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CHAPITRE XIII

ocke, Montesquieu, Filangieri, les Génevois, John Adams, Voltaire.

Avec le dix-huitième siècle s’ouvre le règne universel et sans limites de la pensée : instant ardentes Tyrii. Partout, en France, en Angleterre, en Italie, en Allemagne et même dans ce nouveau monde, jusqu’alors muet satellite et bientôt rival de l’ancien, partout les questions politiques occupent et passionnent les esprits. Intimement mêlées aux faits, qu’elles commentent ou qu’elles préparent, ces discussions n’appartiennent plus à la méditation solitaire : on revoit des princes philosophes et des philosophes législateurs. Tous les systèmes connus sont en présence, et il s’en produit de nouveaux ; de nouvelles conditions d’existence , de nouvelles observations créent, d’un démembrement de la science, une autre science pleine d’avenir, celle de l’économie politique ; l’utopie elle-même empruntâmes formes sévères du calcul, et, fière de

cette arme étrangère, elle défie jusqu'à la mort. Dans un tel mouvement des esprits, plus que jamais, pour se guider, il faut diviser les points de vue et grouper les analogies. Nous commencerons par une école que sa date et son influence classent naturellement la première, école fondée en Angleterre, sur les données sociales du pays, par un métaphysicien célèbre, et se distinguant, entre toutes, par ces habitudes d’analyse plus particulièrement propres à la psychologie sensualiste.

Locke, représentant d'une époque où la haine de l’arbitraire l’avait emporté de nouveau sur la crainte des révolutions, Locke, esprit lucide, modéré, formule dans ses travaux politiques, non le républicanisme de Sidney, mais le whiggisme qui plaça sous , la protection de Guillaume III l’antique organisation et les nouvelles croyances de l’Angleterre. A la différence de Hobbes, il ne se contente pas du fait pour proclamer, sans distinction, la légitimité du pouvoir; il en considère d’abord le titre : la nature donne aux parents une puissance qu’elle-mémê limite; la domination despotique, résultat de l’état de guerre, n’est que l’état de guerre continué et ne saurait mériter une place parmi les états sociaux : le seul et unique fondement de la société civile est la soumission volontaire, comme le but de cette société est la liberté, la sûreté, la tranquillité, le bienêtre, la conservation, en un mot, de toutes les propriétés naturelles. Le pouvoir du corps politique,

somme des abdications individuelles, réside, d’origine et de principe, entre les mains du plus grand nombre, et se divise, quant à la gestion, en trois autorités spéciales, législative, exécutive, confédérative (pour l’extérieur). L’autorité législative est le suprême pouvoir de l’Etat. Le pouvoir peut être absolu : c’est ce qui arrive quand le peuple, ayant mis à sa tête une législature permanente, n’a rien réservé de ses droits à des députés temporaires; mais alors même qu’il est absolu, le pouvoir n’est point arbitraire; le chef qui, à la place des lois, met sa volonté particulière, se dégrade par le fait et devient une personne privée sans autorité dans l’Etat : la force sans autorité doit, dans toutes les conditions, être repoussée par la force. Le chef du pouvoir exécutif n’est souverain qu’autant qu’il fait partie, et partie indépendante du pouvoir législatif. On entend par prérogative le droit que ce chef doit avoir d’agir, avec discrétion, dans des cas qu’on n’a point réglés. Entre le pouvoir législatif, le pouvoir exécutif et le peuple, il n’y a pas de juge sur la terre; le peuple, quand il est opprimé, n’a donc d’autre ressource que d'en appeler au ciel. 11 dépend de ses conducteurs d’éviter cette extrémité 1 .

