pied de la montagne. >
Ce renseignement jette un certain doute sur la position de la galerie dont je viens de parler, ou sur l'époque à laquelle elle a été ouverte. Il est possible qu'elle ait été pratiquée depuis le moment où écrivait de Genssane. Son entrée étant éboulée et obstruée, il est impossible d'en mesurer la longueur et de savoir aujourd'hui jusqu'à quel point elle a été poussée, sans exécuter quelques travaux.
Saint-Antoine. — Non loin de là, en suivant toujours le cours du Rahain, non loin de la Croix-de-Hission, on voit encore les traces d'anciens travaux. Presque en face, et près de la scierie actuelle de Saint-Antoine, se trouvait la fonderie faite par les derniers exploitants. Quelques scories seules en indiquent le souvenir, et son emplacement est couvert de gazon.
C'est aux environs de cet endroit que se trouvait probablement la mine désignée par de Genssane sous le nom de Cuivre, et que les Anglais auraient travaillée d'après les traditions locales du moment.
La Vieille-Hutte. — C'est une simple maison située à 6 ou 7 kilomètres de Plancher, en remontant le Rahain^ entre le ballon de Servance et le ballon d'Alsace, et sur les bords du torrent. On y voit un énorme amas de scories qui, malgré quelques colorations verd&tres, d'ailleurs peu nombreuses, semblent particulièrement provenir de la fonte de minerais plombeux. J'y ai trouvé un fragment de matte qui parait ne laisser aucun doute à cet égard.
i D'après de Genssane, on a trouvé dans les environs, dans les jardins, quelques lingots d'argent, du cuivre noir, et des outils qui paraissent antérieurs à ceux dont se servaient les ouvriers après l'invention de la
poudre.
€ Tous ces indices, ajoute-t-il, prouvent que les travaux n'ont pas été c abandonnés par la faute de la mine, mais que les ouvrages ont péri c par quelque calamité. >
Les traces de la fonderie n'existent plus, et on a môme perdu le souvenir des travaux des mines, qui jamais n'avaient été reprises, depuis un temps immémorial, jusqu'au moment où de Genssane les étudia.
£n 4720, sur remplacement de la fonderie, on construisait une verrerie dont on voit encore les vestiges. Elle fut brOlée en 1754.
Tout y était inconnu vers 1740, quand, dit de Genssane, « un gros f ravin d'eau, découvrant la surface, lui permit de reconnaître trois f gros filons parallèles, ayant ensemble plus de 3 toises. »
Les anciens y ont travaillé à ciel ouvert et ont creusé, sur la longueur des filons, une fente de plus de 100 toises (SOO mètres) de long.
L'excavation était déjà presque entièrement comblée et on ne pouvait en connaître la profondeur.
Ces trois filons consistaient en :
Un filon de plomb.
Un filon de quartx et pyrite,
Un filon de quartz bleuâtre, marne noire, blende et mine d'argent.
De Genssane considérait leur ensemble comme représentant une mine de cuivre, plomb et argent.
Ces filons avaient été traoés par les anciens à la surfiice, au moyen d'une série de travaux qui s'étendaient sur plus « d'une demi-lieue, » c'est-à-dire au moins 3,000 mètres.
De Genssane les attaqua au mqyen d'une galerie d'écoulement ouverte au pied du précipice, à environ 1QQ toises (iOO mètres) en dessous.
Sn mars 1750, il restait encore 13 toises (24 mètres] à faire pour parvenir au gros (ilon,
Là s'arrête tout ce que nous pouvons dire sur ce gisement qui provoque au plus haut point la curiosité et que Duhamel présente comme l'un des plus puissants qui aient été travaillés.
J'ai fait ce que j'ai pu pour en retrouver les traces i mais je n'ai pas réussi dans le court délai que je pouvais consacrer à ces recherches.
Moni^Ménard* -^ Il nous reste maintenant à rappeler le gtte de Mont- Hénard, situé sur le versant de Plancher, dans la môme montagne que lea mines d'Auxelles-Haut dont nous avoqs déjà parlé.
Ce gtte consistait en un filon de plomb de même nature que celui de SaintrJean, et paraissant en ôtre le prolonj;ement.
Il produisait un minerai à la teneur de :
60 à 65 pour 100 plomb,
2 loths d'argent au quintal ancien.
