MINES DE TEENUAY» ETC
Quoique nous ayions parcouru quelques-unes des localités dont nous allons parler, situées dans la Haute-Saône, nous devons dire que nous n*avons pas vu les gisements dont il va être question, et nous reproduirons seulement les renseignements qui proviennent des documents anciens, ou quelques-uns de ceux que nous avons pu recueillir.
Les mines de Temuay furent décombrées en 1748 par de Genssane.
Gangue des filons : quartz.
Mtnefm : galène argentifère, et un peu de blende renfermant :
70 livres de plomb, 3 loths d'ar(;ent au quintal.
Au Montre-Vannes^ près de Presse, travaux anc^^ns dont on ne connaît pas l'importance, qui fournissaient du cuivre, du plomb et de l'argent.
Faucogney. — En 1755, on découvrit un assez beau filon de galène, à 4 kilomètre environ au nord de Faucogney. Ce minerai était disséminé dans le quartz. De Genssane, qui a fait travailler partout, dans l'espace de vingt ans, dans ces montagnes, et qui devait avoir une multitude de travaux improductifs et onéreux, en a aussi extrait des minerais.
Mon loin de là, dit de Genssane, il y a une mine de Brauenstein. Il s'agit là probablement d'un filon de manganèse qui fut de nouveau découvert vers 4826, et qui a donné lieu aux deux concessions actuelles de Faucogney, situées à S kilomèti:es environ au N.-B. de Faucogney.
D'après les renseignements que nous avons recueillis, nous pouvons croire qu'il y a là un faisceau de filons parallèles, encaissés dans des roches d'apparence porphyrique,' réguliers dans leur direction, irréguliers dans leur puissance, et reconnus sur une longueur d'environ 2 kilomètres.
Avec le manganèse oxydé terreux , se montrent le fer oligiste^ le spath fluor, la baryte sulfatée, des calcédoines, de l'améthyste et du fer hématite.
Si ces filons, comme nous le croyons, sont ceux de Brauenstein dont a parlé de Genssane, nous devons ajouter qu'il dit en avoir fait extraire et qu'il y trouva 4 loths d'argent au quintal, soit environ 4 4 2 à 4 15 grammes aux 400 kilos.
€ Je soupçonne, dit-il, que ce filon pourrait se convertir en mine d'argent en profondeur. »
Et je me permettrai d'ajouter que la nature des gangues qui accompagnent le manganèse donne lieu de croire à une transformation possible des minerais en descendant dans l'intérieur du gîte, et très-probablement à une modification dans la persistance du manganèse.
Mine de cobalt du hameau de La Mer. ~ A 4 kilomètres à Test de Faucogney, se trouve un filon de cobalt arséniaté, terreux, argentifère, à peu de distance du hameau de La Mer ^
Saint'Bresson, à une lieue de Faucogney. — Plusieurs filons de plomb peu riches, gangue spathique. De Genssane, y faisant travailler dans le siècle dernier, y a trouvé une druse de 43 pieds de diamètre. Tentatives infructueuses dans le siècle actuel. Les minerais portés à Plancher donnaient 60 pour 400 de plomb et une once d'argent au quintal ancien.
Départememl des Toflges.
Le département des Vosges, qui appartenait à la Lorraine, renferme, outre le Tillot, un grand nombre de mines qui ont été particulièrement exploitées au temps des ducs.
Il y en a parmi elles, telles que celles de Lusse, de Lubine, etc., aux environs de Saint-Dié, qui sont comprises dans les annexions de TAllemagne et dont nous ne parlerons pas ; mais les plus importantes d'eptre elles se trouvent sur le territoire resté français.
Nous citerons seulement les mines suivantes :
Lacroix^auX'Mines ;
Le Baudy (peu éloignée de Château-Lambert et du Tillot); même
chaîne ; Bussang et Fraisse; La Rouge-Montagne (Dietricb) ; Remémont ; Environs de Remiremont.
Mine de Lacroix-aux-Mines. — La mine de Lacroix, qui parait avoir été la plus importante d'entre toutes, est située près du village de Lacroixaux-Mines et non loin de la route de Sainte-Marie à Saint-Dié.
La mine était ouverte sur un filon qui, disait M. Élie de Beaumont, il y a longtemps {Coup dœil sur les mines)^ après les filons de TAmérique espagnole, est Fun des plus grands et des plus étendus que Ton connaisse.
