FHEIVO.MENES UE EA NATURE
Les Indiens de l’Orénoque montrent, sur un roclier, un disque éclatant qu’on suppose être un nœud de quartz, et ils lui donnent le nom de soleil camosi.^1. de Huniholdt dit avec raison qu’on trouvera à ce mot beaucoup de ressemblance avec Cainosh, nom du soleil dans un des dialectes phéniciens : ici la merveille est dans l’étymologie, et elle rappelle naturellement ces mystérieux monumens de Palenqué, décrits naguère par M. Warden , et qu’on ne sait à •quelle nation attribuer. Rapprochant deux croyances analogues , je dirai qu’on montre •encore sur le mont Ararath la place où s’arrêta V arche de Noé.
. Il faut rahger dans la même catégorie, et les traces que Satan a laissées sur un bloc ■de granit voisin de Genève, et celles qu’on TOUS montre près d’Agrigente, en affirmant qu’elles sont dues au passage des 'vaches conduites par Hercule. L’empreinte de la tête de Mahomet sur un rocher près de Médine; celle du dos et des bras de Moïse, qu’on voit dans unecaverneoù celégislateiir s'etait retiré, ont probablement une même origine, l’inexplicable bizarrerie de la nature. Il n’y
OBJETS KATUBELS. S 39
'•a guère de pays qui n’ait à montrer ces vestiges miraculeux; à Ceylan, c’est le pied d'Adam qu’on vous fait voir, mais là les hommes ont peut-être aidé à la nature; au Soudan, on vous montre de bonne foi la trace gigantesque du chameau de Mahomet ; et ne rions pas trop de ces rêveries, car nous en avons qui sont absolument du même genre, que l’Europe du moyen âge a révérées, que l’ignorance se plaît à révérer encore.
Car, comme le rapporte M. Eusèbe Salverte, l’habitant du département de la Charente reconnaît même aujourd’hui l’empreinte du pied droit de sainte Magdelaine.
Végétaux jabuleux ou revêtus d' un caractère merveilleux. — Les vjeux voyageurs étaient fondés à dire qu’on trouvait sur les bords du lac Asphaltite des fruits trompeurs qui n’étaient que cendre et poussière, et dont l’apparence merveilleuse attestait la colère céleste frappant de stérilité ces rivages désolés. Ce n’est qu’un peu plus tard que la véritable merveille a été expliquée. Les pommes du lac Asphaltite ne sont peut être pas, comme le suppose Hasselquist , le fruit du eolanum melongena^ mais bien une ex-
a3o FuinoAiKicES de la xaturb.
croissance formée par la piqûre d’un insecte sur le pistacia terebintliuSy et qui est en effet remplie de poussière. L’expérience nousapprend donc qu’il fallait plutôt chercher à expliquer convenablement les récits traditionnels et merveilleux des vieux voyageurs, que de les dédaigner. Il serait trop long de rappeler ici les arbres auxquels la tradition donne un caractère merveilleux; nous nous contenterons de citer ce garoë , si célèbre à nie Ténériffe : c’était, disait -on, une source végétale donnant sans cesse une eau limpide aux hommes et aux troupeaux. Le lotnsy les arbres du jardih des tiespérides rentrent plutôt dans le domaine de la mythologie que dans celui ^es sciences occultes.
Nous dirons, en passant, que la vertu secrète accordée au coudrier par les anciens hydroscopes tombe devant les expériences de M. le comte de Tristan. (Voy. Rhabdomande.)
Les adeptes du magnétisme pensent que le fluide qu’ils mettent en mouvement peut agir sur les végétaux et leur donner la faculté d’endormir. On connaît dans la féerie quelques arbres aimés des sylphes et des
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/ POLXPES, KHAUEir, ROCK« a3c .
fées.Le fameux arbre sous lequel l’infortunée Jeanne d’Arc recevait de si nobles inspirations, était désigné sous le nom arbre des fées; c’était un hêtre m’agnifîque,que la hache aurait du respecter et qu’on voyait encore il y a un siècle (i).
Polypes y Kraken , Rock. — Pour jeter un coup-d’œil sur un môme ordre de prodiges , nous dirons que la fablode Scylla peut s’expliquer assez facilement par la présenced’uu polype auxhras gigantesques, tel enfin que ceux dont Thlstoire naturelle moderne reconnaît l’existence. L’immense Krakcn^ cette ile vivante du Nord, n’a prohablement pas d’autre origine ; de môme que le Condor a fourni à Marco-Paulo, ou plutôt aux peuples orientaux , ce Rock célèbre dans les anciennes relations, et surtout dans les contes merveilleux que nous ont légués les Arabes.
