‹ Tableau historique des institutions modernes, contenant, pour chaque peuple, l'organisation politique, administrative, judiciaire ... Par m. Malepeyre aineChapitre 39 sur 64 · ALGER · texte numérisé non relu

ALGER

n’y entre guère qu’une trentaine de bashas , que le dey convoque encore pour la forme.

Ordinairement le premier acte d’un nouveau dey est de faire étrangler les membres de l’ancien divan, et d’en former un nouveau de ses créatures.

Après Je dey le personnage le plus considérable estl 'aga des janissaires; c’est ordinairement un Vieux officier qui ne reste en place que deux mois; à l’expiration de ce terme il est remplacé par le plus ancien officier supérieur après lui; il devient émérite , est dispensé de tdut service, mais touche lçs émolumens de son grade.

Le secrétaire d’état , qui enregistre tous les actes publics , vient après l’aga des janissaires. Il est suivi dans la hiérarchie de l’état par trente yiah-bashas ou colonels, qui siègent au divan avec l’aga. C’est dans cette classe qu’on choisit les ambassadeurs et les émissaires qui portent les ordres du dey. Audessous des colonels viennent les bolluckbashas ou vieux capitaines, au nombre d’environ huit cents, et qui passent au grade de colonels par rang d’anciennete , puis enfin quatre cents oldack-bashas ou lieutenans. En

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a38 AFRIQUE.

Alger les promotions ont invariablement lieu par rang d’ancienneté, et une violation de cet usage amènerait une insurrection. En cas de guerre, on arme les cologlis et même les Maures.

Le cadi d’Alger est le chef de la justice; c’est lui qui complimente le dey à son avènement et lui rappelle les devoirs que lui imposent scs hautes fonctions.

Les Maures, véritables habitans du pays, sont adonnés à la vie pastorale, et distribués en petites tribus où camps, sous le commandement d’un shieck. Plusieurs shieckset leurs campsréunissontquelqucfoissoumisà un shieck principal ou émir. Ce sont ces Maures qui paient les tributs, dont les soldats turcs sont les gracieux collecteurs.

Les habitans de l’Atlas et du Sahara ou Berbers, peuples guerriers et passionnés de tout temps pour la liberté, sont divisés en tribus imparfaitement soumises au gouvernement d’Alger; ils ont conservé des forme» républicaines et des chefs électifs.

SüCTiOiuJII. — Turtis , Tripoli y Maroc.

Tunis y plus civilisée, mais moins puissante qu’ Alger, maintient avec succès son indépendance ; ses deys ou princ.es, devenus héréditaires, descendent d’un renégat grec et d’une esclave génoise. Ils partagent léur autorité avec un divan ou conseille trente-sept

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TUNIS, TRIPOLI, MAROC. a3g

membres; les impôts et les pirateries leur * donnent un revenu de près de a5 millions.

Les haneji ou milices turques, sont aujourd’hui privés de toute influence , et les princes confient «à des Maures le soin de leur personne et la défense de l’état.

Tripoli , qui est sous l’influence plus immédiate du grand seigneur, est gouverné par un prince héréditaire qui n’ajoute à son titre que le nom de bey et non celui de dey. Ce prince absolu n’a pas de troupes réglées , niais une petite marine ; ses revenus proviennent d’impôts et de pirateries.

L’empire de Maroc , formé par l’ancien royaume de ce nom, les royaumes de Fez et de Tafilet , et les pays de Suse et de Sedgelmesse , n’est habité que par les esclaves d’un despote absolu. Là on ne connaît de loi positive ou de règle que la volonté du chef.

Partout où l’empereur établit sa résidence, il rend la justice en personne , et à cette fin il siège plusieurs fois par semaine dans une salle d’audience, où il reçoit toutes les plaintes qui lui sont adressées. Tout le monde y trouve un accès facile , et l’empereur écoute avec intérêt chaque individu, étranger ou

a/^O AFRIQUE,

indigène, •riche ou pauvre , toute distinction ' de rang cessant devant lui. La sentence, prononcée par lui sur-le-champ , est toujours définitive et souvent juste.

