‹ Tableau historique, analytique et critique des sciences occultes ... Par Ferdinand DenisChapitre 21 sur 56 · FÉES · texte numérisé non relu

FÉES

fairfolks; les Saxons animaient leurs campagnes de fées aussi' nombreuses que les dryades et les liaraadryades des anciens'. Ils avaient les dun-elfen^ les berg-elfen, les rnunt eîfen, les feld-eïfen , \es wudu-elfen et les wocter-eljen , c’est-à-dire les esprits ou les fées des dunes , des collines , des montagnes, des champs , des bois et de la mer. Chez nous, il y a des fées plus ou moins célèbres, telles que Mourgue , sœur du roi Artbus ; Urgande la déconnue, Melusine, qui épousa Guy de Lusignan , et qui poussa des cris lamentables quand elle fut contrainte de l’abandonner pour toujours. Titania est, selon la tradition germanique, la reine des fées.

On voit , dans les Mémoires des antiquaires de France, combien sont encore nombreux les monumens qui attestent le séjour des fées dans nos campagnes; pour ne citer que les plus célèbres, tout le monde connaît la grotte des fées du départenient d’Indré-et- Loire; la cabane des fées située près Felle^ tin, département de la Creuzé ; la tioule de las fadas du Cantal ; la motte aux fées , espèce de tombelle qu’on voit dans le dépar^^

FJÉEBIE.

tement de Maine-et-Loire; la tour aux fées du bois de Marshain au Mans; la roche d*Essé f puis ces fameuses pierres des fées , répandues dans toute la Bretagne, et enfin la roche des fées du département d’Ille-et- Vilaîne. Tous ces monumens ont , selon les habitans du pays, Torigine la plus étrange • tantôt les fées ont transporté en une seule nuit les pierres énormes qui les composent , tantôt, comme dans le Boulonnais, ce sont les fées elles-mêmes qui, s’étant oubliées durant leurs danses nocturnes, ont été changées en rochers. Souvent, ainsi que cela est arrivé à Essé , les roches nombreuses que l’on voit avec admiration ont été apportées par les fées dans leurs poches, ou sur leur tête, et cela», en filant leur quenouille; d’autres fois, on vous assure que le nombre des blQCs de pierre varie toujours, et que nul ne peut en trouver le

' compte , passât-il sa vie à les dénombrer, s

§ 11 . — Des sulepes, servans, esprits des montagnes, dames blançhes , etc,

11 y a également dans les Alpes de nombreux monumens attestant le séjour des fées;

ESPRITS DES- MOKTAGRES." lOI

ce sont d’immenses cavernes qui , évidemment, ont été habitées autrefois, et qui l’ont peut-être été, comme Je dit fort bien M. Bridel, par les faidhs ou adeptes des sciences occultes. On a découvert, dans une grotte près de Lausanne, une inscription attestant qu’on révérait dans ces campagnes les sulevesy qui n’étaient autre chose que des espèces de sylphes, vénérés par les Germains sous les noms de sylvatiques.

Les mêmes montagnards ont leurs servons, qui vivent dans des chalets solitaires , qui gardent le bétail et cultivent les jardins sans se montrer. Ces espèces de follets exigent qu’on leur fasse une libation, ou bien ils s’irritent et renversent tout dans les étables qu’ils soignaient avec une ardeur si zélée quelques jours auparavant. Aussi, les bergers ne manquent-ils pas de leur jeter une cuiller de lait sous la table. Les interroget-on sur cette habitude, ils disent qu’ils obéissent à une fort ancienne coutume.

esprit ou le ^énie de la montagne est un être mystérieux beaucoup plus puissant encore ; c’est lui qui excite les tempêtes nu sommet des rochers , et il parle quelquefois.

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lOa FÉERIE.

au milieu d’horribles tourbillons , à céux qui osent attaquer les chamois de ses glaciers.

