‹ Tableau historique, analytique et critique des sciences occultes ... Par Ferdinand DenisChapitre 35 sur 56 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Gnosticisme , sociétés secrètes , illuminisme , magnétisme animal, état d* extase,

' § I* — ^cs sociétés secrètes,

Gnostiques. — On entend par gnostiques certains hérétiques reconnaissant Texistence d'une foule de génies incessamment actifs , et produisant tout dans la nature. Ils réréraient, sous la forme, d’un. serpent , l’esprit tentateur qui avait engagé l’homme , à se nourrir du fruit de l’arbre de la science du bien et du mal ; il semble que. leur doctrine ait contenu les dogmes d’une haute kabbale orientale , et les principes en ont paru assez intéressans dans ces derniers temps , pour que l’Académie des inscriptions ait mis son examen au concours. Ce qu’il y a de certain, c’est que les gnostiques ne sont pas les seuls qui , dans le temps de la primitive église, ont mélé,aux principes du christianisme, les idées d’un culte caché venant de l’Orient , et qui s’est conservé dans les sociétés secrètes et religieuses du moyen âge. Si l’on consulte le savant ouvrage de M. Matter, il paraît pro-

SOCIÉTÉS SECRÈTES. l8l

bable que la haute kabbale de l’Orient donna naissance aux gnostiques, ou plutôt qu’elle eut une extrême influence' sur. eux. 11 est certain que les grandes écoles auxquelles »

se rattachaient toutes les sectes gnostiques , étaient celles de la Syrie , de l’Égypte et de • l’Asie mineure. Les Manichéens ne formèrent qu’une branche secondaire du gnosticisme. Selon Tenneman, les principaux sectateurs de cette philosophie furent Simon le Magicien, Menandre le Samaritain , et le Juif Corinthus, tous appartenant au premier siècle. • . .

Templiers. Tout le monde sait que lorsque l’ordre des Templiers fut aboli , la plupart des cheTaliers qui en faisaient partie furent accusés de se livrer à des opérations magiques, au culte secret d’une tête mystérieuse qu’on ne faisait apparaître que devant les initiés. Bien qu’une foule d’absurdités plus révoltantes les unes que les autres aient été mêlées à ces accusations , et qu’on ait obtenu des Templiers d’horribles aveux qu’arrachait à ces infortunés la violence des supplices, il est probable qu’ils se livraient à un culte secret, dont ils avaient

f 8a GNOSTICISME, SOCIETES SECRÈTES.

sucé les principes durant les guerres de 1*0rient , et qui se rattachait plus ou moins à la gnose et à la kabbale, qu*on yit exercer encore leur influence chez les malheureux Albigeois. ( V. Biographie^ art. Molay.)

Franc-maçonnerie. — Durant le moyen âge, on a voulu retrouver dans plusieurs sociétés secrètes le culte mystérieux, les formes merveilleuses et emblématiques empruntées aux religions antiques de l’Égypte et de l’Inde : on les retrouve, dit-on , dans les hauts grades de la maçonnerie écossaise, et les rosecroix en sont les principaux gardiens. Ce qu’il y a de certain , c’est que des institutions destinées probablement dans l’origine à conserver, ou les principes de sciences inconnues au vulgaire , ou les dogmes d’une antique sagesse , n’ont plus rien à voiler dans le sanctuaire. La science a tout découvert; il ne reste plus à la plupart des sociétés secrètes que de vieilles formules, inutiles jouets d’esprits exaltés.

L’origine de la franc-maçonnerie est tout orientale si l’on veut s’en tenir aux espèces de dogmes qui lui servent de base; et, à la considérer ainsi , elle doit avoir une haute

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antiquité. Si on l’examine dans ses formes modernes, elle vient d’Angleterre. Le seul grand-maître qu’elle eut autrefois résidait dans ce pays. Depuis long-temps la francmaconnerie a mis de côté l’étude des mystères kabbalistiques, et l’on n’en trouve plus de traces que dans les allégories adoptées par cette société secrète.