Au reste, à l’exception de ces audiences impériales, tous les autres services de l’administration sont dans un véritable désordre, et ne présentent que vexations, troubles et rapines. Les gouverneurs des provinces, qui portent les titres de hatifes , pachas ou kaïds y réunissent dans leurs mains les pouvoirs administratifs et judiciaires. Cependant, à Fez et dans quelques grandes villes, il existe des cadis ou juges indépendans, investis d’une grande autorité ;mais, en général, tous les agens du. gouvernement , voleurs effrontés, oppriment le peuple, et sont à leur tour victimes du despotisme de l’empereur. Il arrive fréquemment que sans jugement préalable, le souverain dépouille de ses biens un sujet quelconque, et dépose les sommes confisquées dans ce qu’il appelle le trésor commun des musulmans, sans en rendre aucun compte.

Les Jnifs, à Maroc, sont maîtres du commerce et der raanufaclnrcs ; il* dirigent la monnaie royale, affer-

FEZZAN , SÉNÉGAMBIE , GUINEE, etc. a4l

ment les droits d'entrée et de sortie, qui sont la principale branche des revenus du souverain, et servant d’interprètes; mais, malgré ces services, ils y éprouvent un traitement si épouvantable, ils sout soumis à de si odieuses vexations, qu'on a peine à se figurer comment un Juif peut habiter les étals du glorieux empereur de Maroc.

Le pays de Sedgelmesse forme, dit-on , aujourd’hui une république arabe, sous la protection de l'empereur.

Section IV. — Fezzan , Sénégambie , Guinée ,

Nigritie.

Le Fezzan , qui a été gouverné pendant cinq siècles par une famille de shériffs qui l'avait rendu heureux, a été subjugué par les beys de Tripoli, et donné pendant quelque temps à un féroce proconsul. Aujourd’hui il obéit à lin sultan, tributaire du bey de Tripoli selon les uns , et auquel il envoie seulement un présent selon les autres. Les revenus du sultan proviennent de ses domaines et du produit de quelques impôts légers sur ses peuples, qui la plupart sont agriculteurs et adonnés à l’éducation du bétail.

L 'Audjelah est aussi gouvernée par un bey qui relève de celui de Tripoli ; le pays ou désert de JSarqah , le Guadamès t sont encore

HIST. DES INST. MODERNES. l6

rassafyx de ce priuce.L oasis de Siouahc t celle de Berdoa forment au contraire de petits états indépendans; enfin le Bclcd-al-djcrid est soumis à la domination du dey de 'I unis.

Ija Scnégambic , la Guinée , le Congo et la Ni g ride ou Soudan, sont partagés en une multitude de peuples , qui obéissent les uns à quelques cliefs obscurs et les autres à des rois, qui, par leur prépondérance, ont fini par agrandir leurs états, et par donner à leurs sujets les premiers élémens de la civilisation. On compte en outre dans ces pays un grand nombre d’Arabes dont les tribus nomades ne sont soumises qu’à leurs slieicks.

A la Sénégambie , les pays des Foulabs, Yolof, Fcloups, Fouta-Torro , Bambouk, Ludamar, Galam , etc., obéissent à des cliefs absolus. En Guinée , on trouve les royaumes de Bénin, d’Oware, de Dahomey, de Loango, etc., dont plusieurs sont assez puissans, mais gouvernés d’aprèsdes principes despotiques.

Il en est de même des royaumes de Bornou, Timbouctou , Bambarra , Wangara, Haousea , etc. , qui font partie de la Nigritie ; le Congo , qui est divisé en six provinces, dépend entièrement des Portugais.

FKZZAN , SÉnÉGAMBIE, GUINEE, etC. ^43

Le despotisme n’est pas le seul malheur dont l’Afrique centrale ait à gémir; les royaumes de Bénin et de Dahomey, et les états des Yolofs et des Foulahs, quoique soumis à des princes absolus, jouissent au moins de la tranquillité intérieure et d’une sorte de sécurité; mais à Bambouk, aux environs de Sierra-Leone et sur toute la Cote d’Or , les principaux chefs des villes et villages ferment, à côté d’un monarque électif, de petites aristocraties très-turbulentes et désastreuses pour la prospérité du pays. L’autorité des petits chefs, s’accroissant en raison de la quantité d’esclaves qu’ils possèdent, ces cabossirs cherchent à s’enrichir en attaquant les villages de leurs rivaux , les dévastant et emmenant avec eux toute la population. De là ces. guerres éternelles, ces attaques continuelles, que les lois, conservées de mémoire, punissent, il est vrai, avec sévérité, maisdont la voix est méconnue au milieu des désordres et de l’anarchie qui dévore ces contrées. Les chefs mêmes, absolus chez eux, et d’autant plus riches qu’ils ont plus d’esclaves à vendre , punissent par la vente les plus légers délits commis par leurs sujets.Au contraire les

lois civiles sont d’une indulgence révoltante, et souvent un négociant n’a d’autre ressource, pour obtenir le montant d’une créance, que d’enlever et de vendre les enfans ou les parens de son débiteur infidèle.