' Les découvertes nombreuses répandues aujourd'hui sur tant de points de notre hémisphère pourraient peut-être faire modifier cette opinion , mais il n'en reste pas moins constant, pour tous ceux qui verront ce gisement, qu'il y a là un très-puissant filon pouvant renfermer de grandes richesses dans ses profondeurs.
D'après Sébastien Munster {Histoire de la Lorraine), la mine de Lacroix fut découverte en4 31 5, et l'exploitation en fut entreprise par le ducFré-
1. Éliû de Beaumout, «-- Catu géologique de la France^ page 41 S.
déric de Lorraine et continuée avec grands bénéfices par ses successeurs.
S60 ans plus tard, c'^sl^ik*dire vers la fin du seizième siècle et sous le règne de Charles III, les produits paraissent avoir été importants et «'ôtre élevés au point de donner un bénéfice net équivalant à 750,000 fr.
f Ce récit» dit Dietrichi qui pourrait sembler exagéré, acquiert de la vraisemblance quand on voit le filon (le Lacroix, Tun des plus considé^ râbles, sans contredit, de tous ceux que Top connaisse en FrancCi pour }a puissance et la continuité. »
Vers 4633, les mines de Lacroix subirent les effets des événements qui ruinaient TAlsace; elles furent abandonnées et paraissent être restées f uspendues pendant plus de cinquante ans.
Ces mines reprir^t une certaine activité sous Léopold I" qui, en i 699, pamma un surintendant général de ces exploitations, et, en i 734, elles étaient» comme toutes le» autres mines de la Lorraine» dans les mains d'une compagnie nouvelle.
A partir de cette époquoi on ne voit plus la prospérité ancienne et, soit que rat)andon des travaux pendant un certain nombre d'années ait accumulé les eaux intérieures ou déterminé des éboulements» soit que» en présence de ces nouvelles difficultés, les nouveaux exploitants n'aient pas eu lea forces auffisantes pour sortir des anciens ouvrages, les produits n*étaient pas bien élevés î d'après Uqnneti ils furent seulenient :
En 4736, de 954 marcs d'argent, 9r6i kilos. En 4740, 751 — |83 —
La recette excéda la dépense de S8,866 livres.
En 475i, les mines de Lacroix passèrent dans les mains d'une nouvelle société, pour 35 ans à partir de janvier 4755.
Cette nouvelle période est encore une période languissante pendant laquelle les produits n'ont que bien peu d'importance et semblent même aller en décroissant,
Ainsi, d'après Monnet» on avait extrait :
En 1757, 262 marcs d'argent» 599 quintaux de plomb, 4,600 livres
de litharge.
En 4759, 229 marcs d'argent, 52,970 livres plomb. En 1763, 148 — 21,532 —
En 1771, 403 — 41,696 —
« Cependant, dit le même auteur près de qui nous puisons ces détails» f/i les espèces de mines n'ont pas déchu et on y a toujours trouvé à peu < près la même quantité d'argent. •
Maïs la machine hydraulique destinée à l'épuisement des^aux ne produisit pas tout reflet qu'on en attendait; en 1758» un incendie vint détruire la grtMQde laverie, et plus que jamais on fut obligé de travailler dan^ les hauts et noj) s^r le fond.
En 4771, on n'entretint presque plus rien : de trois laveries, il n'en reste plus qu'une, et, s'il faut encore eu croire Monnet, l'ancienne fonderie subit la plus grande détérioration {État des mines^ 4780). ) A partir de cette époque jusqu'en 4777, les difficultés de l'exploitation ayant augmenté, les mines sont concédées à une société de mineurs et d'habitants du pays qui y firent travailler pendant huit ans, et y mirent tout en fort mauvais état (Dietrich).
Cette situation déplorable, depuis l'abandon dont la mine de Lacroix avait été malheureusement frappée, semble s'expliquer tout naturellement par ces seules paroles de Dietrich, qui écrivait en 4784 : € Depuis soixante ans, on tâtonne dans les vieux travaux.» On ne pouvait y trouver que les minerais délaissés par les anciens, et leurs rebuts.
Le i<' janvier 4785, toutes les mines du bailliage de Saint-Dié passèrent entre les mains d'une nouvelle compagnie, en vertu d'une concession du 27 avril 1784.
Cette nouvelle société apporta, pendant 24 ans, dans tous ses actes, la plus louable persévérance ; mais elle ne put surmonter les graves obstacles que présentaient les anciens travaux, par suite du manque de capitaux suffisants et des événements de la révolution; enfin le décret de 1808 qui priva les concessionnaires de Lacroix et de Sainte-Marie, réunis en une seule entreprise, des droits d'afibuage dans les forêts voisines auxquels leur donnaient droit les concessions antérieures [Compte rendu de 1846), créa de nouvelles difficultés.