Les assemblées des maçons reçoivent communément la dénomination de loges. Une loge se compose de sept membres au moins, qui prennent le nom de frères J le président est désigné sous le nom de vénérable ; il. y a sous lui deux survelllans. On compte trois principaux grades dans la maçonnerie :

apprenti , compagnon , maître. Le fils d’un initié (le loujton et non louveteau ^ comme on dit vulgairement) peut être reçu à quatorze ans ; on ne reçoit qu’à vingt et un ans le fils d’un profane. Celui qui veut être franc-maçon est tenu de se soumettre à certaines épreuves , qui pouvaient être redoutables autrefois , mais qui ne le sont guère de nos jours.

Les hauts principes de la franc-maçon- 'nerie rappellent à l’homme ce qu’il doit à Dieu, et l’engagent à prêter un secours con-

l64 Gif OSTICISMB , SOCIÉTÉS SECRETES, tinuel à son semblable. Sur un champ de bataille, un frère doit épargner le sang de son frère; le voyageur doit écouter le cri de détresse de celui qui est en danger. Les cérémonies secrètes qui , par leurs signes , rappellent Torigine de la maçonnerie, ont cessé d’avoir l’importance qu’on y attachait peutêtre dans le moyen âge. Elles figurent dans leurs formes emblématiques la mort d’Hiram ou Adoniram, architecte du temple que faisait bâtir Salomon , et que trois compagnons assassinèrent , la recherche du corps de la victime, et les funérailles pompeuses qu’on lui fit. Les frères se reconnaissent au moyen de certains signes qui varient selon le grade dont on est revêtu.

Les rose-croix occupent une place très-élevée dans la franc-maçonnerie. Ce sont eux surtout qui ont conservé les idées mystiques de l’antique kabbale. Le savant Naudé aécrit dans le sièclederiiier un ouvrage contre leur doctrine. Le grade de gadoche a, dit-on , plus d’importance encore que celui de rose-croix.

Chevaliers 'de la liberté ^mopses , — Parmi les sociétés secrètes, il faut admettre encore celle des chevaliers de la liberté f qui fait re-

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CUEVAI.IBBS DE LA. LIBERTE. l85 monter son origine à Moïse. Elle a , dit-on , qtielq[Ues rapports avec la franc-maçonnerie. L'ordre allemand des mopses est beaucoup plus moderne. Il s’éleva en 1736 sur les ruines de la maçonnerie , excommuniée par Clément XII.

Du reste, M. le baron d’Ekestein a prouvé dans un discours fort remarquable sur la poésie épique du moyen âge , que la francmaçonnerie moderne, qui essaie de se rattacher aux plus hautes traditions anglaises, en a perdu la trace véritable, et qu’il est bien difficile maintenant de retrouver sa parenté avec l’ancienne maconnie, avec les institutions du temple, ou même avec les fameuses confréries d’architectes et d’ouvriers, qui se formaient jadis pour édifier ces églises, chefsd’œuvre de l’architecture improprement appelée gothique. Les associations des co//ipagnons du devoir^ formées d’ouvriers de divers métiers, se prêtant mutuellement secours et assistance, et déposant entre les mains d’une mère un fonds commun, sont peut-être des restes de ces confréries qui purent aussi contribuer à la formation des confréries d’arts et métiers.

ï86 GKOSTIGISME, SOCIETES SECRÈTES.

§ IL — Jîlnminisme J doctrine de Swedemborg,

'Uilîuminisme semble être la forme la plus moderne sous laquelle nous sont parvenues de sublimes et poétiques rêveries , qui , prenant leur origine dans les mystères des anciennes religions , se sont mêlées aux dogmes de la religion révélée.

Quoique les doctrines de rilluminisme varient nécessairement dans leurs détails, elles sont à peu près les mêmes quant au fond, et il nous semble que l’esprit le plus austère ne peut nier la pureté de la morale qu’elles enseignent. Jacob Bœhm, pauvre cordonnier allemand, qui vivait au dix-septième siècle, fut un des plus ardens propagateurs de l’illuminisme ; mais c’est surtout à Swedemborg qu’il doit son développement. Telle a été l’influence de ce théosophe que l’on comptait à Londres , en 1788, . plus de six mille personnes partageant ouvertement ses opinions religieuses.

En lisant les divers écrits de Swedemborg, on voit qu’il se défend surtout d’avoir été la dupe dé son imagination; il affirme que

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