Do Bonnard. Éloge de M. Schreiber^ Ànn, des Mines
« réduisent à quelques mètres d'avancement ou à Tentretten des anc ciennes galeries. »
C'est ce qui, du reste, résultera de Ténumération rapide que nous allons faire.
1808 à 4813. On glane dans les travaux de M. Scbreiber, et on commence en 1 8H une galerie dite de Y Espérance^ qui resta inachevée.
1843 à 4835. Abandon des mines. Pendant cette période, les ingénieurs de rÉtat proposaient leur rachat par le domaine de la couronne. Il ne fut pris à cet égard aucune décision.
4835. Reprise des mines par la Société des mines d'Allemont et des Hautes- Alpes. On n*y occupa que quelques ouvriers pour extraire des minerais de nickel et de cobalt arsenical. « L'extension irréfléchie et dis* proportionnée à ses moyens, » dit H. l'ingénieur Graff, occasionna la ruine de cette Société en 4839, ainsi que nous l'avons vu plus haut.
4843. L'usine d'Âllemont, les mines des Chalanches et du Grand-Clos passent dans les mains d*une maison de Lyon. On néglige la recherche et l'extraction des minerais d'argent; on ne pense qu'à la fabrication du bleu de cobalt, et après une dépense d'environ 100,000 francs en essais infructueux dans cet ordre d'idées, on abandonne en 4845.
Depuis cette époque, on voit encore se succéder plusieurs sociétés, qui firent encore moins que les précédentes.
4860-4873. La dernière fit quelques travaux après 4860 , mais tout fut insignifiant, et, en 4867, les mines furent abandonnées à la suite de la mort du principal intéressé; elles sont restées dans cet état jusqu'à ce jour.
On voit donc enfin par ces quelques lignes que les mines des Chalanches n'ont jamais été reprises d'une manière sérieuse dans le cours de ce siècle, et, ainsi que le dit, avec raison, M. Gruner, l'insuccès des (en*tatives qui ont été faites pendant ce laps de temps ne prouve en aucune manière la stérilité du gisement ni l'impossibilité de pouvoir jamais l'attaquer avec avantage.
Gisement des Chalanches. — La montagne dans laquelle se montre le gisement des Chalanches>st particulièrement formée de gneiss felspathiquc, souvent amphibolique, talqueux et micacé, au milieu duquel on remarque plusieurs couches calcaires à structure subsaccharoïde qui en font partie intégrante.
Les couches de gneiss présentent des groupes de diverses couleurs, dont les uns sont gris, d'autres verdàtres; et enfin d'autres bruns rougeâtres; ces derniers sont dus à une coloration provenant de la décomposition de la pyrite de fer et de la pyrite arsenicale dont la roche est imprégnée d'une manière intime; ces groupes forment ainsi des bandes qui s'étendent sur une grande partie delà hauteur de la montagne, mais
qui sont furtoat largement développées vert la partie où se trouvent les travaux.
Diaprés M. l'ingénieur Graff, ces bandes pyriteuses méritent d*étre signalélis parce qu'elles seraient en rapport intime avec les filons argentifères des Chalanches, et il n'hésite pas à leur attribuer une influence, sur ces filous, analogue à celle que les falhbandes exercent sur les filons de Kongsberg, en Norwége.
^exploitation a été développée en deux points indépendantst., situés à peu près au même niveau, dans des roches de même nature, séparés par une dépression du sol de 300 mètres de largeur, et indiqués sous les noms des Chalanches et du Cromot,
La mine des Chalanches proprement^dite est celle des deux sur laquelle les travaux ont reçu le plus grand développement. Elle est comprise dans un espace de 400 mètres de largeur et de 500 mètres de longueur, et, par conséquent, les travaux pratiqués jusqu'à ce jour y occupent une superficie d'environ SO hectares.