Après toutes ces luttes, tous ces ralentissements et tous ces abandons, si nuisibles et si funestes, les travaux furent définitivement suspendus en 1806, pour être repris en 482S par une nouvelle compagnie, qui travaillait en même temps dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines.
On avait entrepris, d'après les conseils de M. l'ingénieur Voltz, une galerie d'écoulement qui devait atteindre le filon à SOO mètres du jour. Mais cette galerie exigeait 40 à 42 ans de travail : on ne l'acheva pas. On fit alors installer une grande roue hydraulique pour épuiser les eaux et examiner le fond de la mine ; un violent orage emporta la roue.
C'est alors que la compagnie projeta l'établissement d'une machine à colonne d'eau; mais, au moment où on y allait mettre la main, les fonds manquèrent par suite de la faillite de l'un des principaux intéressés.
On cessa les travaux sans avoir pu pénétrer dans les parties vierges du filon. Les ouvrages furent entretenus autant que possible jusqu'en 1833, et ensuite complètement abandonnés.
Dans ces dernières années, et vers 4864, c'est-à-dire après 30 ans d'un nouvel abandon, les concessionnaires actuels ont repris une galerie d'écoulement qui correspond presque au centre des travaux, au-dessous du village de Lacroix; ils y ont travaillé pendant environ trots ans; ils ont rencontré le voisinage du filon, ou le filon lui-même; ils ont extrait quelque peu de galène dont était imprégnée la roche granitique qu'ils
traversaient, et ils s'arrêtèrent sans poursuivre leurs recherches, sans faire d'autres efforts pour pénétrer au-dessous des travaux anciens. Quelques essais ont été faits de la même manière et à la même époque, sans plus de constance, en d'autres points du filon, et ces essais furent abandonnés de la même manière.
Le gisement de Lacroix-aux-Mines, qui a été l'objet de tant de tentatives infructueuses depuis près de deux cents ans, dans lequel, depuis cette époque, on n'a réellement pas pu parvenir à voir le fond des anciens ttavaux, consiste, ainsi que nous l'avons dit plus haut, en un filon presque vertical» encaissé dans le gneiss, dirigé N.-N.-B. S.-S.-O., courant presque parallèlement à la jonction du gneiss et d'un granité porphyroide passant à la syénite ; sa puissance atteint en quelques points 30 et 40 mètres, et on l'a reconnu sur une longueur de plus de 4,500 mètres (De Billy, Cartes géologiques).
Les plans des principales galeries, que nous retrouvons dans l'atlas minéralogique de Honnet, donnent à ces galeries un développement li« néaire de près de 2,400 mètres, et la profondeur des travaux, au-dessous des points les plus élevés des affleurements, parait avoir dépassé 200 mètres en quelques points.
On en extrayait les minerais suivants :
Cttbrt. Argent.
CoiTre grit. ... 28 Uvres, S onces 1/2 an qaliitel anden {h^,iO aux 1000 UU).
Mine d'argent. . 17 à 20, 1 Diare,2 à 8 oneei, 6^,16 à la tonne.
Galène, plomb.. 40 à 60, 2 onces, 1^,200 à la tonne.
Argent natif dans une gangue ferrugineuse*
Argent gris 1 mare 1/2, enyiron 7 kll. à la tonne.
Plomb carbonate , Plomb phospbaté,
Les travaux ont été faits particulièrement sur trois points que l'on connaît sous les noms de : Saint-Nicolas^ Saint-Jean^ le Chipai.
C'est à Saint-Jean, et particulièrement au Chipai» qu'ils ont été le plus développés.
Aujourd'hui quand on visite les lieux, on ne reconnaît que bien difficilement le filon qui est presque partout recouvert par la végétation. Mais on retrouve les déblais des anciens travaux quoique la majeure partie soit cachée comme le filon et qu'on en ait enlevé beaucoup pour le service des chemins.
Lorsque l'on considère les matériaux extraits de la galerie d'écoulement poursuivie dans ces dernières années, et qu'on les compare avec la nature des déblais anciens des travaux de Saint-Jean ou du Chipai, on reconnaît une différence considérable dans leur composition.
Les premiers, peu métallifères» sont presque exclusivement composés d'une roche granitique pierreuse et dure, et les seconds montrent au contraire une matière terreuse et argileuse qui accompagne générale-»
.' ' y dans certains points.
ment les métaux dani les points de leur gisement où ils sont les plus abondants et les plus riches.
