‹ Tableau historique, analytique et critique des sciences occultes ... Par Ferdinand DenisChapitre 31 sur 56 · MAGIE BLANCHE · texte numérisé non relu

MAGIE BLANCHE

par magie blanche, la magie qui pouvait opérer ses prestiges , grâce à rintervention des bons*esprits ; c'était, en un mot, une espèce de kabbale plus positive , peut-être , .que l’autre dans ses résultats. La magie blanche, comme on l’entend de nos jours, est plus innocente encore ; elle tire ses prestiges d’une légère connaissance de la physique et de la chimie, et , sous ce rapport, elle n’est peut-être pas autre chose que la magie noire des anciens; ou bien encore, elle opère ses illusions , grâce à un habile escamotage. De même que la fantasmagorie, la 'ventriloquie xenXxe dans ses attributions, et cette^ branche de la magie blanche, que nous examinerons plus tard, a dû autrefois exercer une grande influence sur le culte des anciens.

§1.— Electricité, androïde, prestiges des * initiations.

Les diverses ressources offertes par l’électricité, le galvaûisme et l’optique, ont singulièrement multiplié les prodiges de la magie blanche. Ces jeux , fort innocens du .reste ,' peuvent devenir d’un haut intérêt si

ÉLECTRICITÉ, ARDROÏOE. 1 45 '

on apporte quelque esprit de critique à leur observation. ^C’est ainsi qu’on a vu dans le cabinet de Robertson une tôte parlante dont la structure donnait une explication fort satisfaisante, et de l’androïde de Roger Bacon , et de celle plus ancienne encore qu’avait construite Albert le Grand, et que brisa, dans son indignation religieuse, le vénérable saint Thomas d’Aquin. Bien d’autres merveilles de ce genre existaient dans le magnifique cabinet de M. Lebreton, dont on se rappelle avec intérêt l’optique et la fantasmagorie.

De notre temps , ne pouvant plus exercer une influence directe sur l’imagination, la magie blanche cherche à tromper la science, et elle se plaît à offrir l’apparence de certains phénomènes, dont la solution fantastique, si l’on peut se servir de cette expression, ne gît que dans un adroit prestige.

C’est ainsi que tous les cabinets de nos subtiles magiciens modernes présentent plusieurs mouvemens perpétuels produits par l’effet momentané de l’aimant, ou par l’influence qu’exerce la chaleur sur l’alcool.

Des ouvrages considérables et assez nom-

SCIENCES OCCULTES. ' lO

t46 , SIAGIR BLAKCHE.

breux ont de no» joors été publiés sur celte ■ matière, et l’ancienne magie eût trouTé jadis un puissant arsenal dans cette réunion d’expériences que la physique moderne regarde, à juste jaison, comme de curieuses bagatelles. De tous ces recueils , le plus ancien et le plus complet peut-être, est celui que le respectable M. Decremps publia il y * a déjà quelques années , et qui contient une solution ingénieuse de presque tous les prestiges de la magie blanche.

Quoiqu’on ait la certitude maintenant que les initiations mystérieuses des anciens paient pour but principal la conservation, de certains dogipes religieux , ou celle des principes les plus élevés d’une philosophie transcenianie , il est certain qu’on ne recevait *les dernières révélations qu’après avoir subi différentes épreuves offrant près* que toutes des prestiges renouvelés de nos jours par la physique , l’engastrimie, l’optique et la chimie.'Il parait, en outre, que l’architecture mystérieuse des lieux d’initia^qn était Calculée pour offrir divers prodfges qui. eussent été impossibles à opérer saus cela. Les ruines du temple d’Eleusis

by Googk

ÉLECTRICITÉ, ANDROÏDE. l47

ofTrent la preuve de ce que nous avançons.

Ainsi que l’a observé M. Eüsèbe Salverte, la Jantasmagoricy ce moyen fécond d’opérer d’effrayans prestiges, la fantasmagorie a été retrouvée de nos jours et n’a pas etc inventée.

On en a la preuve dans un auteur ancien, et le père Kirclier a fait comprendre, par une description détaillée, les moyens que devaient employer les anciens pour rendre plus puissantes les illusions de la fantasmagorie qui n’est-elle-même qu’une lanterne magique perfectionnée. A ces merveilleux ^ effets de l’optique et de la peinture adroite- *’ ment combinés, il faut joindre ceux de la cliambre obscure, et peut-être encore l’impression que devaient produire des tableaux analogues à ceux du diorama.

§ II. — De la 'Ventriloquie ou engaslrimysme.