Il renfermait en outre beaucoup de blende antimoniale.
Les filons de Giromagny et d'Auxelles semblent devoir oroiser le filon de Mont-Ménard, et l'étude de ces points de jonction serait du plus haut intérêt.
De Genggane en a extrait des quantités considérables de minerai qui étaient fondues à la fonderie de Plancher.
Montagne de la Titedu-Minewr, — Pour terminer ce que nous avons à dire sur ces localités, nous rappellerons que d'Hérouville signala, en 1741, une mine ancienne, de cuivre, plomb et argent, sur le territoire d'Estuffont, non loin de Giroraagny et sur l'un des premiers contreforts de la chaîne des Vosges, aux environs de Belfort.
Nous n'avons pas retrouvé cette mine; mais, sur la paroisse d'Estuffont et sur la commune de la Madeleine, dans une montagne dite la Têtedu'Mineur^ à laquelle on arrive en passant par Vescemont et au pied des ruines du château de Rosemont, on voit, au milieu des bois de hêtre, les vestiges de plusieurs filons.
L'un d'eux, que nous avons particulièrement observé, courait sur une direction N. 75 0.; presque vertical ; d'une puissance de 0,80 à 4 mètre; encaissé dans des roches d'apparence porphyrique^ mais qui ne paraissent devoir être que des grès métamorphisés.
Les travaux anciens, dont on n'a pas conservé le souvenir, sont ouverts sur l'affleurement et descendent jusqu'à une profondeur qu'il n'est pas possible de déterminer sans y exécuter des ouvrages de reconnaissance.
Ces travaux se développent sur une étendue de plus d'un kilomètre.
Les déblais qui restent encore accusent particulièrement du quartz; mais, malgré toute Tattention que nous avons mise, nous n'avons pu dé* terminer le minerai utile dont leur extraction a été l'objet.
Duhamel cite, à Estuffond, une mine de cuivre, plomb, argent, qui a pu être importante et n'a pas été travaillée de mémoire d'homme.
HSSUMÉ RELATIF AUX MINES DE GIEOMAGNY ET DE PUNCHER.
D'après tout ce que nous venons de dire, il est facile de reconnaître que toute cette partie de la chaîne des Vosges que nous avons examinée est entrecoupée par un nombre important de filons cuivreux, plom* beux, argentifères et aurifères.
La tradition ne nous a laissé que peu de souvenirs des grands travaux dont ces filons ont été l'objet; mais, d'après l'ensemble des documents recueillis, on a pu voir que ces mines, comme celles de PAlle* magne, ont eu une époque de grande activité au temps du moyen âge, et qu'elles ont dû ôtre abandonnées , une première fois , par suite de l'imperfection des moyens et certainement aussi des charges que les propriétaires féodaux faisaient peser sur elles.
Les progrès de l'art des mines, qui firent naître l'ouverture des galeries d'écoulement, donnèrent lieu à la reprise de ces mines au commencement du seizième siècle. Les unes, comme celles de Plancher, ont été probablement poursuivies tant que Ton a pu en épuiser les eaux avec les forces
que Ton possédait; les autres, comme celles de Giromagny, après un siècle de grande activité, tombèrent dans un état de marasme, qui s'est perpétué jusqu'à nos jours, à la fin de la guerre de Trente-Ans et par suite des désastres que cette guerre avait occasionnés.
Nous voyons encore que des colonnes métallifères puissantes ont conservé une persistance de richesse considérable et qu'elles n'ont pas offert de variations sensibles sur une hauteur de plus de 400 mètres; et ce caractère particulier, si remarquable, rapproché de l'idée que les anciens cherchaient plutôt les minerais purs que les minerais de boccard, que leurs travaux ont toujours été accumulés les uns sur les autres pendant la durée des derniers siècles, nous porte à croire que tout n'a pas été trouvé, même au-dessus du niveau des vallées, qu'il y reste beaucoup à étudier et beaucoup*à faire encore.
C'était l'idée du mineur Duhamel, qui montrait avec tant de raison la possibilité de reconnaître de nouvelles colonnes riches et métallifères à Giromagny, comme à Auxelles.
Maintenant, la grande question que l'on doit se poser est celle-ci : ces mines, abandonnées depuis si longtemps, peuvent-elles être reprises aujourd'hui avec avantage?