Locke, servi par l’esprit religieux, ne divinise point, comme Hobbes, le principe d’autorité ; il ne fond point, comme Spinosa, dans l’intelligence so-

1 Du gouvernement civil.

ciale les attributs de l’essence divine ; partant de principes opposés, Hobbes et Spinosa arrivaient à des conséquences analogues, au néant, plus ou moins complet, de l’individu devant l’État : Locke fait de la propriété, de l’existence individuelle, le but et le plan primitif de toute l’organisation. Hobbes supprime toute garantie; Spinosa revient, malgré lui et sans oser s’y arrêter, à celles qui ont pour origine l’appréciation individuelle 1 : Locke y a recours sans s’en cacher. Nous verrons l’école française perfectionner singulièrement le procédé analytique, instrument des vraies découvertes : toujours est-il que c’est de Locke qu’elle apprendra à s’en servir.

En politique comme en métaphysique pure, Locke, sagace appréciateur du génie de sa nation, sera, au dix-huitième siècle, le précepteur universel, et ici se présente un contraste que nous retrouverons ailleurs : on sait que l’illustre philosophe, sur la demande des concessionnaires des terrains de la Caroline, traça pour le pays nouveau une constitution nouvelle. Cette constitution de cabinet, tout aristocratique, toute féodale, consacrant, dans les variétés d’une nomenclature bizarre, le souvenir de tous les servages, échoua complètement en pratique 2 ; tan-

* « Homines ratione præditi nunquàm suo jure ità eedunt u ^ « homines esse desinant et perindè ac pecudes habeantur. Sed « hæc ulteriùs prosequi non est opus. »

» Guillaume Penn, au contraire, établit sur l’égalité une constitution durable. Notre sujet est déjà vaste et nous distinguons avec soin les constitutions des traités.

dis que l’influence indirecte des doctrines de son auteur, mêlée aux révolutions d’Angleterre, d’Amérique, de France, devait contribuer en tous lieux aux succès de la liberté.

Une grande consécration ou, pour mieux dire, une seconde fondation de l’école libérale anglaise fut l'adoption raisonnée de son type de gouvernement par un de ces génies qui influent sur les opinions de l’univers. Montesquieu, cherchant, comme Platon, la vérité et la justice, mais les cherchant dans les voies sûres de l’histoire et de l’observation ; Montesquieu, faisant comparaître les peuples passés et présents au tribunal de sa raison, étudiant les lois et les mœurs dans leurs relations, soit mutuelles, soit avec les axiomes divers de la morale universelle, soit avec la nature physique ; découvrant les principes de vie, les causes de ruine de chaque État ; éclairant tour à tour l’histoire des clartés de la philosophie et la philosophie de celles de l’histoire, Montesquieu s’était arrêté, avec une sincère admiration, devant deux monuments séculaires, placés aux deux extrémités de sa route, l’ancienne Rome et l’Angleterre telle que le moyen âge l’avait faite et que ses dernières révolutions l’avaient achevée. S’étonnera-t-on de sou enthousiasme, si l’on compare effectivement la constitution anglaise avec celles que le dix-huitième siècle offrait, dans les autres pays, au libre et sage observateur ? Sa méthode n’excluait-elle pas l’idée de bâtir Ckalcé-

doine, ayant le rivage de Byzance devant les yeux 1 ?

« Le philosophe doit être le ministre de la vérité et non un vain créateur de systèmes. Citoyen de tous les lieux, contemporain de tous les âges, l’univers est sa patrie et tous les hommes sont ses disciples. » Cette définition semble faite pour l’auteur de Y Esprit des lois et signale en Filangieri un penseur de la même famille, bien que, dans plusieurs controverses , le philosophe napolitain rejette et contredise hardiment l’autorité de l’illustre maître. 11 se sépare notamment de lui dans l’appréciation du gouvernement de l’Angleterre* et dans la ques-

* Esprit des lois.

