CHAPITRE V
De la magie.
L’étymologie du mot magie se présente naturellement à la pensée : les mages, dans
ti6 " Magie.
l’antiquité, étaient consiflérés comme d’habiles magiciens; mais l’étaient-ils dans le sens que nous attachons maintenant à ce nom ? c’est ce qu’il est.difficile de supposer. La magie, dans la haute antiquité, semble n’avoir été que l’étude approfondie des phénomènes de la nature, et M. Eusèbe Salverte a dernièrement démontré, par une foule d’exemples, comment une connaissance un peu moins superficielle de la physique et 3e la .chimie que ne l’avait le 'commun des hommes , a créé de prétendus magiciens. Il explique ainsi d’une manière ingénieuse la plupart des. miracles de l’antiquité. Mais à cette tradition confuse des phénomènes naturels, il joint les traditions poétiques qui n’ont pas été sans influence. Les poètes, grâce à leur enthousiasme et à' de brillantes comparaisons, sont devenus des espèces de magiciens, ou du moins ils ont fait croire à .des phénomènes dont le' caractère merveilleux n’existait que dans une expression plus ou^moins exagérée. C’est ainsi qu’en interrogeant maintenant, dans le vénérable IIcc~ Aeyvelcler, les traditions relatives à notre arrivée parmi les Américains du nord, faits
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dont tous les détails Jiistoriques nous sont parfaitement connus, on ne peut s’empêclier de sourire du caractère poétique qui a dénaturé l’histoire chez ces pçuples dans l’enfance. La même observation peut s’appliquer aux peuples de la Polynésie.
En étudiant l’histoire de l’antiquité, on trouve des magiciens chez toutes les nations, et le caractère de la magie varie, on pourrait le dire, selon les races et selon les climats,: imposante et poétique dans la Grèce, elle est terrible et sanglante dans le Nord. Dans l’Orient, elle se rattache aux plus antiques traditions religieuses du genre humain ; elle a un caractère sacerdotal qui rend son examen du plus haut intérêt. Tout le monde a remarqué dans la Genèse les combats merveilleux que Moïse eut à soutenir contre les chuni ou magiciens du Pharaon, et ce passage des livres saints suffit en quelque sorte pour nous prouver l’influence que ces magiciens avaient dans le gouvernement en Egypte. Cette influence, on la retrouve dans la Perse, à la Chine, et elle est à peu près la même dans presque tous les empires où les cohnaissances scientifiques ne sont livrées
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qii’àuu petit nombre d’adeptes. Il est à rejuarguer, et le DeutéronomeVious le prouye, que toute espace de culture des sciences occultes était interdite aux Juifs.
§ I. — Divisions de la magie.
Les plus célèbres démonographes sont dans l’usage d’admettre quatre espèces de magie différentes. La première semble n’avoir rien que de fortinnocent; selon Agrippa, b’ est la possibilité d’opérer certains prodiges apparens au moyen d’une connaissance plus ou moins approfondie des phénomènes de la nature. Mais ce savant du seizième siècle exagère tellement cette magie naturelle ^ qu’elle pourrait passer de nos jours pour vraie magie dans toute l’acception du mot. Le père Kircher n’est pas beaucoup plus clair quand il la définit la connaissance de la sympathie , ou de V antipathie des choses. C’est, selon lui, cette connaissance de la sympathie et de l’antipathie des choses, qu’ont possédée à un haut degré Hermès Trismégisle et Zoroastre. On voit clairement que cette prétendue division de la magie n’est que la sciencé imparfaite des anciens, dont le pou-
DlVISIOirS DE I..\ MAGIE. II9
voir avait été exagéré par la barbarie du moyen âge. Selon Platon , la magie de Zoroastre ne serait qu’une haute kabbale, ou plutôt une connaissance approfondie desmystères religieux.
La seconde flivision a été nommée magie mathématique ; c’est, à ce qu’il nous semble , une connaissance un peu moins imparfaite que ne l’avait le vulgaire, des lois de la mécanique. C’estcetteconnaissance qui a donné à Albert lé Grand et à Boëce une réputation de magiciens, que les siècles n’ont pu encore ■ affaiblir, et qu’ils méritaient certainement moins que quelques habiles artisans de nos jours.
La troisième espèce de magie présente un caractère plus redoutable; c’est celle qu’Agrippa appelle empoisonneuse ; c’est celle qui opère des métamorphoses effrayantes, qui emploie les philtres, les breuvages mystérieux : Circé est une des plus anciennes ma?
giciennes de cet ordre.
Enfin, arrive la quatrième espèce de magie, la magie cérémoniale^ qui est la plus terrible, la plus puissante et la plus noble. Elle est divisée en deux sections : la goetie est
lao MAGIE.
l’art de communiquer avec les esprits immondes et il faut sans doute y faire entrer ' cette terrible magie islandaise désignée sous le nom de karrer kalf ; la théurgie, au contraire, qui semble n’étre qu’une branche de la kabbale , ne met en rap/lort^ qu’avec les génies divins. ,
Dans le dernier siècle, on a établi une subdivision de la magie, qui a reçu le nom de magie blanche. C’est celle de nos escamoteurs, et elle a bien quelques rapports avec celle que le fameux Agrippa admet dans sa seconde division. Du reste, plusieurs démo-' nographes considèrent la théurgie comme la véritable magie blanche, et ils font les honneurs de son invention au fils de David.
S’il faut en croire les démonographes, la magie noire est d’une beaucoup plus haute antiquité qu’on ne le 'croit généralement.
Le déluge n’aurait eu lieu que pour purger la terre des magiciens qüi l’infestaient. Mais Cham avait conservé ces terribles secrets et les enseigna à son ûls Misraïrn, qui , en démonographie, n’est autre chose que Zoroastre. Toutefois, si pour l’antiquité de la magie nos livres saints sont cités par les dé^
EFFETS ATTKIRUES A LA MAGIE. lil
tnonographes ÿ iis s’appuient avec plus de succès encore sur où un dieu donne
à un mortel une plante (la plantç Aïoli) qui doit le garantir des prestiges d’une magicienne.
§ II. — effets attribués à la magie.
Les extravagances attribuées à la magie sont trop nombreuses pour qu’on puisse en donner ici autre chose qu’un lé^er aperçu.
Il sufiira de dire que dans l’antiquité on a été jusqu’à accorder aux magiciens une puissance complète sur les corps célestes. Selon Agrippa, le foie du caméléon excite le tonnerre et la pluie, mais pour cela il faut que l’animal soit brûlé par les extrémités. La pierre héliotrope, que nos lapidaires auraient probablement beaucoup de peine à trouver, quoiqu’elle soit citée par Albert le Grand et Guillaume de Paris, la pierre héliotrope rend l’homme invisible. D’autres pierres«non moins merveilleuses domptent tout-à-coup les animaux les plus féroces, font apparaître des esprits plus ou moins puissans. C’est grâce à des vertus magiques d’un autre genre qu’une peau d’hyène, comme