Duhamel y répondait affirmativement en Tan YI, et nous croyons que s'il vivait encore il ne modifierait rien aujourd'hui à son opinion.
Nous ne rappellerons pas, ce que nous avons déjà eu occasion de dire, savoir : l'accroissement des moyens dont le mineur dispose actuellement, tels que les perforateurs qui permettent d'achever en deux ans des galeries dont l'exécution aurait exigé, il n'y a pas longtemps, dix années de travail ; le perfectionnement des modes de lavage et de traitement, et l'emploi de l'air comprimé, l'une des grandes forces de l'avenir qui permettra peut-être d'aller, à de grandes distances, dans le sein des montagnes, animer des pompes puissantes dont l'effet surpassera de beaucoup celui de ces hommes que l'on employait dans le dix-huitième siècle; mais nous pensons que tous ces avantages, acquis depuis peu d'années à l'industrie, et l'absence des charges résultant de redevances telles qu'on les payait autrefois, permettraient de reprendre ces mines avantageusement.
D'ailleurs, il est difficile de méconnaître, dans la région de Giromagny et d'Auxelles, l'existence d'un puissant réseau métallifère, argentifère et plombeux, où dominent un grand et riche filon, celui de Teutschgrund^ et celui de Saint-Jean^ autour desquels viennent se grouper et se croiser, dans des sens divers, des filons secondaires possédant comme eux des colonnes métallifères persistantes, et cette persistance même atteste la continuation de la richesse beaucoup au-dessous des anciens travaux.
Les eaux intérieures ne paraissent pas bien considérables, puisque l'on a pu pénétrer, à bras d'hommes, à plus de 300 mètres au-dessous de la vallée de la Savoureuse; des routes et des chemins de fer sillonnent
la contrée, les bois sont abondants et la houille se trouve à peu de distance.
Enfin, en rappelant que Ton avait commencé neuf galeries d'écoulé-ment à la fin du siècle dernier, dans un moment où l'on connaissait mieux les mines qu'aujourd'hui, où les traditions pouvaient ne pas encore être tout à fait perdues, nous sommes porté à croire qu'on peut encore trouver de grandes quantités de minerais au-dessus des vallées les plus basses.
Nous ne pouvons pas ici entrer dans le détail des travaux qu*il conviendrait d'entreprendre et de la forme qu'il faudrait leur donner pour atteindre rapidement l'époque d'une production notable; mais nous sommes de ceux qui croient à l'avenir de ces mines, comme y croyait l'ingénieur Duhamel, malgré l'élévation du prix de la main-d'œuvre.
Ajoutons que ces montagnes cachent probablement encore à nos yeux bien des travaux superficiels et des affleurements que Ton rencontrera quand on en fera une étude détaillée au point de vue des mines, et quand on aura dressé une carte d'ensemble sur laquelle seront tracés tous les filons.
Nous avons bien des raisons d'exprimer cette opinion, et nous ne serions pas étonné, sans rien afiirmer à cet égard, qu'un des rochers des environs de Giromagny, connu sous le nom de Pierre-Écrite^ sur lequel sont gravées une flèche, une roue, etc., ne fussent des signes des mineurs anciens pour fixer la position et la direction de travaux souterrains inconnus aujourd'hui.
Cependant il est un certain ordre de difficultés à surmonter dont il est nécessaire de parler.
Quand les anciens travaillaient ces mines, au moyen âge comme dans le cours du seizième et du dix-septième siècle, les vallées de ces montagnes n'étaient occupées que par des mineurs, et on pouvait sans aucun empêchement établir sur les torrents les ateliers divers, ou se servir de leurs eaux pour alimenter les machines d'épuisement, représentées alors par des roues hydrauliques placées au dehors ou dans l'intérieur des travaux.
Tout cela existait dans le dix-huitième siècle, après 4744, et beaucoup de cours d'eaux étaient encore libres, même en 4848; mais aujourd'hui les anciens canaux sont à peu près détruits. A Giromagny, à Auxelles, a Plancher, on distingue à peine leur trace au milieu des bois et des broussailles.
Les cours d*eaux alimentent des fabriques de tissage importantes, ou autres; quelques-uns des anciens étangs ont été restaurés pour la même destination, et on trouverait peut-être quelque difficulté à utiliser ces mêmes eaux pour le service des mines, dans les points où il conviendrait qu'on pût les appliquer.