Il y a parmi les nègres certaines associations secrètes et fraternelles qui ont quelquefois beaucoup d’influence sur la marche des affaires politiques. Une de ces sociétés appelée bclü , ne reçoit que des hommes seulement , et monopolise tous les emplois publics , à l’exclusion de tous ceux qui ne sont pas initiés.L’admission dans la société s’opère par un noviciat de plusieurs années ; la contre-partie du belli est le sandi , ou société qui ne reçoit que des femmes , mais dont l’importance est aussi beaucoup moindre. On trouve encore chez les nègres quelques sociétés mystiques.

Dans beaucoup de districts , l’agriculture est dirigée sur un plan général par tous les habitans, qui mettent ses produits en commun , puis les partagent entre chacun d’eux par portions égales.

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SUBIE , ABYSSIHIE, A JAN , etc. *45

Sectioh V. — Nubie , Abyssinie , Ajan , Zangucbar et Madagascar.

Une grande partie de la Nubie est soumise à l’autorité despotique et héréditaire de hachefs , qui descendent des Bosniaques.

Quelques agas, tous indépendans, des sheiks d’Arabes nomades , des sliériffs et des mo* leks ou petits chefs , gouvernent arbitrairement des districts peu étendus. Les Chillouks , peuple féroce, ont un gouvernement despotique; chez eux, le roi ne monte sur le trône qu’avec l'expectative d’étre égorgé toutes les fois que le conseil formé par les grands de la nation le juge à propos. Le terrible office de bourreau royal appartient à un officier distingué , quelques-uns disent «à un des proches parens du prince, qui est en relation journalière avec lui. Le fils succède au père , et le bourreau royal est chargé de faire une épouvantable boucherie de tous ses frères. On dit que ce roi profite seul du commerce qu’il fait faire par ses agens , et que chaque année , pour honorer l’agriculture, il laboure et sème lui-méme un champ.

L 'Abyssinie est maintenant divisée en cinq

a4 6 A^BIQUB.

royaumes , dont les chefs , qui portent le titre de négus ou itsas , n’ont qu’une ombre d’autorité. La puissance , comme les forces militaires du pays, sont entre les mains des raz ou princes, qui exercent, chacun dans son gouvernement, le pouvoir le plus absolu ; le droit de propriété est, dit-on, nul en Abyssinie, mais il paraît que les tex*res concédées à des serfs , sont cependant taxées chaque année par un magistrat spécial. La justice est administrée avec célérité, et les punitions y sont fréquentes et barbares; on prétend qu’il y a des tribunaux composés de douze conseillers présidés par un juge , et qu’ils tiennent Jeurs. audiences en plein air. Les revenus des princes consistent en denrées et en faibles tributs en or ; l’armée ne reçoit pour toute paie que la concession de quelques terres.

Dans YAjan , Adcl et Magarloxo sont des royaumes, et Brava une république aristocratique/tributaire des Portugais et gouvernée par un conseil de douze personnes. Dans le Zanguebar , on trouve aussi cinq ou six royaumes où des rois mahométans exercent un pouvoir absolu. Le Monomotapa renferme quatre royaumes : dans le plus consi-

jfr-ATS-UNIS. a <f7

dérable ou Monomotapa propre, le prince est adoré comme une divinité. Les Cafres , divisés en tribus indépendantes, sont soumis à des chefs dont le pouvoir est héréditaire, quoique très-limité. Les Hottentots sont les uns indépendans et libres , les autres soumis aux colons du Cap.

L’ile de Madagascar est partagée en plu- • sieurs états , et peuplée par diverses races d’hommes. Les naturels ou Madecasses , obéissent à des chefs dont l’autorité n’est pas considérable, puisque tout se décide dans les cabares ou assemblées publiques des tribus. Ces assemblées ont lieu en plein air; le plus grand silence y règne, et chacun peut parler à son tour ; les vieillards et les principaux personnages ont seuls le droit de voter. Le président est toujours le chef de Ja contrée.

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