‹ Tableau historique, analytique et critique des sciences occultes ... Par Ferdinand DenisChapitre 33 sur 56 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

De la démonologie.

Une des attributions les plus importante»

de la magie et de la sorcellerie a toujours été celle d’évoquer les esprits des ténèbres, les démons, les génies, et enfin le diable tel qu’on l’entend vulgairement, pour les contraindre , au moyeu de certaines pratiques ou de certaines formules , à se soumettre à la volonté de celui qui les fait paraître. Les évocations des démons ont lieu chez les peuples les plus sauvages. Les Tupinambas du Brésil , les Murons de l’Amérique du nord, se croyaient en commerce immédiat avec des génies malfaisans , ou feignaient de l’étre.

11 en est de même des sauvages de l’Orénoque ; mais leurs formules ne nous ont pas été conservées. Nous voyons dans les poètes quelles étaient celles de l’antiquité. 11 parait qiie les anciens admettaient trois sortes do démons, les bons, les mauvais et les neutres, Hésiode a été même jusqu’à supputer l’âge

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auquel ils pouvaient atteindre, et plusieurs auteurs parlent de la manière dont pouvait s’opérer leur évocation. On peut dire cependant que ce que les démonographes entendent par pacte avec le diable, les revenans et les loups garous, date plus spécialement du moyen âge.

§ I. — Des démons.

Les docteurs chrétiens ont eu les idées les plus bizarres sur la nature des démons. Grégoire de Nice a dit qu’ils multipliaient entre eux comme les hommes, et il nous donne aussi à entendre quel doit être maintenant leur nombre. Cependant certains démonographes prétendent qu’il ne faut pas confondre le diable avec les démons, qui ne sont autre chose que des esprits familiers.

Selon eux , celui qui veut évoquer le diable doit lui sacrifier préalablement un chat, un chien, ou une poule noire, en se servant de certaines formules ; le diable alors apparaît et impose ses stigmates à celui qui l’a appelé. Ne lui donnât-on qu’une savatte ou qu’une paille, il faut lui offrir quelque chose, sans cela il tord immédiatement le cou à celui qui

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Ta fait venir. L*esprit malin peut varier à rinfini les formes sous lesquelles il apparaît.

Il arrive très-souvent qu’il trompe ceux avec lesquels il conclut un pacte, en 6tant un chiffre au nombre d’années désignées par les conventions.

Ce qu’il y a de plus étrange dans les diverses et nombreuses conjurations qu’on trouve citées par les démonograpbes , c'est que des paroles saintes sont toujours mêlées aux évocations diaboliques.

Pour opérer ces évocations il faut avoir soin de se placer dans un cercle magique.

Nous nous contenterons de citer ici la conjuration universelle pour tous les esprits;’ elle est extraite du Grimoire du pape Honorius, publié à Rome en 1670.^» Moi (on se nomme), je te conjure, esprit (on nomme l’esprit qu’on veut évoquer), au nom du grand Dieu vivant qui a fait le ciel et la terre et ' tout ce qui est contenu en iceux , et en vertu du saint nom de Jésus-Christ, son très-cher fils , qui a souffert pour nous mort et passion à l’arbre de la croix, et par le précieux amour du Saint-Esprit , trinité parfaite : que tu aies à'm’àpparâîtré sous une humaine et

uÉMoiîs. i6g

belle forme, sans me faire peur, ni bruit, ni frayeur quelconque. Je t’en conjure au nom du grand Dieu vivant, Adonay, Tetragammalon, Jehova,Tetragammaton, Jehova,Tetragammaton, Adonay, Jehova, Othéos {sic), Athanatos, Adonay, Jehova, Othéos, Athanatos,Ischyros,Athanatos, Adonay, Jehova, Othéos, Saday , Saday, Saday, Jehova, Othéos, Athanatos, Tetragammaton , à Luceat, Adonay, Ischyros, Athanatos, Athanalos.Ischyros, Athanatos, Saday, Saday, Saday, Adonay, Saday, Tetragammaton, Saday, Jehova, Adonay, Ely, Eloy, Agla,Ely, Agla, Agla,Agla, Adonay, Adonay, Adonay !

P^eni (on nomme l’esprit). Feni (on nomme* l’esprit). Veni {on nommeTesprit). ’

» Je te conjure derechef de m’apparaître comme dessus dit, en vertu des puissances et sacrés noms de Dieu que.je viens de réciter présentement, pour accomplir mes désirs et volontés, sans fourbe ni mensonge, sinon saint Michel, archange , invisible, te foudroiera dans' le plus profond des enfers; ^iens^donc pour faire ma volonté. » • .

Après ’cëtte conjuration universelle, il y eri a de particulières qu’oiT peut consulter;

X^o nEMOirOLOGIE.

mais qui sont beaucoup, moins innocentes dans leurs formules, quoiqu’elles le soient autant par leurs résultats.

§ïl. — Des spectres ^ fantômes , revenans y farfadets y vampires.