Cette nature des déblais, au milieu desquels nous avons trouvé des arséniates, nous montre, croyons-nous, que la puissant gisement de Lacroix renferme des parties métallifères riches » des colonnes puissantés qui ont attiré particulièrement l'attention des anciens. C'était le fond de ces colonnes qu'il fallait trouver, et c'est cette recherche contre laquelle ont failli tous les efforts depuis plus de deux siècles.
On voit encore aujourd'hui le puits de Saint- Jean sur lequel étaft placé la roue hydraulique vers 4823. Ce puits de grande dimension a, dit-on, près de 100 mètres de profondeur, il est envahi par les eaux ainsi que le fond des travaux; il est rectangulaire, muraille sur toute la hauteur et a environ 4 mètres sur S; enfin on voit au pied de la montagne les ruines de la fonderie et de la laverie.
Atines de Bussang, de Fraisée^ etc. -^ Nous ne croyons pas utile d'entrer dans de plus grands détails sur les mines de la Lorraine qui, ainsi qu'on peut le voir par le peu que nous avons dit, mériteraient un examen plus profond ; nous nous bornerons à rappeler les mines de Bussang situées sur la route de Sainte-Marie à Saint^Dié, où se trouvent des déblais qui accusent la présence d'anciennes exploitations importantes. Monnet trouva dans les déblais des minerais qui rendaient 8 onces d'argent ou S40 grammes environ aux 400 kilog., et 85 livres de cuivre au quintal ancien. La Compagnie Saur tenta inutilement de reprendre ces mines.
D'après les comptes rendus de 4846, il y existe encore des régions vierges.
Nous rappellerons encore les mines des Charbonniers, de Fraisse et des environs de Remiremont qui , toutes abandonnées depuis longtemps, étaient considérées par Duhamel, Mallet et Dietrich comme devant avoir une certaine importance si on les attaquait par dés galeries d'écoulement; elles sont situées non loin du Tillot et nous dirons que la Compagnie Saur qui avait travaillé sur la plupart de ces gisements, le plus souvent au milieu des travaux anciens, avait construit, près de Saint- Maurice, une fonderie aujourd'hui en ruine, et où on trouve encore des scories résultant du traitement des minerais de ces localités.
Mine de Baudy, Ce sont des mines de plomb sur lesquelles de Genssane fit travailler dans le siècle dernier. On y avait fait alors une galerie d'écoulement. On y a trouvé le molybdène sulfuré.
Environs de Sûint-Dié. Dietrich cite encore sur la paroisse Sainte- Marguerite, non loin de Saint-Dié, une mine de cuivre et plomb fort ancienne, qui aurait été exploitée au compte des ducs de Lorraine. L*ancienne Compagnie Saur tenta d'y rentrer* mais elle l'abandonna
— tSB —
après «Toir déblayé environ 800 mètres de galeriei Dietrich dit encore que» saivant la tradition ^ 11 y avait eu une fonderie dans la vallée de Saint-Dié.
Mines de Sainte^JUarie-auay Mines, Nous ne dirons que quelques mots de ces mines qui» bien que soumises encore aux charges et aux avan* tages de la loi française de 4840> appartiennent aujourd'hui à TAilemtfgnei Nous ne pouvons pas oublier qu'elles étaient françaises hier encore et, d'ailleurs, de ce que nous allons dire rapidement nous pourrons peUMtre déduire quelques enseignements utiles.
Ces mines furent travaillées dans les temps les plus reculés et dans le courant du dixième siècle. Ces travaux qui donnèrent lieu à la fondation de plusieurs pays et notamment à la création d'Écherry, dans le val de Liepvre, furent vraisemblablement suspendus dans le courant du douzième ou du treizième siècle, et ils étaient oubliés au commencement du seizième quand l'examen de vieilles chartes en fit connaître l'exis* tence aux seigneurs de Ribeaupierre. C'est en 4535 que commencèrent les nouveaux travaux, et en 4530 l'empereur Charles-Quint accordait à rarcbiduo Ferdinand d'Autriche et au seigneur de Ribeaupierre la jouissance des mines de Sainte-Marie à titre de fief relevant de l'Empire.
Ces mines acquirent une grande réputation. En 4630 et 4539 on en tirait deux masses d'argent natif de trois quintaux chacune. Bientôt on put voir dans la vallée douze usines pour la préparation et le traitement des minerais; le produit annuel était alors d'environ 3,000 marcs d'argent, des quantités importantes de plomb et de cuivre, et plus de 3,000 ouvriers étaient occupés à leur extraction ou à leur élaboration.