* «... Voilà les trois principales espèces de gouvernement. Il en existe une autre qui n’est ni une monarchie, ni une aristocratie, ni une démocratie. C’est un Etat formé de ces différentes constitutions, et lorsque les lois n’en déterminent pas avec exactitude le mouvement et les règles, il participe beaucoup plus des vices propres à chacune d’elles que des avantages qui l’accompagnent. Le gouvernement mixte a obtenu les éloges de plusieurs politiques de ce siècle et surtout de Montesquieu, mais aucun d’eux ne parait l’avoir analysé avec cette précision qui peut seule en justifier la sagesse. Tel est le gouvernement d’une nation qui, depuis plus d’un siècle, fixe sur elle les regards de l’Europe, et qui est aujourd’hui sur le point d’en solliciter la pitié; tel est ce gouvernement où le prince ne peut rien faire sans le consentement de la nation, mais où il peut la trahir toutes les fois qu’il le juge à propos ; où le vœu du peuple est presque toujours contraire aux suffrages de ses représentants; où il ne se dédommage d’une oppression continue que par des actions

tion des climats. Comme lui, du reste, il proclame les règles universelles antérieures à la législation positive, et, sur cette base, il établit la bonté absolue des lois. S’il n’adopte point le type anglais, il ne s'en tient pas pour cela aux anachronismes antiques; il suit le mouvement du siècle et fait, dans la législation, une part large et nécessaire aux conditions économiques : loin de déclamer contre les arts, contre le commerce et le luxe, il a compris la différence d’une société oisive à celles que vivifie le travail; multiplier, disséminer la population et les richesses, tel est, selon lui, le but pratique proposé aux législateurs. Comme tous les philosophes d’alors, il voit, entre l’effort constant d’une société progrès- ;

sive et l’immobilité des lois 1 , les éléments d’une'

ridicules, qu’il prend pour des signes de liberté. » (La Science de la législation.)

Rousseau avait dit auparavant : « Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort : il ne l’est’ que durant l’élection des membres du Parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l’usage qu’il en fait mérite bien qu’il la perde. » (Contrat social.)

1 « Considères l’état de toutes les nations, ouvrez le grand livre de toutes les sociétés, vous les trouverez divisées en deux partis irréconciliables, les propriétaires et les non-propriétaires ou les mercenaires. Vainement les moralistes ont cherché les moyens d’établir un traité de paix entre ces deux conditions. Pour le malheur de l’Europe et par un vice énorme de la législation, la classe des propriétaires n’est qu’un infiniment petit relativement à celle des mercenaires. » (Science de la législation.)

! crise prochaine, mais ses moyens pour la prévenir j ne vont pas au delà des réformes sollicitées par l’é—

5 quité 1 .

Après Locke, après Montesquieu, la constitution anglaise trouva de nombreux interprètes et de fervents admirateurs. De Lolme la vulgarisa par une substantielle analyse, remarquant toutefois sagement (ce qu’on n’a pas assez fait depuis) qu’elle n’offi irait pas en tous lieux les mêmes chances de durée. De Lolme, M. Necker, M me de Staël, Etienne Dumont, ont fait de Genève, pour ainsi dire, l’entrepôt d’idées de l’Angleterre ’. La révolution d’Amérique contribua encore à étendre la connaissance et le goût des mœurs, des institutions britanniques: des penseurs pourtant s’étonnèrent, après le triomphe des colonies, du peu de changements apportés

' L’abolition des substitutions, des majorats, de l’inaliénabilité féodale, des biens ecelésiastiques et communaux. Pour apprécier le mérite des idées de Filangieri, il faut se reporter aux " années qui ont précédé le début de la Révolution française.

* Burlamaqui professe ensemble les idées de J.-J. Rousseau sur la formation des sociétés, les principes génevois et l’admiration de l’Angleterre. Voici comment il concilie les deux types de gouvernement : « Les grands États ont peine à s’accommoder des gouvernements républicains, et une monarchie sagement limitée leur convient mieux; mais pour les Etats d’une médiocre étendue, le gouvernement qui leur est le plus avantageux, c’est une aristocratie élective mêlée de quelques réserves en faveur de la généralité du peuple. » (Principes du droit politique.)

par leurs constitutions nouvelles, à ces antiques institutions. Turgot, dans sa lettre au docteur Price, avoue qu’il n’est pas satisfait. « Au lieu de recueillir, dit-il, toute l’autorité dans un centre qui était naturellement la nation, on a établi plusieurs corps, par esprit d’imitation ; on cherche à balancer des pouvoirs, comme si cet équilibre, nécessité peut-être en Angleterre par l’énorme influence de la royauté, pouvait être de quelque utilité dans des républiques fondées sur l’égalité de tous les citoyens, et comme si l’établissement de différents ordres n’était pas une source éternelle de disputes et de divisions, » etc. C’est contre ces critiques elles-mêmes qu’est dirigé le livre de John Adams, Défense des constitutions américaines.