Dragons et serpens volans. — Quant aux serpens Dolans et aux dragons dont tous les pays ont été tour à tour infestés , leur origine se démontre facilement , ou par l’exagération de la terreur qu’inspire un animal nuisible, ou par des souvenirs emblématiques (j) Voy. JoLLois, Hi$t. d* Jeanne d^Jrc.
s33 PMëKOMÈMES de la KAfUEE.
que rhistoire peut abément expliqùer. Le ciocteurRoulin nous a dernièreiDeiit prouvé, dans un de ses ingénieux mémoires, comment le griffon mexicain n*était autre chose qu’un tapir américain, auquel on avait ajouté des ailes; et ce qu’il a fait pour le Nouveau- Monde, il serait possible de le faire pour l’ancien.
On pourrait varier à l’infini les citations de ce genre,Il y a peu d’années M. de Humboldt a fait les expériences les .plus curieuseS 1 elativemenl au rémora^ qu’on prétendait avoir la faculté d’arrêter «les navires au milieu de l’océan , et il en est résulté des faits ‘ •0 '
assez positifs pour prouver que la fable n’é» tait pas dénuée de tout fondement.
L’anatomie comparée nous a fait voir, elle-n;)ême , ce qu’on devait penser de ces 05 de géans trouvés dans le sein de la terre , et qui appartiennent à d’énormes animaux d’un monde anté-diluvien.
Récits des sauvages adoptés par les 'voyageurs. -r-Le preûiier d’entre nos voyageurs , M. de Uum^oldt , dit que l’homme des forêts jouit singulièrement de la surprise qu’il excite chez les hommes civilisés par
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RRCIÎS OP.S SAUVAGES. * aSS
les récits merveilleux qu’il invente ou qu’il tient de la tradition. La fable à' Eldorado, répandue dans toute l’Amérique méridionale , tire probablement sa première origine des 'récits exagérés des sauvages, qui ont pr is souvent des rochers éiincelans de mica pour dés lieux abondans en or, et qui, au dix-huitième siècle, comme on le voit dans Depons, ont offert de conduire les Européens dans ces lieux merveilleux. Le roi couvert de poudre d or n’était autre chose qu’un chef sauvage bizarrement saupoudré de talc brillant. Les hommes acéphales de Raieigh sont bien certainement des Caraïbes, au front aplati. Les sauvages qui demeurent, aux bouches de l’Oréuoque, dans des cabanes aériennes construites comme une aire d’aigle au sommet des arbres, ces hommes, si étrangement logés dont on a révoqué- en doute ..
l’existence, ont été visités naguère par M. Leblond (i). Ce sont les Guaraons, qui vivent en effet au milieu des îles de l’Orénoque,sur des arbres, mais dont les habitations com-.
modes sont construites avec élégance sur
(i) Voy. mon ouTiage intitulé ; la Gujranc, a vol. io-lSarec gr.iTures. '
a 34 PHÉxroMÊirKs dk la NAxintE.
les arceaux arrondis des branches de man*'
gliers.
Fontaine de Jouvence ^ île de Borondon. — Ponce de Léon chercha toute sa vie en Amérique Vile dé Jouvence y dont lui avaient p^rlé les sauvages , et il était de très-bonne foi. Ën examinant bien les traditions du pàys, on retrouverait l'origine de cette fable. L’île merveilleuse de Borondon, marquée sur toutes les cartes, n’était autre chose qu’un nuage qu^on apercevait de l’ile Ténériffe. Enfin , quand l’immortel Colomb voulut aller planter l’étendard du Christ sur lè saint sépulcre, en passant paf la Chine (le Cathay), il n’y a aucun doute que les récits merveilleux des Orientaux , transmis à l’Europe par Marc-Paul, n’aient exercé la plus grande influence syr lui et sur ses compagnons, et que, .toujours à la recherche de prodiges qui ne devaient jamais paraître, ils n’aient étendu eu Europe le champ du merveilleux, quoique personne ne puisse lui être comparé pour la naïveté des récits.
Patagons. — Quelques années plus tard i .un célèbre navigateur portugais raconta, d’une manière un peu exagérée, ce qu’il avait
P.VTAGOKS. STATUT GE MEMJîON. a35
vu; l’Europe, cria encore au miracle! L’on sait maintenant à quoi s’en tenir sur la taille prodigieuse de ces Patagons , auxquels chaque voyage exécuté dans un but philosophique a fait perdre quelques avantages.
