ÉCOLES DOCTRINAIRE ET UTILITAIRE
cien habile : c’était M. Royer-Collard. Niant le droit national; confessant, dans la royauté, la légitimité mystique, et reconnaissant toutefois, dans l’établissement public, une souveraineté collective contraire au pouvoir absolu ; cherchant à tenir le milieu entre deux principes opposés; substituant aux autorités de la tradition catholique celle d’une raison privilégiée (la leur, ils ne s’en cachaient point), mais ne la laissant pas s’écarter d’un programme tracé d’avance; s’occupant à faire, après coup, selon l’expression de M. de Bonald, des théories de la loi anglaise, comme des poétiques sur des poèmes, les hommes de talent de la doctrine renouvelaient pour notre époque ce qu’avait vu le moyen âge, quand la scolastique s’enfermait dans des résultats immuables, qu’elle discutait avec ardeur. Cette école, qui jouait le rôle, parmi les sectes du passé, d’une sorte de protestantisme, ne disait rien à l’avenir. Aussi, bien que M. Guizot, avec ses éminentes qualités de philosophe et d’écrivain, s’en fît l'interprète par l’histoire; que M. Rossi essayât de la rendre accessible et vulgaire par un spirituel enseignement, cette école demeura toujours à l’état d’arcane et de cénacle. Elle parvint pourtant au pouvoir, en s’éloignant de plus en plus du dogme qu’elle avouait d’abord comme un symbole inattaquable, celui de la légitimité 1 .
1 «... En repoussant la mesure proposée, je suis fidèle à la pensée de toute ma vie : je défends encore, je revendique la légi-
Dès lors, elle devait se confondre avec les doctrines professées par la philosophie anglaise, après l’expulsion des Stuarts, doctrines qu’à partir dé Locke nous avons surtout étudiées dans leur développement parmi nous, mais qui, sur leur terrain natal, n’étaient pas restées stationnaires, et qui revenaient prendre part au mouvement social de la France avec un caractère nouveau. Ce caractère, tout indigène, était le principe commercial, philosophiquement allié à l’ordre d’idées d’Helvétius. Rappelons en peu de mots ces idées : L’organisation corporelle est le principe des sociétés ; l’utilité est la règle des actions; les passions sont les causes du progrès ; l’amour de la gloire et de la vertu revient au désir des avantages que la vertu et la gloire procurent : donc, la vertu étant le rapport des actions individuelles avec l’intérêt général, il ne peut y avoir de vertu que là où la législation unit l’intérêt général à l’intérêt individuel 1 . L’union de ces deux intérêts
timité... Une sanglante révolution avait changé la face de notre terre; sur les débris de la vieille société, renversée avec violence, une société nouvelle s’était élevée, gouvernée par des hommes nouveaux et des maximes nouvelles. Comme tous les peuples conquérants, cette société était barbare ; elle n'avait pas trouvé dans son origine, elle n'avait pas acquis, dans l'exercice immodéré de la force, le vrai principe de la civilisation, le droit. La légitimité, qui seule en avait conservé le dépôt, pbuvait seule le lui rendre: elle le lui a rendu. » ( Discours de M. Royer- Collard à la Chambre des députés, 1820.)
• De l’Esprit, passim.