Certes^ il était nécessaire de favoriser le développement de l'industrie
nouvelle qui vint se fixer dans ces vallées, mais il eût été heureux de concilier, quant au service des eaux, le travail de cette industrie avec celui des mines, et empêcher que 1| reprise de ces dernières pût être, dès le début, grevée de frais et d'obstacles qu'elle aurait pu ne pas avoir à supporter ou à vaincre.
Néanmoins, l'examen des lieux montre que les difficultés de ce genre peuvent être toujours facilement surmontées; seulement, en quelques points, elles entraîneront à des dépenses de première installation qui auraient pu être évitées.
Nous rappellerons encore combien il est regrettable que le système allemand n'ait pas été appliqué en France, et que l'administration des mines n'ait pas pu disposer de fonds capables de lui permettre d'ouvrir et de poursuivre, depuis soixante ans, dans ces montagnes des galeries d'écoulement*
A quels résultats ne serait-on pas parvenu, et quelle source nouvelle de richesse et de travail ne posséderait-on pas aujourd'hui dans ces contrées? Je ne veux pas m' étendre davantage sur tous ces détails qui réveillent dans l'esprit et y suggèrent une foule de réflexions bien sérieuses.
Prenant aujourd'hui les choses telles qu'elles sont, je dirai que les mines de Giromagny et de Plancher me paraissent offrir un avenir considérable, et un temps viendra certainement où des ingénieurs habiles, dont l'esprit ne se laissera pas détourner par les mille circonstances diverses qui se rencontrent dans de si vastes travaux, sauront, à l'aide des forces nouvelles qu'ils ont à leur disposition, atteindre les fonds de Teutschgrund, de Phennighturn, de Saint-Jean, d'Auxelles, etc.^ comme les parties inférieures aux mines de Plancher^ la Grande-Montagne, Notre- Dame, etc.
Quant aux travaux de Cramaillot et de la Vieille-Hutte^ et particulièrement pour cette dernière, leur recherche et leur reprise ne semblent pas devoir être difficiles, et la hauteur des montagnes au sein desquelles ils 66 trouvent, la forme escarpée de ces montagnes, semblent permettre une exploitation possible et durable par galerie d'écoulement.
Mines de Château-Lambert et du Tillot. •» Quoique les mines de Château- Lambert et celles du Tillot se trouvent^ l'une dans l'ancienne Franche- Comté, l'autre dans la Lorraine, la première dans la Haute-Saône, la seconde dans les Vosges, nous les réunissons dans un même groupe parce qu'elles appartiennent au même système de montagnes, et nous croyons même qu'elles communiquent entre elles.
Toutes deux sont ouvertes dans une des puissantes ramifications syénitiques du ballon d'Alsace, au milieu desquelles apparaissent des pointements dioritiques ou des roches porpbyriques et des mêlaphyi-es.
Château-Lambert, ou plutôt Chastel-Humbert, est un modeste village situé aux pieds d'un groupe de rochers escarpés et nus, à environ 4 ,000 mètres au-dessus du niveau de4a mer, presque aux sources de roignon dont les eaux vont se jeter dans la Saône.
Son église, ou le moustier de Chftteau-Lambert, fut bâtie en 4 61 6 aux frais de Philippe II, roi d'Espagne, et la consécration de cette église fut provoquée et faite aux frais du sieur François Sauvage, alors amodiataire des mines pour Sa Majesté Catholique.
Nous croyons donc qu'à cette époque ces mines étaient en pleine activité, et Texamen superficiel des travaux montre que Ton s'y trouve en présence d'une exploitation séculaire, comme à Giromagny ou à Plancherles-Mines.
Si, en effet, ou remonte vers les hauteurs qui dominent ce village, on volt une immense quantité de déblais quartzeux au milieu desquels on retrouve encore des fragments de pyrite et de sulfure de cuivre.
Ces mines ont été exploitées depuis un temps immémorial et oint subi, comme les autres, toutes les péripéties auxquelles donnaient lieu l'im^ perfection des moyens et l'approfondissement des travaux. De Genssane tenta de les mettre en exploitation en 4734. Il reprit, à cette époque, une galerie ancienne située au-dessus même de l'église, dans laquelle on pouvait entrer encore en 1870, et la termina en 4758 sur une longueur de 400 mètres.