Pendant que les travaux s'étendaient en territoire allemand sur la rive droite de la Liepvre» des découvertes étaient faites aussi sur les terres lorraines, et l'on y pénétrait dans des travaux intérieurs inconnus jusqu'alors.
C^tte période prospère se prolongea pendant plus d'un siècle, jusqu'à 4630. Ace moment les mines furent enveloppées dans le désastre général que causait la guerre de trente ans, et, malgré les traités de Nimègue (4678) et de Riswick (4697), elles ne reprirent quelqu'activité que vers 4742.
En 4735 elles produisaient 33,840 livres de cuivre»
222,210 livres de plomb, 4,442 marcs d'argent,
dont le dixième était payé en nature au seigneur, le duc des Deux- Ponts.
En 4749, par suite d'une inondation, les eaux delà Liepvre refluèrent dans la galerie d'écoulement la plus basse. Elles submergèrent les tra-
vaux que l'on exploitait encore en contre-bas avec avantage. Des éboulementss*y produisirent et ces travaux furent abandonnés. On n'y est plus entré depuis cette époque.
Malgré ce funeste événement les mines de Sainte-Marie se soutinrent encore, quoique péniblement, jusqu'à la fin du siècle, jusqu'à l'époque où, par le décret du Directoire de pluviôse an VI, elles furent privées de leur affectation de bois. Les travaux s'étaient d'ailleurs considérablement approfondis, et cette situation créant des difficultés toujours plus grandes, elles furent suspendues en 4798.
On les a vues revivre en 4806, mais d'une manière languissante, devenir l'objet des efforts de deux compagnies, et retomber pour ne plus se relever.
La concession de Sainte-Marie renferme de nombreux filons, généralement insérés dans le gneiss, et courant dans les vallées de la petite Liepvre, de Pbaunoux, de Surlatte, de Saint-Philippe, de Fertrupt et de âursite.
Ils consistent en filons cuivreux et argentifères, en filons plombeux et en filons de cobalt. Les filons argentifères renferment divers minerais d'argent, tels que de l'argent natif, gris, rouge, vitreux, et des cuivres gris argentifères souvent associés à du cobalt et à de l'arsenic.
L'une des mines, celle de Gabe-Gottes, dans laquelle on était rentré en 4834, produisait un cuivre gris, dont l'analyse a fourni pour cent :
Argent 4,26
Cuivre 40
Arsenic 30
Soufre 25
La gangue des filons se compose généralement de chaux carbonatée. Les filons de cuivre gris, et notamment celui de Gabe-Gottes, ont fourni, d'après un mémoire de M. de Billy, une teneur moyenne de 0,0676 pour 40 grammes de schlick, soit de 676 grammes d'argent aux 400 kilog.
Si on examine tous les filons de Sainte-Marie au point de vue de leurs directions :
On voit que ceux de cuivre et d'argent courent sur les heures 4,4 ^s i 7, 7 7^, 8 Vt et 9 V,.
Les filons de galène, sur heures 4 Vj> * Vi» ^ */«> ' Vi» *0> ^2. Les filons de cobalt, sur heures 4, 10 et 4 >/>•
On voit donc que les filons affectent des directions très-variées et qu'ils semblent former des groupes se rapprochant des directions principales N.-S., N.-E.-S.-O., E.-O. et N.-O.-S.-E.
Les uns et les autres présentent des minerais disposés en colonnes et en amandes qui ont été travaillées avec la même ardeur sans qu'il semble y avoir eu de direction particulièrement privilégiée.
On les a poursuivis jusqu'à de grandes profondeurs , et ils ont été Tobjet de travaux considérables.
On en aura une idée quand nous rappellerons qu'une galerie d'écoulé^ ment avait atteint 8,000 mètres de longueur, qu'on y voyait d'autres galeries de 4 ,500 et de 2,000 mètres, et des puits descendant jusqu'à des profondeurs de plus de 300 mètres.
La plupart de ces mines sont épuisées dans leurs parties supérieures. Si elles renferment encore dans les fonds les ressources que les anciens mineurs assurent y avoir laissées, il est certain qu'elles possèdent encore de grandes richesses, mais l'extraction de ces richesses semble devoir exiger, dès le début de la reprise, l'emploi de sommes considérables.
Mines du mont Jura, — Nous allons quitter la chaîne des Vosges qui, pour ainsi dire, touche par son extrémité méridionale aux montagnes du Jura.