Les dracas étaient des espèces de fées on*> dines qui, depuis, ont été logées dans les cavernes des montagnes , et qu’on connaît encore dans le midi sous le nom de draksg elles avaient sans^ doute quelque analogie avec les dragons mystérieux du moyen âge.

Les péris orientales rappellent à l’imagination ce qu’il y a de plus gracieux dans la féerie. II. n’en est pas ainsi des diveSy qui sont de la même nature qu’elles, mais qui ne charment les hommes que pour les tromper, de même que les goules ^ monstres sanguinaires plus redoutables et plus féroces encore.

Au milieu de ces diverses espèces de fées, il faut distinguer ces fameuses dames blanches j célèbres en Écosse et en Allemagne, et qui tiennent de la fée et de la sylphide, puisque les démonographes les rangent dans ces deux classes. En Allemagne , on prétend qu’elles ont' le plus grand soin des chevaux; mais Erasme leur donnait une occupation plus relevée, puisqu’il rapporte qu’une dame blanche apparaît en Allemagne et en

GÉmES DIVERS. ' lo3 Bohème le jour où quelques-uns des souverains de ce pays sont prêts à mourir. G*est . probablement de cette femme blanche dont on a fait plus* tard la nonne sanglante. En Bretagne, les dames blanches sont appelées lavandières ou chantemes de nuit. Malheur à celui qui les aide de mauvaise grâce à tordre leur linge , elles lui cassent le bras sans

piUe.

§ III. — Des génies divers.

Les génies, dont il est si fréquemment question dans les cOntes orientaux , se rattachent également aux esprits élémentaires ; ils forment une famille nombreuse ét variéé qui nous vient de la Perse, qui habite entre le ciel et la terre, et qui tire son nom , selon quelquës auteurs , du roi Gian-Ben- Gian, célèbre entre tous les enchanteurs.

Les djins sont des espèces de génies seoir»

blables à nos lutins^ qu’il faut ranger dans la même classe, si l’on n’aime pas mieux les ,y confondre.

Une <^ose remarquable, c’est qu’en Italie et dans la Grèce moderne/ la tradition a fait , des dieux et des déesses de l’antiquité ,

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des bons et mauvais génies , des fées bien • ^veillantes et malfaisantes, qui subsistent^ malgré le christianisme, sous leurs anciens noms, et que ces peuples rejetteraient avec effroi s*ils soupçonnaient dans leur croyance des restes de ridolâtrie.

Les chroniques des peuples du nord sont remplies de récits merveilleux roulant sur des espèces de nains qui habitent les montagnes , et qui forgent continuellement des armes enchantées. Ce sont des espèces de gnomes nommés duergar^ quelquefois trèsutiles aux hommes, en d*autres occasions fort incommodes, de même que ces daoinehie, ou hommes de paix de l'Ecosse 9 qui sont la plupart du temps invisibles , et dont if est bon de ne parler qu’aveq respect.

11 y a encore chez les Ecossais d’autres génies , espèces de nains beaucoup plus redoutables. Leur nature est douteuse, et ils sont capricieux et cruels ; mais on peut les ranger parmi les esprits de la terre, car ils habitent de préférence ces espèces de collines de formes coniques connues sous le , nom de sighan. Des marques circulaires indiquent les lieux où ils ont dansé durant la

' GENIES DIVERS. lo5

Duit. Læs gauric des Bas-Brelons sont dans le même cas. On attribue du reste également ces traces au passage mystérieux des fées. Il y a encore en Ecosse des êtres mixtes qui tiennent du lutin et du simple mortel, et qu’on appelle garçons des fées. Les bonnes gens et les bonnes 'voisines des Irlandais sont des fées d’une nature analogue à celles des Ecossais; il ne faut pas les confondre avec le bonhomme^ qui n’est autre chose que Satan.

§ IV. — Des géans et de Gargantua,

Notre Gargantua français , tel que le peint la tradition' de quelques provinces, pourrait bien être un esprit gigantesque, type des géans de nature merveilleuse qu’on ^ trouve partout en Europe, et qui figurent d’une manière si remarquable dans nos anciens poèmes et dans nos romans.