Elle est ouverte sur un grand nombre de filons et de fissures qui se croisent sans aucune règle fixe apparente, ce qui faisaltdire à M. Schreiber € qu'il y a autant de diiférences dans les directions de ces filons qu'il y a de divisions sur la boussole. »
Que l'on se figure, dit M. Gruner, une montagne étoilée et fissurée dans toutes les directions, que l'on suppose les plus grandes fentes remplies des débris des roches encaissantes et les plus petites de roches métallifères très^variées, et on aura une idée assez exacte de la mine des Chalanches,
Cette disposition était considérée par M. Gueymard comme celle d'un véritable stockv^erck. M. l'ingénieur Graif y distinguait deux principaux groupes de filons :
4"" Les filons N.-S. plongeant vers l'est et l'ouest, à peu près parallèles au^ couches des schistes encaissants; 8» les filons B.-O. inclinant presque toujoui*s au nord.
Ces deux systèmes de filons, qui sont les plus importants, se coupent et se dirigent de manière à faire croire qu'ils n*appartiennent pas à la même époque de formation; mais leur composition étant identique, on doit reconnaître que leur rexpplissage a dû s'effectuer dans la même période.
Les filons nord*-sud sont les plus réguliers et se poursuivent le mieux en allongement et en profondeur. Tel est, par exemple, le filon, autrefois si riche, sur lequel ont été ouvertes les galeries dites du Prince héréditaire, de Sainte-Marie, de Siméon, de Frédéric, etc.
De ces deux systèmes de filons partent, dans tous les sens, des ramifications ou filons-branches qui donnent lieu à l'apparente confusion que noms avons signalée.
Outve ]iè$ filons métallifères, on remarque encore au milieu du gise-
ment trois couches de diabase de 23,3 et 30 mètres de puissance. Enfin, la montagne des Cbalancbes est traversée par des fentes nombreuses remplies de blocs à arêtes vives et d'argiles sableuses et micacées, considérées par M. Schreiber comme des filons sauvages privés de substances métalliques. Les veines et les filons ont été considérés comme plus nombreux prés de la surface qu'à l'intérieur, et ils paraissent d'autant plus réguliers qu'ils s'enfoncent davantage dans la montagne.
Cette disposition, que l'on rencontre assez généralement dans des gîtes d'une forme aussi irrégulière, semble indiquer, en profondeur, l'existence d'un petit nombre seulement de filons principaux plus réguliers que ceux que l'on connaît aujourd'hui, mais il serait prématuré de déterminer quoique ce fût à cet égard. Il y a lieu de le croire , et c'est tout ce qu'on puisse oser dire.
Puissance des filons. — Elle varie de 0,03 à 0,80, et est moyennement de 0,02 à 0,30.
Remplissage. — a L'ocre martiale, écrivait M. Schreiber, constitue la majeure partie des filons d'AUemont, qui ont depuis h jusqu'à 42 pouces d'épaisseur. Ce sont cette ocre et les pyrites martiales répandues dans le rocher où ces filons existent qui me font penser que ces différents gîtes de minerais n'étaient autrefois que des filons de pyrite martiale dont la décomposition a produit cette ocre. »
On peut constater encore aujourd'hui que la gangue des filons N.-S. est le plus souvent argilo-ocreuse. C'est une masse plus ou moins terreuse , colorée par du fer et du manganèse et imprégnée de pyrites en partie décomposées, formant dans les filons une série de lentille? aplaties généralement peu étendues.
Minerais. — Toutes ces terres ocreuses sont plus ou moins argentifères. L'argent y est généralement à l'état natif, soit à l'état de filaments, soit en poudre noire. On y a trouvé l'argent rouge. L'argent sulfuré, l'argent chloruré et l'argent antimonial y paraissent fort rares, mais le cuivra gris, riche en argent, y est plus abondant. Pendant l'exploitation, on ne recherchait que les minerais d'une teneur d'au moins 487 grammes aux 400 kilos. Pendant les années 4778, 4779et4780, cette teneur fut moyennement de 792, 817 et 544 grammes.
On y a reconnu aussi des cuivres pyriteux aurifères.
La mine des Cbalancbes a fourni toutes les espèces minéralogtques du cobalt et du nickel, et surtout le cobalt oxydé noir. Dans^une des galeries, dites de cobalt, qui suit un filon quartieux d'une puissance de 0,40 à 0,80, c'est le fer arsenical qui domine.
Presque tous les minerais de cobalt et de nickel ont été trbs-riobes en argent. On trouve encore dans les mômes filons, mais rarement, des minerais d'antimoine, de mercure, d'arsenic, de plomb et de «inc.
