‹ Tableau historique, analytique et critique des sciences occultes ... Par Ferdinand DenisChapitre 18 sur 56 · INTELLIGENCES CELESTES · texte numérisé non relu

INTELLIGENCES CELESTES

§ II. — Intelligences célestes, esprits élément

taires,

La haute kabbale fait consister un de ses plus sublimes mystères dans les dix attri- ' buts de Dieu : couronne , sagesse , intelligence, clémence, justice, ornement , triomphe, louange, base, règne. Reucblin nous a conservé les noms des soixante-douze anges que reconnaît la kabbale, et les prières mystérieuses qu*elle a adoptées. Si l’on s’en rapporte à Agrippa , il existe trois sortes d’intelligences avec lesquelles le kabbaliste peut se mettre en rapport plus ou moins directement; les premières reçoivent immédiatement la lumière du ciel , les secondes conduisent les sphères célestes , et c’est aux troisièmes qu’est remis le sort des humains. L’homme a le pouvoir de gagner les bons esprits et de lier les méchans.

On voit combien la doctrine kabbalistique du moyen âge , qui se fonde sur le commerce des humains avec les esprits élémentaires, est moins élevée; elle est même complètement rejetée par les véritables adeptes. Ces esprits , dans tous les cas , n’ap-

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partiennent qu’au troisième ordre des intelligences révérées par la haute kabbale. C’est plutôt le résultat d’une doctrine poétique adoptée dans le moyen âge, d’après les fables antiques, qu’une émanation directe de la haute kabbale des peuples orientaux, dont il faut probablement chercher l’origine chez les Hindous.

Quoi qu’il en soit, ces esprits élémentaires de la kabbale moderne sont , comme on sait, au nombre de quatre : les sylphes président à l’air, les salamandres au feu, les ondins à l’eau, les gnomes à la terre. Ils vivent durant plusieurs siècles, mais leur âme est mortelle, et en cela ils sont inférieurs aux hommes. Comme l’espèce humaine, ces intelligences invisibles sont divisées en deux sexes; Les sylphes ou les sylphides qui trouvent moyen de s’allier avec un homme ou avec une femme , peuvent conquérir l’immoïtalité de l’âme. Les chroniques du moyen âge sont pleines de ces unions mystérieuses , interrompues presque toujours par l’inconstance des hommes; la sorcellerie moderne en a fait les démons in~ cubes et succubes.

. Ogiu>tiu

.SCIEJNCB DES NOMBRES. 87

Pic de la Mirandole, qui combat avec véhémence les principes de l’astrcJlogie judiciaire, adopte la plupart des rêveries de la kabbale.

§ III. — Science des nombres.

De même que la kabbale a trouvé une vertu secrète dans l’arrangement de certains mots ou de certaines lettres, de mêçie elle a considéré la disposition de certains nombres comme le principe des connlpBsances les plus merveilleuses. Selon les kabbalistcs, les pythagoriciens prétendirent trouver la révélation de l’avenir dans, les nombres ; on a appliqué cette belle découverte aux noms propres, et il en est résulté d’étranges extravagances qui ont eu , comme on le sait , une influence politique bien extraordinaire. C’est ainsique le nombre 666 , qui est celui de la bête de l’Apocalypse, s’étant trouyé dans le nom du pape Paul V, les réformés en tirèrent les inductions les plus favorables à leur cause. Nous n’avons pas classé l’onoma/ic/tf parmi les diverses formules de l’art divinatoire, parce qu’elle se lie essentiellement à la kabbale.

Selon Agrippa, l’échelle des nombres est , dans le monde archétype , l’essence divine, de même qu’elle est l’intelligence suprême dans le monde intellectuel. Dans le monde céleste, c’est le soleil; c’est la pierre philosophale dans le monde élémentaire , le cœur dans l’homme, qui représente un petit monde {microcosme) (i), et Lucifer dans le monde infernal. Chez les anciens , l’unité (la monade) représentait Dieu; le nombre deux, la djade, était l’emblème de la matière susceptible de toutes sortes de formes ; le triangle devint le symbole de la nature animée. Les pythagoriciens et les platoniciens , après avoir vu dans le triangle l’image de l’ensemble des êtres, firent du carré l’emblème de la divinité. Plus tard , la science des nombres s’attacha à des détails d’un ordre moins élevé, et ne fut souvent qu’une forme emblématique de cer-

(i) It est à Femorqner que celle idée qui fait de l’homme l’abrégé del’uuÎTrrs, a été probablement émise pour la première fois p!ir un philosophe chinois d’une haute antiquité, dans lequel on reirouTe la plupart des idées de Platon. Le savant M. Remusat, en nous faisant connaître Lao-lseu, a probablement fait faire un pas immense à la science des origines philosophiques. Vajti les Mémoires de l’Institut.

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tains faits ou de certains événemens. Hippocrate voyait , dit-oii , dans le nombre ci«y, le symbole de la santé. Celui de quarante présentait une signification mystérieuse en raison des quarante ans- que les Israélites passèrent dans le désert. Le nombre de c/wquante a été regardé par Philon comme le symbole de la liberté , parce que toute servitude finissait lors du grand jubilé des Juifs, qui se renouvelait tous les éinquant# ans. ^

11 nous serait facile de multiplier à l’infini les exemples de cette nature. Nous nous contenterons de rappeler que la combinaison des nombres a été regardée, chez la plupart des nations, comme exerçant une telle influence sur les destinées de l’homme, qu’on en a formé diverses figures kabbalistiques auxquelles on attribuait les vertus les plus énergiques.

§ IV, — De la géomancie.

