INTRODUCTION
LoL France des Gaulois et la France actuelle. — Influence des substances minérales sur la civilisation. — But du travail»
n y a environ Tingt-cinq siècles, les Ûaules, dont la France, dans ses limites actuelles, forme la plus grande partie, étaient presque entièrement couvertes de forêts immenses. Les Phocéens n'avaient pas encore fondé Marseille, nos grands ports de l'Océan n'existaient pas, et, en dehors de quelques colonies établies par les Phéniciens sur nos rivages comme sur ceux de l'Espagne et de l'Italie , les vagues de la mer venaient librement se briser sur les rochers du littoral ou s'étendre sur la plage.
Quand Jules César pénétra dans les Gaules, il y a dix-neuf cents ans, sept millions d'habitants environ étaient disséminés ou groupés sur le bord des fleuves et des rivières qui sillonnent le vaste territoire compris entre les Pyrénées, les Alpes et l'Océan. Ces fleuves et ces rivières étaient les principaux moyens de communication, les principales artères du commerce de celte époque, et les transports qui se faisaient partout
ailleurs s'efiectuaient au moyen de lourds chariots qui suivaient des voies informes dont le sol était, le plus souvent, le sol naturel des champs.
Dans ces temps qui nous paraissent si éloignés quand nous les rapprochons de notre histoire moderne, et qui, en réalité, sont bien près de nous si nous les rapportons à Ts^ncienneté de Thumanité tout entière, la civili- ^sation des Gaules, quoique bien inférieure à celle de Rome, avait cependant fait déjà de grands progrès.
Cette civilisation était bien loin de l'époque où nos ancêtres n'avaient pour armes que des fragments d'os ou de silex , n'avaient pour abri que le feuillage de la forêt ou le toit des cavernes.
Les armes des Gaulois étaient de fer ; l'or et l'argent ornaient le costume des grands.
Mais, malgré toute l'importance des conquêtes déjà faites au profit de la civilisation, le commerce et l'industrie n'étaient en réalité que bien peu de chose.
Les bourgs étaient sans murailles^ les cabanes sans meubles, et, avant l'invasion romaine, sans le cri de guerre qui , de temps à autre, retentissait dans la vallée, le silence des Gaules n'aurait été que bien faiblement troublé par le bruit du travail du fer sur l'enclume des Bituriges , par les fabricants d'Alésia ou d'Entrains, par les laveurs d'or, parles mi^ neurs tectosages, ruthènes ou gabales, ou par les agriculteurs dans les champs de la plaine.
Aujourd'hui, près de quarante millions d'habitants occupent un espace plus restreint que celui qu'occupaient les Gaulois, et presque partout, dans cet espace, existent le mouvement et la vie; des routes et des canaux sillonnent le territoire tout entier, des villes et des monuments ont été élevés sur l'emplacement de la forêt antique. Animées par le feu, des machines, marchant avec une rapidité et une précision surprenantes, transportent annuellement, à de grandes distances, des millions de voyageurs et des millions de tonnes de marchandises ; la mer, cet élément qui, par son contact avec tous les continents du globe, concourt à l'harmonie générale et à l'alliance universelle des peuples, cette route, toujours ouverte et toujours prête, apporte sur nos côtes les produits de toutes les parties du monde; sous l'influence d'un fluide mystérieux encore, le secret de l'avenir, la pensée vole sur un fil et se transmet presque instantanément d'un point à un autre au travers des rochers et des mers; l'acier coule à torrents des issues d'un fourneau gigantesque.
Chez les Gaulois, à côté des brocards d'or du riche, le travailleur de la terre et l'artisan se couvraient de peaux de bêtes; la misère et la servitude étaient leur apanage et l'apanage de la plus grande partie de la nation.
Aujourd'hui, plus de peaux de bêtes sur le corps des descendants des Gaulois, plus de servitude..... Et je n'ai rien dit de tant d'autres mer-
yeilles accomplies par rintelligence humaine, merveilles que nouâ admirons et dont nous profitons tous les jours.
Quel est celui qui, rapprochant dans sa pensée ce qu'il fut dans ses ancêtres et ce qu'il est aujourd'hui , ne se sente profondément ému et ne s'enorgueillisse de ces principes modernes qui, proclamant la liberté du travail et tendant de plus en plus à développer la puissance de l'initiative individuelle, ont fondé l'ère de cette liberté, sans laquelle rien ne pourrait être fécondé.
Un grand mouvement civilisateur, commercial et industriel, s'est donc opéré en France depuis la conquête des Romains jusqu'à nos jours ; mais ce n'est pas en France seulement que ce mouvement s'est manifesté. Il s'est répandu partout en Europe avec plus ou moins d'activité, et il n'est, en réalité, que le résultat de l'élaboration des idées pendant un temps dont nous ne saurions calculer la durée; il est l'œuvre continue des siècles et l'effet de la marche ferme et sûre du progrès, que des événements passagers peuvent momentanément ralentir, mais qu'aucune puissance de ce monde, quelque puissante qu'elle soit, ne saurait arrêter.