Les travaux exécutés jusqu'à ce jour, développés sur une étendue superficielle d'à peu près 20 hectares, comprennent environ 45,000 mètres de galeries et puits ouverts, sur une hauteur de près de 170 mètres. La galerie d'écoulement la plus basse, ouverte en 4811, ainsi que nous Pavons dit, n'a pas été achevée.
. Mine des Cromots. — Séparée de la mine des Chalancbes par un intervalle |de 300 mètres, cette mine fut ouverte par M. Schreiber. On y a trouvé plusieurs filons, qu'on dit être riches, et qui présentent les mêmes caractères que ceux dont nous avons parlé plus haut.
On avait commencé une galerie pour atteindre le fond d'un puits, dit puits Cromot, d'où l'on avait extrait de l'argent natif; celte galerie est restée inachevée.
Observations. -— D'après ce que nous avons vu plus haut, on avait obtenu, en 1801, après trente-deux ans d'exercice, un bénéfice de 207,585 francs avec une dépense de 1,890,896 francs. D'après les idées que nous nous faisons aujourd'hui d'une mine, ces chiffres paraissent bien restreints et les bénéfices bien minimes. Mais, d*après les comptes de cette époque, il est facile devoir que ces dépenses ont non-seulement couvert les frais d'exploitation et de fusion, mais encore des frais généraux considérables, comprenant les frais d'installation et de construction des usines, ainsi que ceux d'une foule de recherches entreprises sur un grand nombre de points des montagnes de l'Oysans.
Le fonds de roulement ne dépassant pas sensiblement 60,000 francs par an, la production annuelle était très-faible; elle ne s'élevait pas moyennement à plus de 500 quintaux; les frais généraux atteignaient le chiffre énorme de 50 francs par 100 kilos, et l'on rejetait tous les rainerais argentifères qui tenaient moins de 3 onces d'argent au quintal ancien, soit moins de 187 grammes aux 100 kilos.
II paraît donc probable, sans méconnaître l'habileté avec laquelle les travaux ont été dirigés à cette époque, que les produits auraient été beaucoup plus importants si l'activité avait été plus grande.
Cette exploitation du siècle dernier a été particulièrement limitée et ne s'est pas étendue à plus de 500 mètres horizontalement à partir du jour. Tous les travaux de cette époque furent ainsi concentrés sous une surface peu étendue. Cette disposition provenait de l'idée que possédait M. Schreiber que le plus grand nombre des filons n'avaient qu'une trèsfaible longueur et atteignaient à peine 100 mètres.
Ces observations, dit avec raison H. Gruner, d'un mineur saxon tel que M. Schreiber, ont sans doute une certaine importance, mais il ne faudrait pas leur attacher un sens trop absolu.
D'une part, dit-il, plusieurs filons ont dépassé les limites assignées, et il importe peu qu'un même filon ne se poursuive pas au loin, si au delà des parties stériles on trouve des filons non moins riches.
Il est donc regrettable que les travaux ne se soient pas prolongés davantage dans le sein de la montagne, et rien ne prouve qu*on n*y trouverait pas de nouveaux gisements.
Rappelons encore que depuis 1792, depuis Tépoque où les mines des Chalanches passèrent dans les mains de l'État, on s'est généralement plaint de Tapauvrissement des gîtes ; mais cet appauvrissement parait ne devoir être que le résultat inévitable de recherches insuffisantes.
Cette assertion résulte même de l'examen des documents laissés par M. Scbreiber, tels que plans et registres d'avancementi très-régulièrement tenus, que l'on peut consulter encore aujourd'hui; car on y voit que lorsqu'on exploitait avec bénéfices, 60 pour ÎOO des dépenses étaient constamment alTectés aux recherches.
A l'aide de ces recherches sagement dirigées^ nécessaires à cause de l'irrégularité de la richesse métallique, on préparait l'avenir, et pendant qu'on les exécutait on mettait en exploitation les parties métallifères. Il est probable que dans le cours des années qui ont suivi 4792, on s'est départi de cette règle salutaire, et c'est là probablement qu'il faut chercher la cause de l'appauvrissement signalé.