Plusieurs provinces en France conservent dans leurs traditions le souvenir d’un géant vorace, suivi par un serviteur merveilleux, qui n’a d’autre soin que de satisfaire à son horrible appétit. C’est à ce géant qu’on doit diverses collines connues sous le nom de mont Gargant. M. Eloi Johanneau pense

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I06 I^EERIE.

que Gargantua n’èst autre chose que l’Her^ cule gaulois , défiguré par la tradition.

Quoi qu’il en soit, c’est surtout dans l’ancien duché de Retz que la chronique orale a conservé le plus de détails sur l’apparition de Gargantua en France. Ce géant, qui venait de fort loin , dit-on , ce géant est graçd comme les plus grands arbres des forêts; il voyage continuellement; son appétit peut le rendre redoutable, mais on ne l’accuse pas d’ôtre méchant; il porte dans ses vastes poches les gens nécessaires à son service; il est toujours suivi d’une espèce de diable désigné sous le nom de drôle ^ ce qui pourrait lui faire attribuer une origine septentrionale , puisque le mot troldy en danois , indique un compagnon de Satan, ou Satan lui-méme, et que par droUos les Irlandais désignaient le diable. Ce drôle est le pour, voyeur zélé de Gargantua. Il a continuellement le dos chargé des provisions que celuici doit dévorer dans son prochain repas.

Aussitôt que son maître s’est arrêté en quelque endroit, il construit un four, y jette des arbres entiers et y fait cuire une foule de pains pesant tous dix-huit livres.

GEAKS ET GARGANTUA. I07

Pendant ce temps, les gens de Gargantua dressent la table, mettent la nappe, font rôtir bœufs et moutons, puis un d’eux remplit à coups de hache les fonctions d’écuyer tranchant, et précipite dans son effroyable gosier les alimens qui doivent en remplir les cavités profondes. L’échanson y fait couler des flots de vin. La coupe du géant n’est autre chose que le tonneau lui-même. L’énorme barrique s’échappe-t-eile des mains du serviteur maladroit , le géant en est quitte pour quelques coliques; mais il pousse cette fois de tels rugissemens que les habitans s’enfuient avec terreur, et qu’il faut attribuer à cet événement la stérilité des landes existant entre Rennes et Nantes , où, en effet , on rencontre peu d’habitans.

Nous nous sommes étendus sur cette tradition toute nationale, parce qu’il était bon de faire voir comment ce qui n’est pour nous qu’une fable poétique, a pu être revêtu d’un certain caractère d’authenticité au moyen âge, et inspirer au malin Rabelais , qui se moquait de bien d’autres croyances, le type primitif du héros de son roman.

Bien que les ogres aient quelque analogie,

Io8 rÉERIE.

par leur voracité, avec Tétre merveilleux qui vieut de nous occuper, on ne peut> sans injustice, les ranger dans la même ca> tégorie; nous nous contenterons 'de rappeler que leur origine date probablement du sixième siècle, et qu’ils apparaissent en Europe avec les Huns. ( V. V Introduction, )

§ V, — Du JuîJ errant, des sept Dor»

, mans etc.

Au rang des hommes merveilleux qu’on ne peut classer ni parmi les enchanteurs , ni parmi les sorciers , il faut nécessairement admettre le /tti/ errant Cet étrange personnage est né, selon la tradition, l’an 396a après la création. 11 se nomme Assuérus; fils d’un charpentier, il avait abandonné le mé> tier de' son père pour prendre celui de cordonnier. Il se plaisait à aller entendre la parole de Jésus-Christ; après le crime de Judas, il abandonna celui qu’on trahissait.

Jésus allait au supplice , courbé sous la croix ; il voulut se reposer un instant devant la maison d’ Assuérus , mais son ancien disciple le chassa. Ce fut alors que des pa^ rôles solennelles condamnèrent le Juif à

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