Babylone et Ninive peuvent devenir un désert où l'on ne verra plus que quelques pasteurs isolés : les grandeurs de l'Egypte et de la Grèce antique peuvent disparaître et ne laisser sur leur sol que les ruines de Thèbes et d*Athènes, sans que la civilisation s'éteigne; nous la voyons, en effet, renaître, sous des formes toujours nouvelles, à Rome et à Lutëce, retourner vers les lieux qu'elle avait abandonnés» et progresser partout, aujourd'hui, sur les trois continents.
Les substances minérales ont joué un rôle considérable dans ce mouvement que nous venons de signaler, et qui s'est accompli depuis Torigine de l'humanité jusqu'à nos jours.
11 suffit, pour s'en convaincre, de réfléchir sur ce que serait le monde si la fusion des métaux et l'art de les travailler n'avaient pas été révélés.
Si nous jetons un coup d'oeil sur les ruines qui nous rappellent d'anciennes splendeurs, sur les temples qui sont debout ou sur les objets, ustensiles et outils, que les archéologues recherchent avec tant de patience et tant de dévouement pour éclairer l'histoire et la vie des temps passés, nous voyons le travail se modifier d'âge en âge et, par des perfectionnements successifs, satisfaire aux besoins toujours nouveaux que font naître ces perfectionnements eux-mêmes.
Les silex travaillés, les mura cyclopéens, les objets de bronze découverts au milieu des débris amoncelés sur l'emplacement des stations lacustres, les portes d'airain de Babylone, les bronzes de Pompéi, les constructions en 'fer élevées déjà ou qui s'élèvent partout autour de nous, sont autant de monuments qui marquent les diverses phases de la civilisation, qui en forment, en quelque sorte, les étapes, et qui nous montrent qu'en réalité cette civilisation a été et est encore subordou-
née à la découverte des métaux et à leur emploi comme aux perfectionnements successifs accomplis dans les procédés de leur fabrication.
Cet aperçu rétrospectif nous montre enfin la civilisation grandissant avec les conquêtes de Thomme sur le règne minéral , et se transformant constamment depuis l'âge de la pierre jusqu'à nos jours.
Sans entrer dans d'autres considérations ni dans de plus profonds détails, il est facile de discerner l'influence que les substances minérales ont exercée jusqu'à présent sur le mouvement humanitaire, et, entre toutes, quelles isont celles de ces substances qui y ont pris la plus grande part.
Il y a deux mille ans, c'était le bronze qui régnait sans partage; aujourd'hui c'est le fer, et ce dernier métal est pour nous l'une des nécessités de la vie. « L'or pourrait disparaître, dit M. Michel Chevalier, sans tt que la civilisation en fût troublée; mais, si demain, par l'effet d'un « prodige subit, le fer venait à nous être ravi, ce serait une indescrip- <( tible calamité : tout rétrograderait, et la civilisation, du même coup, ff serait frappée d'impuissance. »
S'il en est ainsi du fer, que ne peut-on pas dire de la houille, sans laquelle l'usage de ce métal n'aurait pu, de longtemps encore, parvenir à être généralisé autant qu'il l'est aujourd'hui.
Répandu partout dans l'univers, le charbon entre pour une grande part dans les carbonates de chaux qui forment une partie de l'épaisseur de la croûte terrestre. Combiné dans un nombre infini de proportions avec l'hydrogène, l'azote et l'oxygène, il constitue dans le règne animal et dans le règne végétal une variété innombrable de créations diverses, et une multitude d'êtres qui peuplent et animent la surface de la terre '.
Le charbon, cette pierre noire que nos ancêtres ont toujours heurté du pied sans se douter de l'influence qu'il exercerait sur les destinées de leurs descendants, constitue des dépôts considérables de combustible qui gisent à des profondeurs plus ou moins grandes dans les couches de l'écorce du globe.
Ces dépôts, amassés par le temps pendant les ftges qui ont précédé l'apparition de l'homme sur la terre , accumulés pour lui par la Providence, renferment d'immenses richesses qu'il utilise aujourd'hui au profit du bien-être général, au profit de la civilisation.
Ces richesses ont été pendant longtemps ignorées: jusqu'au milieu dr dix-huitième siècle, c'était le charbon des forêts qui alimentait presque exclusivement les fourneaux d'où sortaient le fer, le plomb, le cuivre e l'argent: mais, à cette époque, on vit la houille intervenir dans la fabrication du fer, et cette fabrication nouvelle, l'une des plus importantes A des plus utiles^qui aient été faites jusqu'à présent, vint, désormais, féconder des inventions qui possédaient le germe des révolutions de l'avenir, auxquelles n'auraient jamais pu suffire les forêts de nos contrées,