En résumé , d'après tout ce que nous venons de dire et d'après l'examen des lieux, nous voyons que la mine des Chalanches consisté en un réseau de filons et de veines d'autant plus nombreuses qu'ils se rapprochent davantage de la surface;
Qu'elle constitue une sorte de stockwerck paraissant tendre à être remplacé dans la profondeur au-dessous des 470 ou 200 mètres explorés déjà par un petit nombre de filons principaux et réguliers;
Que, pendant la première période d'exploitation, sous la direction de M. Scbreiber, elle n'a pas cessé de donner des produits argentifères , mais que ces produits et les bénéfices qui en résultaient furent toujours très-limités à cause du peu d'extension annuelle des travaux;
Que de 1800 à 4873 aucun travail sérieux n'a été entrepris sur cette mine; aucun travail de reconnaissance n'a été exécuté dans la profondeur, et qu'on n'a pas même achevé les galeries d'écoulement commencées aux Chalanches et au Cromot;
Qu'aucune recherche n'a été poursuivie dans l'intérieur de la montagne au delà des parties explorées ou exploitées jusqu'à ce jour, pas plus que dans l'intervalle qui sépare la mine du Cromot de celle des Chalanches, intervalle dans lequel on pourrait espérer de trouver de nouveaux filons argentifères;
Que les filons n'ont été, en réalité, explorés que près du jour;
Que, par conséquent, la question de continuité de la richesse métallique, dans la profondeur, parait exister tout entière avec des caractères assez saisissants pour légitimer et justifier une reprise de travaux;
Enfin, il est permis de croire que, suivant toute probabilité, une activité plus grande» la recherche des minerais de cobalt et surtout de ceux
de nickel, qui ont aujourd'hui une valeur importante, des travaux plus étendus, soumis à une surveillance sévère , pourraient modifier avantageusement la situation de ces mines et les faire sortir de l'état d'inaction dans lequel elles se trouvent depuis trop longtemps.
Fonderie (TAllemant, -^ Les minerais des Chalanches, ainsi qlie tous ceux que Ton extrait dans les montagnes de TOysans, étaient Âmdus à Allemont.
Cette fonderie, qui existe encore aujourd'hui , est située dans le fond de la vallée d'OUe, k un quart de lieue du village d'AUemont, à 3 kilomètres de la plaine du bourg d'Oysans , et au pied de la montagne des Chalanches.
Elle est située au centre du district métallifère et des traditions anciennes, confirmées par les documents locaux, par la découverte de débris fondus sur l'emplacement des fouilles faites pour l'établissement des fondations, indiquent que cette localité a possédé, de temps immémorial, des fourneaux de fusion pour les métaux ^
Les minerais des Chalanches y étaient fondus avec des litbarges ou du plomb métallique provenant des minerais des environs. Plus tard, on se servit des schlicks de Pesey, qui avaient ainsi à parcourir un trajet de 490 kilomètres.
De 4792 à 4 802, la mine de Pesey étant abandonnée, on se trouva à AUemont dans une des positions les plus critiques, et précisément alors commença la période décroissante de l'établissement.
Pendant les diverses phases traversées par l'usine d'Allemont depuis 4808, les minerais des Chalanches étaient associés avec des minerais plombenx des mines de l'Oysans, que l'on exploitait particulièrement à Lagrave, au Grand-Clos, etc.
Mirut de La Fore et du Clos. ~- Aux environs d^Allemont et au pied des montagnes des Chalanches se trouvent des filons métallifères dont quelques-uns ont été autrefois l'objet de recherches assez étendues. A la Fare et au Clos , on voit encore les entrées éboulées des galeries. Ces travaux remontent à une époque très-reculée et on les attribue aux Sarrasins*
£n 4778, M. Schreiber entra dans les gisements de La Fare, où Ton re^ connut un filon de 0,42 à 0,60 de puissance, dirigé au nord-ouest, présentant de la galène pure argentifère et des pyrites de cuivre et de fer. La gangue quartzeuse présentait encore du spath calcaire ferro-manganésifëre et du sulfate de baryte'.
n paraît que ces mines ont été peu productives, et M. Schreiber n'y a pas poursuivi les travaux qu'il y avait commencés.