‹ Tableau historique des progres de l'esprit humainChapitre 4 sur 11 · QUI DOIT ÊTRE PLACÉ A LA TÈTE DU PROSPECTUS · texte numérisé non relu

QUI DOIT ÊTRE PLACÉ A LA TÈTE DU PROSPECTUS

C'est un tableau historique des progrès de l'esprit humain que j'essaye d'esquisser,, et non l'histoire des gouvernements, des lois, des mœurs, des usages, des opinions, chez les différents peuples qui ont successivement occupé le globe. Les détails dans lesquels leur diversité presque infinie forcerait d'entrer, sont étrangers à l'objet de cet ouvrage. Je dois me borner à choisir les traits généraux qui caractérisent les diverses époques dans lesquelles l'espèce humaine a dû passer, qui attestent tantôt ses progrès, tantôt sa décadence, qui dévoilent les causes, qui en montrent les effets.

On ne trouvera point ici l'histoire générale des sciences, des arts, de la philosophie, mais seulement la portion de cette histoire qui peut éclairer sur la marche que les hommes ont suivie pour arriver, par exemple, des premières idées de la numération à l'invention du calcul intégral ; de l'horloge de sable aux montres marines ; de la préparation du vin de lait de jument à l'analyse des substances aériformes ; enfin, des maximes vagues des premiers sages sur la marche de l'esprit, sur la morale, sur les lois, aux profondes analyses des Locke, des Smith, des Turgot.

Je m'écarterais également de mon objet dans un autre sens, si j'essayais de donner une théorie complète

(1) Ce titre se lit ainsi en tête du manuscrit autographe, imprimé pour la première fois dans l'édition O'Connor-F. Arago (1847); c'est par ce mot Prospectus que Gondorcet désigne toujours ce qui a été imprimé jusqu'ici sous le titre de: Esquisse d'un Tableau historique des progrès de l'esprit humain, et qui ne uevait être que la préface d'un ouvrage immense.

VI AVEltTISSEMENT DE L AUTEUR.

du tlc'vcloppement des facultés humaines, si je prétendais exposer en détail les phénomènes mêmes de l'intelligence, la nature et l'action de nos sentiments moraux, le système entier de la science sociale, les règles de l'art qui doit en réaliser les principes.

Ce n'est point la science de l'homme prise en général que j'ai entrepris de traiter : j'ai voulu montrer seulement comment, à force de temps et d'efforts, il avait pu enrichir son esprit de vérités nouvelles, perfectionner son intelligence, étendre ses facultés, apprendre à les mieux employer et pour son bien-être et pour la félicité commune.

J'ai cherché, pour atteindre ce but, à garder un juste milieu entre les détails de l'histoire et les recherches philosophiques, à resserrer mon sujet plutôt qu'à l'agrandir, dans la crainte qu'il ne finît par se trouver trop au-dessus de mes forces. Les anciens, qui ne connaissaient point Fart de l'imprimerie, et dont les livres avaient la forme de rouleaux, ne faisaient point usage dans leurs ouvrages de ce que nous appelons des notes.

La paresse des modernes en a souvent abusé. Ils y rejettent les idées nouvelles qui se présentent à eux en relisant leur texte ; celles qu'ils n'y auraient pu insérer sans déranger la marche ou nuire à l'effet d'un morceau entier. Le lecteur peut les lire ou les passer; il a le choix ou d'un ouvrage mieux fait, d'un ton plus soutenu, mais moins complet^ ou d'un ouvrage plus entier, mais manquant d'ordre et de proportion. Cependant, la faculté de faire ce choix ne le dédommage pas de ce qu'il aurait pu gagner, si l'auteur, ayant le courage de sacrifier quelques-unes de ses idées ou seulement de ses phrases, se fût soumis au travail nécessaire pour fondre les notes avec le texte, et distribuer la somme entière de ses idées suivant un ordre et des proportions qui en rendraient l'intelligence facile et soulageraient l'attention. Ce travail le forcerait à revenir sur les mômes idées, à les comparer de nouveau, et l'ouvrage en acquerrait plus d'unité et de précision : il se présenterait

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