La philosophie politique naît érudite en Amérique : « Les législateurs du Congrès n’ont pas eu d'entrevues avec les dieux. Comme un architecte chargé de construire un palais pour son souverain, ils ont consulté les Vitruve, les Palladio et examiné avec soin les édifices les plus célèbres. » La théorie suit la même marche et arrive à ce résultat qu’après une série d’expériences dont chacune a duré des siècles, peu de progrès ont été faits dans la connaissance des principes et de la structure des sociétés. Combien de découvertes politiques, depuis l’époque de Lycurgue? Trois seulement : la représentation, la séparation des pouvoirs et la balance législative.

Toutes les trois sont des conséquences des insti-

tutions teutoniques, décrites par César et Tacite, au commencement de l’ère chrétienne ; des Anglais, elles sont arrivées entre les mains de leurs descendants, qui à l’héritage du passé joignent le dépôt de l’avenir. — Et là se montre bien formé le tour d’esprit national. « Comparons, s’écrie J. Adams, toutes les autres constitutions avec celles des Etats- Unis : certainement, nous n’aurons pas à rougir de notre patrie; nous nous sentirons, au contraire, pressés de tomber à genoux et de rendre grâces au Ciel ! Nous aurons encore des sujets de satisfaction et d’orgueil en comparant les constitutions américaines môme avec celles de l’Angleterre. Notre peuple est indubitablement souverain ; — toutes les propriétés territoriales et autres sont entre les mains de simples citoyens ; — ils choisissent annuellement non-seulement leurs représentants, mais aussi leurs sénateurs et gouverneurs; — nous n’avons ni titres, ni honneurs, ni offices, ni distinctions héréditaires; — les trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire sont soigneusement séparés ; les trois éléments numériques unus, pauci et plurimi sont habilement balancés dans notre organisation; — nous nous servons du jugement par jury; — nous n’avons point d’armée sur pied; — l'habeas corpus est en pleine force; — la presse est plus libre en ce pays qu’en aucun autre lieu du monde et, grâce à toutes ces garanties, nous pouvons dire mieux qu’aucun peuple que nous possédons, au lieu d’un gou-

vernement d’hommes, un gouvernement de lois. » L’avantage que présentaient les constitutions d’Amérique sur la constitution anglaise résultait donc, d’après Adams, de leur principe démocratique ou plutôt d’une application plus générale et plus sincère du système représentatif, car la démocratie, selon lui (envisagée comme forme simple et du point de vue égalitaire), ne signifie pas autre chose que l’absence de gouvernement. « 11 n’a jamais existé dans la nature humaine, au moins depuis la chute du premier homme, d’autre amour de l’égalité que celui qui tend à rabaisser les autres à notre niveau, afin de pouvoir ensuite les dominer 1 ... Il est donc évident que la démocratie de Montesquieu et tous ses principes de vertu, d’égalité, de frugalité sont des rêves séduisants, et rien de plus. On ne distingue pas assez attentivement entre les effets de la nature et ceux de la philosophie. Les

* « Les inégalités naturelles reposent sur les bases suivantes : 1° la fortune; 2° le préjugé de naissance, un de ceux dont tout le inonde rit et que tout le monde respecte; 3° le mérite, les vertus, les services, la réputation; 4° la réunion de ces avantages.

