‹ Tableau historique, analytique et critique des sciences occultes ... Par Ferdinand DenisChapitre 44 sur 56 · ÉCLIPSES ,, COMÈTES · texte numérisé non relu

ÉCLIPSES ,, COMÈTES

L’astronomie, étudiée par tout le monde, explique parfaitement certaines prédictions qui ont eu lieu autrefois, et qui étaient infaillibles, puisqu’elles reposaient sur les principes d’une science connue de quelques-uns, méconntie du vulgaire. L’immortel Colomb ne dut-il pas son salut, parmi les sauvages, à la prédiction d’une éclipse?

Pour citer â la hâte quelques autres faits moins connus, on s’imaginera aisément qu’il ne faut pas de grandes connaissances en astronomie ou en chimie pour en imposer à des peuples dans l’enfance, puisque Buenno, quand il découvrit la capitainerie de Goyaz, au Brésil, obtint tout des tribus qui l’environnaient , en faisant brûler un peu d’eaude-vie dans un vase, et en leur persuadant qu’il pouvait incendier leurs fleuves et leurs lacs, comme il enflammait cette liqueur. Le même fait s’est passé , dit-on , à Saint-Domingue : il est probable que ces peuples , dans l’enfance , accordaient aux Européens le pouvoir de guider les feux errans de l’air, et celui de commander à ces météores, qui sont un objet de superstition ou d’effroi chez presque tous les peuples. On cessera de

aaî PHEWOMèKES DE LA WATURE.

s’étonner des craintes qu’ils témoignaient ^ en se rappelant l’effet que produisent encore chez nos paysans les feux follets, et avec quel effroi les anciens navigateurs voyaient le feu Saint-Elme voltiger au-dessus d’eux (i).

Aurores boréales. — Puisque noos parlons de ces feux légers de l’air, auxquels on a attribué une origine merveilleuse ou une influence nuisible, nous dirons quelques mots d’un brillant phénomène qui se renouvelle fréquemment dans le Nord, et qui a dû nécessairement exercer une grande influence sur l’imagination de ses grossiers habitans.

Dans les jets de flamme de V aurore boréale, dans le bruit lointain qui les accompagne quelquefois, les Lapons croient reconnaître les jeux mystérieux des âmes. Probablement, grâce à l’observation d’un phénomène physique bien connu, les Américains du nordouest nomment l’aurore boréale /ec?atm,comme si les nombreuses étincelles qu’elle projette à l’horizon n’étaient autre chose que ces étincelles électriques qui s’échappent de la fourrure des bêtes fauves quand on les frotte

(«) Veypt la Miléorologie de TEKCTCLOpiDiE roaT*TiTB.

AÜEORES BORÉALES. 923

rapidement. Les Sibériens voient, an milieu des feux de l’aurore boréale, une foule d’esprits qui combattent dans les airs. En i 465 , il y eut une aurore boréale à Paris, qui jeta tout le monde dans une consternation profonde ; et l’on se rappelle encore à Bordeaux celle qui, en 1820, fit croire à l’incendie de celte ville.

Les aurores boréales, contre lesquelles Charlemagne rendait un édit, parce que son siècle y voyait d’horribles assemblées de démons se préparante incendier la terre, les aurores boréales, plus souvent désignées maintenant sous le nom d’aurores polaires, > ont été pour Mairan et pour Monge l’objet d’une observation particulière. Ce dernier y voit « une suite de réflexions successives de la lumière du soleil par des nuages qui la font passer de l’hémisphère où se trouve le soleil, à celui qu’il a cessé d’éclairer immédiatement. » Mairan a calculé que l’aurore boréale existe à cent, deux cents et même trois cents lieues de la terre. L’explication donnée par ces deux physiciens n’est plus admise aujourd’hui, et l’on pense généralement que ce phénomène est intime-

aa4 PUKNOMÈMES DK LA MATURE.

ment lié avec le magnétisme terrestre (i).

Pluies de pierres et de soufre, — La chute des aérolilhes nous prouve ce qu’on doit croire des pluies de pierre (i). On sait que les pluies de soufre y remarquées dans l’antiquité ou dans le moyen âge, sont produites par le pollen des fleurs de certains arbres , notamment des pins et des sapins, qu’emporte au loin le vent. II faudrait rapporter tant de phénomènes à ceux-ci, que quelques citatious sufflseut pour expliquer tous les autres.

