PRÉSAGES ET PRONOSTICS. 7I
tm prêtre, un moine, une vierge, un lièvre, un serpent, un lézard, un cerf, un chevreuil, ou enfin un sanglier; et qu’il faut se réjouir quand on est assez heureux pour trouver sur son chemin une femme de conduite suspecte, un loup, une cigale , une chèvre, un crapaud.
Le plus étrange des présages est peut-être celui qui veut, chez les habitans de l’Orénoque, qu’un enfant soit dangereusement malade si le père, aussitôt l’accouchement de la femme, ne s’étend'pas dans son hamac, et ne s’abstient pas de toute nourriture substantielle.
§ II. — Des oracles.
Après avoir interrogé les songes, tiré des présages des météores , du mouvement des animaux dont ils étaient environnés , et l’on pourrait ajouter d’une foule d’objets qui nous paraissent complètement insigniHans, les hommes ont eu des oracles attitrés : on a entendu des voix mystérieuses sortir du sanctuaire ou de la statue de la divinité, et parlant ^n son nom ; d’autres fois le dieu s’est servi directement de l’organe , d’un
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homme ou d*une femme pour transïûettre ses ordres ou révéler l’avenir. U est à remarquer qu’il n’y a pas eu toujours fraude chez ceux qui se sont -mêlés ainsi de prophétiser sous l’inspiration d’un dieu. Très- , souvent, d’ailleurs, on a employé des agens physiques pour provoquer, chez ceux qui rendent des oracles , un désordre dans les organes ) une exaltation religieuse dont ils ont été dupes eux-mêmes, et dont les femmes' sont plus susceptibles encore que les. hommes. Les sauvages de l’Amérique se procurent une sorte d’ivresse prophétique avec la fumée du tabac ; les peuples de rOcéanie emploient la cav(v; les Kamtchadales usent d’une espèce de champignon qui produit les effets les plus énergiques et les plus prompts. Nous savons que les sibylles s’asseyaient sur des sièges qui les soumettaient à l’action immédiate de certaines vapeurs enivrantes. Ce qu’il y a de certain , d’un autre' côté , c’est que chez presque tous les peuples dans l’enfânce , la fraude a aidé à une exaltation produite par des moyens divers. Lorsque les Espagnols arrivèrent à Saint-Domingue, ils découvri-
rent un tuyau d’argile caché dans l’herbe , et au moyen duquel les prêtres faisaient rendre des oracles aux statues de leurs zamès.
Le fameux Kircher a admis un moyen semblable pour expliquer les oracles de l’antiquité; seulement il le complique de toutes les ressources de la mécanique, pour l’appliquer à un peuple avancé dans la civilisation. L’évêque d’Alexandrie, Théophile, lorsqu’il fit détruire les temples des faux dieux, acquit la certitude que les oracles sortaient de statues creusées intérieurement , et aboutissant par divers canaux à des souterrains. Du reste, l’oracle, dans l’antiquité , se révélait ordinairement à l’homme de quatre manières différentes :
par la voix sortant d’une statue ou du sanctuaire, par la bouche du prêtre ou celle de la pythie, par des songes mystérieux, et enfin par écrit.
Les oracles les plus anciens ou les plus célèbres étaient ceux de Dodone, de Jupiter Hammon, de Delphes, de Trophonius, et d’Apollon Clarien. Hérodote, en donnant une origine commune aux oracles de Dodone et de Jupiter Hammon^ ne fait peut-
être que nous mettre sur la voie d’une antique révélation religieuse, commune à ces deux oracles. 11 paraît que la voix prophétique ne se faisait entendre au milieu des chênes de Dodone qu’après une violente percussion de vases d’airain suspendus aux arbres. On a fort peu de détails sur les oracles qui étaient rendus dans les temples souterrains des Égyptiens; cependant on sait que celui de Serapis transmettait ses réponses en songe. Quelques savans pensent que les Israélites n’étaient point privés d’oracles, et qu’à une certaine époque de l’année, une voix mystérieuse sortait du propitiatoire.
De tous les oracles de l’antiquité , le plus célèbre est celui de Delphes; le lieu où le temple s’éleva fut découvert par des chèvres qui , à ce qu’il paraît , furent étourdies par les vapeurs qui s’en exhalaient. L’oracle était rendu par une femme , connue sous le nom de la pythie; elle prononçait ses oracles en vers au nom d’Apollon* elle était assise sur un trépied fixé au sanctuaire et disposé de manière à ce qu’elle pût recevoir intérieurement les vapeurs qui s’exhalaient
âe la terre. Il paraît que l’exaltation religieuse qui s’emparait des pythies, en certaines occasions, n’était pas sans danger, et qu’on en a vu mourir à la suite des convulsions au milieu desquelles elles rendaient leurs oracles. Leurs vers, bien qu’in’spirés par la divinité, étaient quelquefois fort mauvais, ce qui servait de prétexte aux railleries de certains philosophes épicuriens, se plaignant avec raison de ce que le dieu qui avait si bien inspiré Homère, refusait ses faveurs à la prêtresse interprète de ses volontés. On sait combien étaient ambiguës les réponses de la pythie, et combien il est probable que la plupart de ses oracles ont été arrangés après coup.
Pour consulter l’oracle Trophonius , qui était presque aussi célèbre que celui de Delphes, il fallait s’armer d’un certain courage. Pausanias nous a conservé les pratiques qu’on exigeait de celui qui osait aller interroger la divinité. Après avoir adoré une statue qu’on ne voyait que dans cette occasion, on descendait dans une caverne qui avait la forme d’un four, muni d’un morceau de pâte pétrie avec du miel ; on se glis-
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sait dans une fosse ; on se sentait alors en> traîné au fond , et l’oracle vous était révélé par la vue ou par l’ouie ; on sortait comme on était entré; mais il fallait s’asseoir sur le trône de Mnémosy ne et dire tout ce qu’on avait vu. Il serait trop-long de décrire tous les genres d’oracles en usage chez les anciens, nous nous contenterons de dire qu’on s’aperçut bientôt qu’ils étaient fréquemment • gagnés; c’est ce que voulait faire entendre DémosthèneS quand il disait que la pythie philippisait.
§ III. — Des sibylles.
L’origine de l’existence des sibylles est environnée de ténèbres ; Platon et Aristote parlent bien de ces êtres merveilleusement privilégiés , ils ne disent rien du temps où elles commencèrent à exercer leur influence.
Quoiqu’il en soit, on peut supposer qu’elles furent , grâce à la tradition , les dépositaires d’une antique sagesse qui, à la longue, s’obscurcit et s’altéra dans son expression : c’est ainsi qu’on a vu dans le Pérou, comme le dit délia Valie , des hommes^rchives réci-