« D n’existe pas un royaume ou une république, pas une ville ou même un village, soit en Europe, soit en Amérique; pas une horde, une tribu, une famille parmi les nègres d’Afrique ou parmi les sauvages des deux Amériques ; il n’existe pas une réunion privée dans tous les pays du monde, où l’on ne trouve ces inégalités plus ou moins visibles. » (Défense des constitutions américaines.)

grands mobiles des hommes et des nations sont les passions et les préjugés. »

Tout l’équilibre politique réside dans la division triparlite unus,pauci etplurimi. Cette division, qui se retrouve au milieu des Indiens sauvages, comme chez les anciens Germains, ne doit pas constituer seulement trois pouvoirs, mais encore trois ordres dans l’organisation civile, car peu importerait que le pouvoir fût divisé entre plusieurs ou beaucoup, si ceux qui l’ont appartenaient à une même classe de citoyens. C’est là le principe fondamental d’Adams, principe qu’il a trouvé chez Swift et il ne s’effraye pas de l’idée que les constitutions de son pays puissent un jour se rapprocher du type de la mère patrie; l’excès du luxe l’inquiète moins que la tyrannie somptuaire * ; c'est l’adversaire de Nedham, ce n’est pas un républicain comme nous en rencontrerons, et il professe cependant une doctrine bien farouche à l’endroit du tyrannicide il ne se doute pas que Louis XVI, dont il fait l’éloge mérité,

' Débats et discussions entre les nobles et le peuple (T Athènes et de Rome.

* « Si les hommes ne pouvaient être libres qu’en se réduisant volontairement à la pauvreté, on viendrait aujourd’hui trop tard pour leur prêcher la liberté. » ( Défense des constitutions américaines.)

s * On ne peut pas plus contester à une nation le droit de tuer un tyran en cas de nécessité — la restriction n’est pas de trop avec la comparaison finale, — que celui de pendre un voleur ou d’écraser une mouche malfaisante. » (Ibid.)

sera un tyran digne de mort pour les démagogues victorieux ; il accepte trop facilement les passions et les préjugés et ne se rend pas assez compte de la mission et de l’influence d’un philosophe comme Montesquieu.

En critiquant, chez Montesquieu, la méthode, les citations et le choix des autorités, la théorie des trois principes, la classification des gouvernements, etc., Voltaire sait bien rendre justice au mérite de l'Esprit des lois, « un de ces ouvrages de génie qui font désirer la perfection. Malgré ses défauts, cet ouvrage doit toujours être cher aux hommes, parce que l’auteur a dit sincèrement ce qu’il pense, au lieu que la plupart des écrivains de son pays, à commencer par le grand Bossuet, ont dit souvent ce qu’ils ne pensaient pas. Il a partout fait souvenir les hommes qu’ils sont libres; il présente à la nature humaine ses litres quelle a perdus dans la plus grande partie de la terre; il combat la superstition, il inspire la morale 1 ... » Eloge digne de l’ouvrage et digne de l’appréciateur.

Voltaire, sans formuler de système et en se moquant volontiers des systèmes nés autour de lui ; Voltaire, il faut bien le reconnaître, a contribué autant que personne au rapprochement intellectuel de la France et de l’Angleterre et à l’influence de la France sur le reste de l’univers; il a encouragé à

1 Dialogues philosophiques, l'A, B, C.

l’œuvre les hommes d’Etat réformateurs; il a appelé de ses vœux et préparé de ses efforts la tolérance religieuse et l’uniformité des lois civiles, l'adoucissement et la régularisation de la législation criminelle; il a agi sur son époque, si ce n’est plus, du moins autant que Luther et Calvin sur la leur, et si, tel qu’un héros d’Homère, dans l’aveuglement du combat, sa main est devenue sacrilège ; s’il faut condamner et rejeter dans les productions de ce génie si prompt, si fécond, si mobile, d’inexcusables entraînements : qui pourrait ne pas accepter comme symbole de foi politique la bénédiction sublime que Je protecteur des Calas léguait à l’Amérique naissante, sur la tête du jeune Franklin?

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