‹ Tableau historique, analytique et critique des sciences occultes ... Par Ferdinand DenisChapitre 42 sur 56 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Philosophie hermétique.

Comme toutes les branches des sciences occultes, la philosophie hermétique , s’il faut en croire les adeptes, remonte aux temps les * plus anciens; mais nos savans et, entre autres, M, Cuvier, la regardent comme une rêverie du moyen âge, inconnue à l’anti- ' quité. Selon lui, les prétendus livres d’Hermès sont évidemment supposés, et ils ont été écrits par des Grecs du Bas-Empire.

§ I. — Alchimie, grand œuvre.

La philosophie hermétique est le nom collectif sous lequel on comprend \ alchimie, la pierre philosophale, la panacée universelle,

\e grand-œuvre, c'e?>t- '2i-à\Ye l’art de changer les métaux en or, ou de trouver cette eau merveilleuse qui doit donner une santé, une jeunesse éternelle. Et, toutefois, plusieurs

aïo PHfLOSOPUIE HERMÉTIQOE.

adeptes entendent par ce mot encore quefque chose de plus élevé, puisqu’ils ont été jusqu’à penser qu’on pouvait, au moyen du grand-œuvre, tirer du néant une créature en tout semblable à l’homme. Il est dit, « le grand-œuvre des sages tient le premier rang entre toutes choses. La nature sans l’art ne le peut achever, et l’art sans la nature ne l’ose entreprendre; c’est un chefd’œuvre qui borne la puissance des deux. * Malgré cette étrange définition, que noiM copions dans l’ouvrage d’un adepte, l’alchimie, comme on l’entend généralement, se borne à donner les moyens de changer tous les métaux en or, et à tirer des mêmes élémens une poudre ou une liqueur qui prolonge la vie et la santé au-delà des bornes qu’on leur assigne généralement. Au dire des alchimistes , ce merveilleux secret a été déjà trouvé plusieurs fois. Raymond Imlle, Paracelse, Nicolas Flamel, et tant d’autres, l’ont possédé, et, selon ce dernier auteur, la conduite du grand-œuvre offre si peu de difficultés,

^ .Qu’une femme filant fujée ,

• *■ >‘JPi’en sérail du tout détournée.

PIEERK PHILOSOPHàLP. 211

Malgré cette admirable simplicité des secrets du grand-œuvre, les gens qu’on est convenu d’appeller souffleurs ^ se ruinent en peu de temps.

S’il faut en croire Van Helmont, il aurait vu et même touché plusieurs fois la pierre philosophale. Elle avait la couleur du safran en poudre, et elle était brillante comme du verre pulvérisé. On lui en donna le quart d’un grain , et ce quart d’un grain , jeté dans huit onces de mercure, les changea en argefnt très-pur. Outre la transmutation des métaux, les alchimistes ont la prétention de donner aux pierres précieuses un degré de perfection qu’elles n’ont pas naturellement.

§11. — Pierre philosophale y panacée universelle.

Le grand arcane , le restaurant de pierres précieuses , l’or potable commun , la teinture ou pierre des philosophes.^ V essence des cèdres du Liban ont la plus grande analogie avec Vélixir universel y Veau du soleil y ou. la poudre de projection y qui ne sont que des modifications de la pierre philosophale , et qui doivent donner la richesse et l’imiport alité à ceux

ara philosophie hermétique.

qui lf!s possèdent, ou du moins une très* longue vie exempte d’inGrmités. Les livres qui traitent de l’alchimie sont remplis de recettes infaillibles pour opérer le grandœuvre, et il nous eût été facile d’accumuler ici les formules indiquées par la philosophie hermétique; nous nous contenterons de citer celle-ci comme une des moins longues.

« Mettez dans une fiole de verre fort au feu de sable, de Véllxir d’Arlstée avec du baume de mercure, et une pareille pesanteur du plus pur or de vie ou précipité d’or, et la calcination qui restera au fond de la fiole se multipliera cent mille fois. » Il est vrai qu’il n’est pas aisé de se procurer de l’élixir d’Aristée et du baume de mercure ; mais il y a tant de méthodes pour arriver aux mêmes résultats , qu’on serait bien coupable de se laisser décourager, d’autant mieux qu’au besoin les esprits kabbalistiques peuvent être invoqués avec succès. D’autres auteurs pensent avec effroi qu’on ne doit parvenir à la découverte du grand-œuvre qu’au moyen de la magie noire et du démon Barbu , démon que l’on regarde comme le plus grand professeur d’alchimie que possède l’enfer.

PIERHE PHILOSOPHALE. ai3

11 y a eu des alchimistes de très-bonne foi qui se sont ruinés en cherchant la pierre |)hiiosophale; mais on compterait peut-être un plus grand nombre d*imposteurs qui ont fait leur fortune en exploitant les différentes branches de la philosophie hermétique , et surtout l’art de la transmutation des métaux, tantôt en se servant d’un creuset préparé , où l’or était déguisé de manière à ce qu’on ne pût le reconnaître, tantôt en glissant dans du plomb ou du cuivre en état de fusion, des parcelles de ce métal, contenues, dans un bâton creux dont ils se servaient pour mêler leur préparation. Dans le seizième siècle , le nombre des alchimistes, trompeurs ou trompés , s’accrut tellement qu’on en fît une classe à part. Les adeptes .

comptent au nombre des initiés Noé, ^

Moïse, Cléopâtre, Caligula, etc. On appelle adepte y un homme qui s’est long-temps occupé des secrets de la philosophie hermétique. Rien de plus inintelligible en général que le langage employé par les alchimistes.