La géomancie , qu’on a coutume de rattacher à la kabbale et à la science des nombres , se sert , pour ses opérations , de points ou petits cercles tracés au grand air, dont

la combinaison fortuite amène la connaissance de l’avenir. Le géomancien opère de la droite à la gauche , et trace quatre lignes de cercles; à ces quatre premières il ajoute bientôt trois autres rangées semblables de quatre lignes. Ayant obtenu seize lignes de petits cercles , il les combine de différentes manières en les joignant deux par deux , de cette façon, par exemple : ^

alors il les met en rapport avec les planètes, puis il varie à l’infîni ses expériences. Si l’on veut avoir une juste idée du fondement qu’on dpit attacher à la gébnfancie, nous offrirons d’abord la ligure

O O qui signifie une jeune

O fille.

Tandis que celle-ci :

O indique un jeune gar-

çon.

GEOMAIVCIE. 9 1

Cette antre combinaison :

^ ® se rapporte au soleil, et

® signifie une grande

® fortune,

Enfin, on a étéjusqu*à exprimer les couleurs par les cercles : voici la figure qui ex-, prime le blanc o o

Après s’étre familiarisé avec ces figures, nous donnerons ici un carré complet de géomancie sur lequel on pourra opérer. Il représente les douze maisons du soleil, auxquelles on a ajouté deux témoins, un arbitre et un sur-arbitre. Ce carré tient en quelque manière à l’astrologie, puisque les kabbalistes avouent qu’ils attendent, dans cette opération , de grands secours des constellations.

Filles. * 7 6

Mères.

9 a KABBALE.

Petites

filles.

la

lO

Témoins.

Arbitre.

Sur-arbilre.

Ces seize figures , qui toutes ont une signification dans le genre de celles dont nous avons donné un specimen, se combinent non-seulement de leur rapport aux planètes, mais aussi de la valeur numérique des lettres qui composent le nom propre de la personne sur laquelle on opère.

CARRÉS MAGIQUES. q3

§ V. — Des carrés magiques,

La géomancie kabbalistique ne s’en tient pas uniquement à ce mode des combinaisons du cercle : les carrés magiques rentrent dans ses attributions tant qu’ils ne sont pas essentiellement du ressort de la sorcellerie^ Ces carrés , qui diffèrent selon les temps et selon les nations, peuvent, au rapport des géomanciens , dévoiler l’avenir, si l’on sait habilement combiner les nombres dont ils se composent. Ne pourrait-on pas voir, dans cette prétention de la kabbale , l’origine informe du calcuLdes probabilités, cachée sous des formes qui'noùs sont inconnues?

Nous donnons ici la figure de quelques-uns de ces carrés , en commençant par ceux des Hindous , qui doivent être d’une haute antiquité, et qui ont à coup sûr précédé ceux qui nous ont été transmis par les auteurs grecs ou romains. Voi^ci le carré magique le plus simple f et l’explication qu’en donne JVJ. de Fortia :

kabbale.

Pour construire cette figure, après avoir formé le carré magicpie de neuf cases A B C D, on prolonge les bandes du milieu de manière à former quatre cases extérieures doiit on se sert en les mêlant avec les cases intérieures, pour écrire diagonalement :

1,2,3; 4)^)6; 7i8,9; on efface ensuite cha> cun des quatre nombres écrits dans ces cases extérieures , en l’avançant de trois places dans sa bande, pour'le mettre dans la case intérieure oü se trouve cette place.

C’est ainsi qu’on remplit toutes les cases in-

CARRÉS MAOIQUSS. 9^

térieures, et qu’on y forme un carré magique complet, où les nombres de chaque bande ont pour somme le nombre i5 en ' quelque sens qu’on le prenne.

Le même principe peut s’appliquer, à ce qu’il paraît, à tout carré magique du même genre, pourvu que le nombre des cases qui forment un côté soit impair.

Le carré magique de sept côtés est un peu plus compliqué que celui dont nous avons déjà donné la figure ; il est attribué également aux Hindous.

Ces deux exemples pourront suffire pour donner une idée exacte de ce qu’on entendait par carrés magiques simples et compliqués. Ce qu’il y a d’assez curieux, c’est que ces carrés, qui avaient peut-être été introduits de l’Inde dans la Grèce , étaient bien connus des anciens. Plus tard, les astrologues les dédièrent aux différentes planètes : celui de neuf cases était consacré à Saturne, on avait dédié celui de seize cases à Jupiter , etc. , etc.

Les carrés magiques, abandonnés par l’Europe, sont encore en usage dans tout l’Orient. M. Reinaud en fait connaître plusieurs , et donne des renseignemens curieux sur leur usage ^ qu’on retrouve parmi les Guèbres , les Hindous , les Thibétains et les Chinois. Ils deviennent même attributs de Bouddha. Le même écrivain dit avec raison que ces sortes de combinaisons ont, aux yeux des savans, un mérite réel , et l’on trouve à ce sujet un chapitre curieux dans les Récréations mathémathiques d’Ozanam.

Nous ajouterons que, chez nous, quelques carrés magiques étaient tracés sur parchemin vierge. Le parchemin vierge est

PJS£R1E*

fréquemment employé en magie. On peut le faire de plusieurs manières; dans, tous les cas, il est indispensable qu’il soit tiré de la peau d’un animal qui n’a jamais engendré.

Ce serait peut-être ici l’occasion de parler de la quadrature du cercle, mais nous examinerons plus tard ce sujet, qui ne se rattache pas suffisamment à. la géomancie kabbalistique pour l’admettre dans ce chapitre, et nous continuerons «DOS observations sur la kabbale en examinant quels sont les êtres invisibles dont elle^fclmet encore l’existence, et que la sorcellerie lui dispute quelquefois,

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