Statue de Memnon, — Pour citer à ce sujet d’autres faits que ceux qui ont été rassemblés naguère par M. Eusèbe Salverle (ce que du reste nous avons fait souvent), nous dirons que M. de Humboldt a trouvé l’explication fort naturelle du bruit mystérieux qu’on entendait suus la de Memnon. En naviguant sur les bords de l’Orénoque, tout le monde s’accordait à lui dire qu’on entendait à certaines heures de la journée des sons étranges sortir des rochers; ne conservant aucun doute sur la réalité du phénomène, il en chercha la cause , et voici ce qu’il dit à ce sujet : « Les bancs de rochers sont remplis de crevasses très -minces et très -profondes; ils s’échauffent pendant lejour jusqu’à 48 et 5 o°; l’atmosphère ambiante étant à 28°, on conçoit aisément que la différence de température entre l’air souterrain et l’air extérieur atteint son maximum vers le lever du soleil, au moment qui est en même temps
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le plus éloigné de l’époque du maximum dtf la chaleur du jour précédent. Or, ces son»
d’orgue que l’on entend , lorsqu’on dort étendu sur le rocher l’oreille appuyée sur la pierre, ne seraient-ils pas l’effet d’un courant d’air qui sort par des crevasses : l’impulsion de l’air contre des paillettes élastiques de mica,. qui interceptent les crevasses, ne contribue-t-elle pas à modifier les sous? Ne ) ' pourrait-on pas admettre que les anciens habitans de l’Égypte, en montant et en descendant sans cesse le Nil , avaient fait la même observation sur quelque antre de la Thébaïde , et que la musique des rochers y a donné lieu aux jongleries des prêtres dans la statue de Memnon. » Tom. a , p. ^83 , de l’édit.in-4‘’.
' Cette explication diffère beaucoup, comme on pourra s’en assurer, de celle donnée par M. Eusèbe Salverte.
Ce fut dans les mêmes contrées que le savant voyageur rencontra ce fameux pulo de njacca {arbre 'vache) ^ dont on rejetterait bien loin les merveilleuses propriétés si elles étaient. décrites par un auteur de l’antiquité, ou si elles se trouvaient citées
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dans un voyageur du ' moyen âge. Cet arbre précieux , qui croît au milieu de rochers arides , « donne un lait doux et nourrissant. » Et, après l’arbre à pain, c’est peut-être celui qui a excité chez M.deHumboldt le plus d’admiration pour la puissance et la fécondité de la nature sous les tropiques. *
Mais je m’arrête, il y aurait trop de phénomènes de celte nature à rappeler.*
Concluons donc que le secret de bien des merveilles gît dans une observation superficielle, ou dans le langage enthousiaste des poètes et des vieux voyageurs; mais qu’après tout, il n’y a guère de traditions merveilleuses sans quelque fondement raisonnable. • ' •’
En jetant un dernier coup d’œil sur l’en-
semble des sciences, occultes , il me reste presque le regret de n’avoir pu présenter que d’une manière rapide et par conséquent imparfaite les considérations élevées auxquelles elles peuvent donner lieu. Il a fallu être historien avant tout , rassembler «des faits nombreux et les coordonner, mettre de r ordre daus ce qui n’ctait que confusion.
a 38 PHÉNOMÈNES DELA NATURE.
Nous osons le dire, maintenant il sera impossible d’écrire l’histoire des temps anciens sans examiner profondément les doctrines magiques de l’antiquité ; elles sont liées trop intimement à la religion et aux lois. Les principes magiques des Vedas , les oracles des peuples Hellènes, l’aruspicine des Romains, la magie runique des peuples du Nord , la science des nombres, doivent être désormais envisagés largement, ainsi que l’ont fait de nos jours MM. Niebubr, Ballanche et d’Eckstein.
Quant à ce qui regarde les temps actuels , nous croyons que, sous peine d’errer, il faudra avoir sans cesse à la mémoire ces paroles remplies de sagesse ; elles sont de l’immortel auteur du Calcul des probabilités :
« Nous sommes si loin de connaître tous les agens de la nature et leurs divers modes d action, qu’il serait peu philosophique de nier des phénomènes uniquement parce qu’ils sont inexplicables dans l’état actuel de nos connaissances; seulement nous devons les examiner avec une attention d’autant plus scrupuleuse qu’il paraît plus difficile de les admettre. »
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BIOGRAPHIE