Dans le centre de la montagne se trouvait l'emplacem^t de deux roues hydrauliques, taillé dans le roc, et pour lesquelles on faisait venir l'eau d'une distance d'environ 3 kilomètres.
L'inspection des lieux montre que tous ces travaux ont dû être développés sur une hauteur que de Genssane estime à 200 toises ou 40O mètres.
Monnet nous dit que le désaccord entre les intéressés, vers la fin du dix-huitième sièclCf fut la cause de l'abandon de la riche mine de Château- Lambert; abandon qu'il déplorait et qui amena la ruine des roues.
Filons, s^ n est impossible aujourd'hui de distinguer les filons à la surface du sol qui, sur d'immenses étendues, se trouve couvert de décombres ou de végétations; mais, d'après de Genssane, il devait y en avoir un grand nombre, encaissés dans la syénite, au milieu desquels on distinguait un filon principal suivant la direction N.-Ë. S.-O.
On y trouvait toutes les espèces de minerais de cuivre connus. De temps en temps on rencontrait des minerais d'argent et même de l'argent natif.
« Une espèce de minerai, dit de Genssane, m^a donné une once d'or c au quintal, » soit 30 grammes pour 48^,95, ou environ 600 grammes à la tonne.
€ On sait, ajoute-t-il, qu'anciennement on tirait de l'or de ces mines. »
On voit encore aujourd'hui remplacement de deux fonderies dans les environs : l'une au sommet de Tun des affluents de VOignon, dite la Vieille -Fonderie, et l'autre sur leS rives de l'Oignon, sur la paroisse du Haut-du-Tham.
De Genssane exploitait au milieu des vieux travaux, et probablement avec beaucoup de peine, des veines que les anciens avaient laissées à cause de la dureté de la roche.
On rentra dans ces travaux en 4847, on y retrouva des veines minces encaissées dans des roches très-dures, et on ne parait pas avoir fait aucune exploration sérieuse.
Jtftne du TilloU — Dans la même montagne que Château-Lambert, sur le versant oriental, on voit quelques amas de déblais composés essen-* tiellement de quartz et de diorite , au milieu desquels on trouve facilement des minerais de cuivre. Ces déblais, situés à une grande hauteur au-dessus de la vallée et répandus sur une longue étendue, représentent les restes de Texploitation des mines de cuivre du Tillot qui furent exploitées dans le cours du dix-huitième siècle, et particulièrement sans discontinuité de 1730 à 4757. Cette mine était comprise dans la concession faite par le duc de Lorraine à la compagnie de commerce Saur, en 1734.
On voit encore aujourd'hui un des filons que l'on y exploitait; il parait être encaissé dans des diorites et parfaitement déterminé, peu incliné près de la surface, et il présente une épaisseur de près d'un mètre. On en extrayait du cuivre panaché et du cuivre carbonate vert. Celte mine communiquait, croit-on, avec celle de Château-Lambert.
L'abandon des travaux fut dû, paratt-il, à l'insuffisance des moyens d'épuisement et à la découverte de nouveaux filons cuivreux plus rapprochés de la fonderie, alors située dans le vallon des Charbonniers, non loin de la route qui du Tillot conduit à Saint-Maurice.
D'après Monnet, SOO mineurs y produisaient moyennement 70 à 80 quintaux de cuivre raffiné par mois, ou environ 3,800 kilos.
La laverie fournissait chaque semaine à la fonderie 60 à 80 quintaux de mine rendant 25 pour 100.
Si ces chiffres sont exacts , il faut reconnaître qu'en obtenant, même aujourd'hui, une production double avec le même nombre d'ouvriers^ on aurait bien de la peine à y réaliser des bénéfices.
On y connaissait trois filons, qui ont été exploités sans discontinuité de 1730 à 1759.
D'après le même ingénieur, il n'y aurait plus rien à faire dans les mines du Tillot; mais il n'en paraît pas de même de mines qui furent reconnues, tout près de la fonderie, dans le vallon des Charbonniers, où l'on découvrit un filon très-bon, dit-il. On voit encore aujourd'hui les traces des travaux qui y ont été exécutés.