Nous ne connaissons pas aujourd'hui dans ces dernières localités d'autres mines que des mines de fer et, pourtant, si l'on s'en rapporte aux documents anciens, il en aurait existé qui n'auraient pas laissé que d'offrir une certaine importance.
Nous n'avons pas visité ces localités et nous devons même dire que les renseignements que nous devons à l'obligeance de M. Desor, si connu dans la science, de H. le professeur Jaccard ou M. Benoit, membre de la Société géologique de France, sont tout à fait négatifs.
Cependant, comme ceux que nous allons donner proviennent de M. de Genssane, mineur du dix-huitième siècle, dont la sincérité ne laisse aucun doute, nous ne pouvons pas nous dispenser de les produire tels qu'ils ont été exprimés.
Peut-être les .traces qu'a vues de Genssane ont-elles disparu et toute tradition est-elle entièrement perdue. Il n'y aurait à cela rien qui dût surprendre, surtout quand nous voyons les mines dont nous venons de parler arrêtées en 4749, et même plus tard, et déjà presque entièrement oubliées, ou cachées sous les éboulements et les broussailles.
D'ailleurs la présence de ces mines est d'autant plus vraisemblable qu'elles existeraient dans les roches calcaires du Jura^ et ces mêmes calcaires se montrent au delà du massif primitif des Hautes-Alpes, avec des gisements métalliques que l'on a exploités pendant bien des années.
Dans le bailliage de Baumes, à peu de distance d!0mansy filon d'argent qui donna 3 onces au quintal ancien, soit environ 480 grammes aux 400kilog.
Nous savons, dit de Genssane, que les Romains tirèrent beaucoup d'or de cette province, surtout du mont Jura, c On voit les traces de leurs « anciens travaux, b
Un de ces anciens travaux se montre sur le mont d'Or, entre Jogne et Valorbe, « dans lequel, ajoute-t-il, j'étais descendu à une grande pro-
c fondeur sans pouYoir atteindre le fond, où le travail s'élargit oonsidé- <K rablement. »
Ce travail était fait au ciseau et au piC| et par conséquent ayant rinvention de la poudre.
A deux lieues de là on pouvait voir les ruines d*une grande fonderie, près du village de Motte, et beaucoup de scories. On y a trouvé des médailles romaines qui semblent fixer l'époque où ces mines furent travaillées pour la dernière fois<
De Oenssane cite encore les faits suivants :
Au-dessus du village de Métabief^ mine de fer verte qu'on fond à la forge de Roche-Jean. Souvent» après la fonte, on trouve au fond du fourneau une espèce de matte très-riche en argent.
Près du village de Moret^ au haut de la montagne de Gwulnn et près du village de Long-Chauniois, existent d'autres anciens travaux. Ceux de Long-Chaumois auraient été exécutés sur un filon quartzeux.
Le minerai qu'on en a extrait paraît être un minerai de fer dont quelques échantillons ont donné à l'essai un peu plus de 4 gros d'or par quintal ancien, soit environ un peu plus de 76 grammes à la tonne de 4 ,000 kilos.
(I J'estime^ dit de Genssane, que ce filon mérite attention. »
De Oenssane parle encore de travaux anciens aux environs de Saint- Claude, Ceux-ci) ainsi que les précédents, sont aujourd'hui tout à fait inconnus aux habitants, ainsi qu'aux géologues qui ont parcouru ces contrées.
Il nous reste à signaler encore l'indication d'une mine d'argent à Charquermmtt dans le mont Jura, non loin de Saint-Hippolytet sur le Doubs. Cette mine, d'après Dunod^ était abandonnée en 4787, pendant qu'on kavaillait dans le comté de Bourgogne celles de Ch&teau-Lambert et de Plancher-les-Mines.
Il est possible que ces indications diverses n'aient qu'une bien minime importance^ mais nous devions d'autant moins les omettre que nous sommes du nombre de ceux qui pensent que, dans cet ordre d'idées, il n'y a ni petites choses ni petits indices qui ne doivent être étudiés attentivement et avec soin.
C'est dans ce sens que nous rappellerons le souvenir suivant, qui se rattache en quelque sorte aux productions métallifères de la Haute- Saône :
Bourbonne-les-Bûins (Haute^Mamé), mercure,
La présence de ce métal était signalée par Hellot, 4770 , dans sa note des mines de France ^ "Suivant lui, il aurait été découvert en 4739, près le Fajbillot, entre la