Tout le monde sait ce qu’on entend par les mots àt spectre^ fantôme f revenant^ esprits. Les peuples , les plus sauvages comme les plus civilisés, sont ou ont été dans l’opinion que l’âme après la mort conserve le pouvoir de revenir sur la terre en prenant la forme terrestre qu’elle avait eue autrefois. On n’ignore pas jusqu’à quel point a été porté ce genre de superstition, et les différentes histoires de fantômes rapportées comme authentiques formeraient un ouvrage considérable. 11 y a des formes d’exorcismes consacrées à l’expulsion des fantômes et des revenans.

Il ne faut pas confondre les farfadets avec ces derniers ; ce sont des espèces de démons familiers qu’on voit ou qu’on entend la nuit, et qui se montrent quelquefois sous la figure d’animaux , quoiqu’ils préfèrent rester invisibles. Si on veut avoir une juste idée de leur

SPECTRES, FAJÎTÔMES. l^l

fnalice, il faut lire la fameuse histoire des farfadets publiée parM. Berbiguier de Terre- Neuve du Thym. Cet intrépide démonographe passe maintenant sa vie à les emprisonner dans des bouteilles ou à les noyer dans un baquet.

Ijei'vampires, ces revenans d’origine slave^ sont bien autrement redoutables que les fantômes et les farfadets ; d’autant plus qu’ils exercent encore de nos jours une terrible influence morale dans la Servie, l’illyrie et la Hongrie, où on les redoute presqu’ autant qu’au seizième siècle. On entend par 'vampires, upiers ou oupeirs des hommes morts depuis long-temps , qui , revenant en corps et en âme, se nourrissent de sang humain, et aux attaques desquels on ne peut s’opposer qu’en leur tranchant la tête , ou en leur perçant le cœur avec un pieu avant de les brûler. On reconnaît dans la tombe les vampires à leur apparence de fraîcheur et à la fluidité du sang qui s'écoule des plaies qu’on leur fait.

§ III. —^Lycanthropie, gholes, lamies, follets, lutins, etc.

Les Ijrcanthropes, plus connus sous le nom.

1 7 a DÉMOirOLOGIE.

de loups garousj si redoutés encore dans nos campagnes, ont quelque affinité avec les vampires. Leur existence remonte à une bien haute antiquité, puisque Hérodoie et une foule d’autres auteurs en font mention , et ont parlé de certains peuples qui prenaient la forme de loups pendant plusieurs jours.

Les loups garous du moyen âge étaient des hommes transformés en loups avec l’aide du diable, et parcourant les campagnes en poussant d’horribles hurlemens. Il est probable que les lycanthropes ne négligeaient pas de se venger sous cette forme de ceux qu’ils haïssaient; on assure que l’empereur Sigismond fit examiner devant lui , par de doctes théologiens , ce qu’on devait penser des loups garous, et que non-seulement leur' existence fut unanimement reconnue, mais qu’on affirma qu’il y avait hérésie à croire le contraire.il y a quelques années, au rapport d’Eckewelder, les jongleurs de l’Amérique du Nord se déguisaient en ours, pour se rendre plus redoutables à ceux qui venaient les consulter : on pourrait peut-être expliquer ainsi l’origine de la lycanthropie.

LYCAKTUROPIB , GHOLES. 1^3

te qu’il y a de certain , c’est que la crainte des loups garous , et la croyance aux revenans, n’est pas encore effacée dans nos villages, et que les lycantbropes exercent leur terrible influence surtout dans les provinces reculées.

Les gholes, les lamies et les harpies sont des espèces de vampires qu’on voit figurer souvent dans les contes orientaux et dans ceux de l’antiquité; on pourrait à la rigueur ranger les sirènes dans la même catégorie.

Les feux follets qui s’élèvent au-dessus des marécages sont presqu’aussi redoutables que les vampires, quoiqu’en apparence moins hideux ; ce sont en démonograpbie des esprits mystérieux qui égarent le voyageur et le précipitent dans un abîme. On est averti de la catastrophe par un éclat de rire que pousse le follet. L’esprit malicieux se contente quelquefois de bien mouiller les gens (i).

Les lutins ont plus de malice que de méchanceté. On prétend que leur nom vient de ce qu’ils sont dans l’usage de lutter avec les hommes; il y a d’autres démons de la

(iJ Voyez pour l’explication des Fsu* follet$, la Météoxo- LOGIS de rEKCTCLOPiDIB POKTATITE.

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même espèce, connus sous le nom de lutteur ^ de gobtlins, etc. 11 faut sans doute range# dans la même catégorie les larves et lea lémures , quoiqu’ils soient plus redoutés. Ces malins génies , reste du paganisme, se plaisent à effrayer les hommes durant la nuit.

11 est bon d’ajouter que ces êtres mystérieux nous ont paru plutôt appartenir au do« maine de la sorcellerie, qu’à celui de la kabbale, quoiqu’ils aient cependant plus d’un rapport avec les esprits élémentaires. C’est ce, qui nous a engagé à en faire une classe à part. Nous ne terminerons pas ce chapitre sans rappeler qu’on a publié dernièrement en Angleterre un ouvrage qui doit être rempli de curieuses origines; c’est le Yakkun Nattanawaf où se trouve décrit le système de démonologie usité à Geylan , et probablement dans une partie de Tlnde.

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