Mirage, Fata morgana. — Parmi les phénomènes de la nature, le mirage et ses merveilles fantastiques ont de tout temps frappé l’inxagination des hommes. Ces lacs trompeurs qui se forment tout-à-coup au milieu du désert, qui fuient devant le voyageur altéré pour reparaître de nouveau, ont été célébrés de la manière la plus poétique par les Arabes et par les Persans (2). Dans quelques pays on a regardé le mirage comme un jeu brillant de la féerie, comme une nouvelle des esprits élémentaires. C’est surtout

(•) Voyez la ifêUorologie de rENCTCLOPÛoiB poutatitk.

(a) Vny. noc Scètiet de la nature tout let tropiquet.

BIIBAGE, FATA MOBGAKA. Sa5

sur les rivages de la Calabre qu’ils sont devenus célèbres, et tout le monde connaît ces palais fantastiques de la fata. morgana , inconstans dans leurs formes comme les nuages, brillons quelquefois comme des météores, et toujours produits, selon le peuple, par les capricieuses volontés d’une fée qui se joue des hommes.

Quelque prodigieux , du reste , que soient les effets du mirage, on connaît maintenant les causes de cette réflexion accidentelle des objets terrestres dans les couches inférieures de l’air (i).

Fin du monde. — La Jin du monde est, en démonographie, une catastrophe inévitable, dont on lit la prédiction certaine dans l’Apocalypse et dans plusieurs livres de l’antiquité. En général , les astrologues du moyen âge prédisent au monde une durée de 10,000 ans, et en cela ils sont à peu près d’accord avec Hérodote. On composerait plusieurs ])ages de chiffres s’il fallait rapporter les . diverses opinions des thaumaturges à ce sujet. Il suffira de dire que la manie de pré-

( 1 ) Voyez ia Météorologie et la Phytiifu» de rEsctCLoeioiK

^OHlàTIVK. ,

SCIENCES OCCULTES. l5 *

2a6 FUÉiroMEsrEs de la «atuhe.

dire la fin du monde s’est singulièrement renouvelée dans le, dix -neuvième siècle; l’abbé l’annonça il y a vingt-cinq ans;

le con^tfe de Sallraard-Montfort a pris la peine de faire imprimer en i8i6 un petit ouvr^ige sur les religions, où il prouvait que le monde n’avait plus à espérer que dix ans d’existence; au^dire de madame deKrudner, nous aurions déjà dû être témoins de la terrible catastrophe, puisqu’elle devait arriver en 1819; M. de Libenstein nous donnait un peu plus de répit : iSaS était le terme fatal. Si l’on veut prendre un terme moyen, et s’il faut adopter l’opinion de plusieurs Pères de l’Eglise, tels que saint Augustin , saint Cyprien, saint Jérôme, le monde doit finir après une durée complète de 6,000 'arts. * ’

^S^ets naturels expliqués par la tradition po^iquê*. A toutes les merveilles fort naj^ujrelleret dont les causes sont bien connues, pqptyqj^réÉiencore plusieurs faits qui expliquât ^éfrient d’autres fables ou d’autres ib^^ôn s. C’est ainsi que M. Eusèbe Salverte ci^un écueil voisin de l’île de Corfou, qui offre l’apparence d’un vaisseau à la

Digiti?-*^ ('iMîgk

OBJETS KATÜRELS. 337

^oîle, et dont les anciens Grecs avaient fait ie 'Vaisseau phéacien qui ramena Ulysse, et que eptune, dans sa colère, avait changé en rocher. Pausanias nous apprend ce qu’on devait croire de cette prétendue Niobé, que • 1 œil distingue sur le flanc du mont Sypilé qui n est qu’un rocher informe vu de près’ ei quj, grâce à l’influence de l’imagination prévenue, prend de loin l’apparence qui a donne heu à cette fable poétique. Volney • a rencontré dans les sables de la Syrie un phénomène analogue, quoique produit par ( es effets differens ; dans une vallée profondément imprégnée de sel, il a contemplé avec surprise l’ébauche grossière d’une statue de femme taillée par la nature dans up bloc de pierre, et dont on a fait plus tard la/emme de Loth , victime de sa curiosité Nous ajouterons qu’il y a peu de temps encore, un zèle exagéré pour la science avait comme on le sait, transformé en homme fos»

siU un bloc de grès de la forêt de Fontainebleau ; et qu’il y a quelques siècles un autre genre de crédulité en eût fait probablement la représentation matérielle de quelque merveilleuse tradition.

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