La 'Ventriloquie ou V engastrimysme, qui se rattache à la magie ancienne et moderne, désignait chez les anciens la faculté qu’on croyait appartenir à quelques hommes privilégiés, de parler de l’estomac on du ventre. Il est reconnu maintenant que les gastrimytes , gas.triloques ou ventriloques,

i48 magie blanche.

n’emploient , pour produire leurs prestiges, que les organes qui servent chez tous les hommes à la formation de la parole. Le mécanisme des opérations del’engastrimysme est même fort' simple , comme le décrit trèsbien le docteur Fournier ; il ne consiste réellement qu’à savoir étouffer sa voix lors de sa sortie du larynx, et pendant une opération longue et soutenue; « la glotte, pres- * qu’entièrement fermée en cet instant, refoule l’air vers les poumons et n’en laisse sortir ensuite qu’une petite quantité, celle qui est précisément nécessaire à la formation de la voix articulée;» il est démontré, ajoute le même écrivain , que le ventriloque parle pendant l’acte d’expiration , comme parlent naturellement tous les hommes.

Il résulte de l’ensemble des observations faites sur l’engastrimysme, que tous les hommes peuvent, avec de la patience et du travail , produire les divers phénomènes qui nous étonnent chez les ventriloques.

Il est'bon d’ajouter cependant qu’une certaine flexibilité des organes de la parole sert quelqiies ndividus plus parliculière-

VENTRILOQUIE. x49

ment que d’autres, dans l’exécution des ’|)resliges de la ventriloquie. *

Hippocrate fait mention de l’engaslrimysme, et selon la doctrine de son siècle, il . pense que c’est la faculté de parler du ventre. Les ventriloques ont été' regardés par saint Chrysostôme comme des liommes.di- , vins : il les croit doués de l’art de prédire.

Leur voix mystérieuse est un don du ciel.

La même opinion est soutenue par Æcume- ' nius. Non - seulement l’engastrimysme ^a opéré des prodiges chez les anciens, mais ces prétendus prodiges ont exercé une Irèâgraude influence aux temps de la primitive Eglise. Les chrétiens voyaient dans les ventriloques des êtres favorisés de Dieu.

L’ahhé de La Chapelle est le j)reinier qui ait essayé de détruire l’absurde préjugé qui plaçait dans le ventre ou dans l’estomac les organes dont usaient les ventriloques pour parler. On n’y avait vu jusqu’alors qu’une opération diabolique tenant à la sorcellerie.

De nos jours, les jongleurs américains se servent delà ventriloquie lorsqu’ils semblent converser avec les Manitous j et Léry, voy a-

l5o ' MAJQIE BLANCHE. .

geur français da seizième siècle, décrit une scène de ventriloquie religieuse qui se passa durant son séjour parmi lesTupiiiambas.

Quand on se rappelle le degré de perfection auquel sont parvenus de nos 'joùrs quelques ventriloques dans l’exercice de , leur art , il est aisé de se représenter l’impression profonde que l’engastrimysme devait produire sur des initiés, dont l’imagi*

. nation était déjà frappée par divers spectacles. Quelques auteurs pensent que la Pythie était gastriloque , et ils se fondent en * cela sur l’autorité des anciens. On* compte parmi les plus célèbres ventriloques de notre temps, MM..Tiemet , Fitz-James et Comte.

Ce dernier a renouvelé naguère encore dans nos campagnes plusieurs des prodiges admirés par l’antiquité.

• § in. — Des escamoteurs.

De même que la magie blanche a été souvent confondue avec la sorcellerie, de môme les escamoteurs ont reçu le titre de sorciers et le conservent encore dans plusieurs viHages. L’esçamoteur opère ses prodiges , çrâce à une extrême dextérité dans

ESdAMOTBURS. l5l

les mouvemens de la main, et souvent à l’aide d’un compère. Les Hindous sont supérieurs aux Européens dans certains genres d’escamotage. C’est d’eux surtout que nous vient fart mis en pratique par quelques individus , de s’enfoncer divers instrumens aigus ou tranchans dans l’œsophage.

Les Hindous poussent bien loin leurs prestiges, si ce qu’on nous raconte du brahmane qui paraît assis en l’air, est avéré. Les jon gleurs indiens de l’Amérique septentrionale sont des escamoteurs fort habiles, et l’on s’en convaincra en lisant les voyages de ' Carver, ainsi que plusieurs autres relations. M. Decremps, dans sa Magie blanche dévoilée, s’est attaché principalement à expliquer les tours les plus difficiles opérés par les escamoteurs. Au nombre des individus qui ont illustré le genre, il faut citer le célèbre l’Esprit , et mieux encore l’babile Cornus qui a joui d’une réputation européenne.

Page 1