On en jugera en apprenant que le serpent crucifié est le soufre de l’or exalté en vertu ,

'et que les d^ux bêtes de Nicolas Fiamel,

ai4 PHILOSOPHIE HERMETIQUE.

dont Vune a deux ailes, et l’autre est sans ailes, sont le fixe et le volatil.

§ III. — Ecriture employée par les alchimistes.

Nos recherches sur l’histoire critique de la philosophie hermétique nous ont conduit à une découverte assez curieuse, qu’il est bon de consigner ici; e*est que cette science imaginaire avait au treizième siècle une écriture probablement symbolique qui . lui était propre, qui fut employée par le cé- •lèbre roi de Castille Alphonse X, et dont un ouvrage espagnol, presque inconnu, nous a conservé des fragmens fort curieux.

Au premier abord , cette écriture kabbalistique semble avoir quelque analogie avec l’écriture astrologique dont Cardan offre des specimens; mais en l’observant attentivement on y trouve des rapports plus directs avec les alphabets grecs et arabes. Il serait peut-être curieux , pour l’étude de la philosophie et de la science, de rechercher les manuscrits du roi Alphonse, qui existent encore dans les archives d’Espagne , .et d’essayer de déchiffrer ce qu’il a écrit

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ECRITURE DES AEGHiMfSTESw 3lS

hlnsi sur la philosophie hermétique , dont les prétendus principes ont eu une influence si connue durant tout le moyen âge. Alphonse était l’heureux dépositaire de toute la science orientale de ce temps, et le monde savant lui a des obligations positives; ses rêveries mêmes ne sont pas à dédaigner, parce qu’elles doivent être mêlées à des faits utiles. On voit dans l’histoire littéraire de Bouterweck, qu’Alphonse se vantait de posséder le secret de la transmutation des métaux. Il tenait sa science, disait-il, d’un égyptien qu'il avait fait venir d’Alexandrie (î).

Peut-être l’auteur des tables alphonsines cachait -il sous ces paroles un sens politique. Cependant on les trouve dans un poème qui roule complètement sur l’alchimie.

Van Helmont doit être considéré comme le dernier homme remarquable qui s’oc-

(1} La piedra que llaman philosophal Sabia fater e nie la ensenô;

Fitimos la junlos, despues solo >0;

Con que mucbas veces creciù mi caudal.

La pierre qu’ils appellent philosophale , je sarais la faire , il ihe l'avait enseigné; nous la limes ensemble, ensuite je la Hs seul, et cc (ut oinsi que souvent i’augmentai mes finances.

2i6 philosophie hermétique.

cupa de la reclierche du grand-œuvre, et il fit faire plus d’un pas à la science réelle.

Toutefois c’est à Bekker qu’on doit d’avoir su débarrasser d’une main habile la chimie de l’alchimie. Grâce à son génie et peut-être aux railleries de quelques philosophes, dont les sarcasmes devaient avoir tôt ou tard leur résultat, il commença cette prodigieuse révolution. C’est ainsi que tout s’enchaîne, et que l'intelligence qui abat, permet au génie d’édifier.

§ IV. — Quadrature du cercle.

Ce serait peut-être ici roccasion de dire quelques mots de la quadrature du cercle, la pierre philosophale des mathématiques , puisque cette chimère de la science n’est pas complètement abandonnée au dix-neuvième siècle, et qu’on a récemment encore annoncé à l’Académie que les principes en étaient découverts. Nous nous contenterons de rappeler que, durant le siècle passé, plusieurs hommes de talent et de persévérance ont perdu un temps précieux à la recherche du mouvement perpétuel et de celte

QUADUATURE DU CERCLE. 11 7

merveilleuse quadrature y toujours trouvée et toujours à découvrir. Il y a plusieurs années, un homme, dit-on, fort habile, annonça dans un mémoire la résolution du grand problème. Nous laisserons parler le mathématicien rêveur, comme nous avons laissé parler le philosophe hermétique.

« On donne avis , écrivait-il, que le véritable théorème de la quadrature du cercle est trouvé, et que la démonstration en est aussi facile qu’éVidente, et fondée sur les mêmes principes que la géométrie ordinaire.

Par ce moyen on démontre : i“ que le cercle inscrit est rationnel à son carré circonscrit, et comme un nombre est à un nombre;

2 ® que le semi-diamètre du cercle est rationnel à sa circonférence, et comme un nombre esta un nombre; 3® que le semi-diamètre du cercle est rationnel au semi-diamètre du carré égal audit cercle, et comme un nom.

bre est à un nombre. » 11 est bon d’ajouter que l’auteur avait travaillé vingt-cinq ans sur cette matière.

Nous n’avons pas besoin de dire que les vrais savans en mathématiques reconnaissent que cette recherche est aussi inutile

2i8 philosophie hersiétique.

que vaine ; car l’approximation donnée par le rapport suivant entre le diamètre et la circonférence, 3,i4 tSgaôSSô, et que l’on a poussée beaucoup plus loin encore, passe tous les besoins, et les chiffres qui représentent ce rapport n’offrant aucune série mathématique dont on puisse calculer la limite, ni aucune loi de relation, on est conduit à penser qu’aucun nombre rond ne peut représenter ce rapport.

Après avoir envisagé les différentes branches des sciences occultes à leur origine et dans leur développement, après avoir essayé de faire comprendre que dans leur marche progressive elles n’ont été inutiles ni à la science, ni à la philosophie, il nous reste à envisager les phénomènes de la nature dont la tradition poétique a fait de^ prodiges ou des miracles.

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