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CHAPITRE VIII

Dans l’intervalle qui s’écoula de la fin du seizième siècle au milieu du siècle suivant, deux philosophes, brisant les liens du faux savoir et de la routine 1 , avaient lancé l’esprit moderne dans les voies de la vérité. Bacon, portant un regard indépendant sur les sciences et sur leurs objets, avait appliqué l’analyse aux rapports de l’entendement avec les phénomènes extérieurs; Descartes, cherchant en son âme le principe de la certitude, avait assigné aux idées un rôle scientifique analogue à celui que les sensations devaient jouer dans l’école anglaise, et ainsi se manifestait, par les choses de l’intelligence , une nouvelle opposition entre deux grandes nations rivales presque en tout et toujours. Par leur influence générale, déjà Descartes et Bacon appartiennent à notre liste; l’un et l’autre, Bacon

1 « Scholasüci quantum ingenio valeant sæpè ostendunt : sed « in infelicia et artium bonarum ignara sæcula inciderunt. » (Grotius.)

surtout, ont, de plus, laissé des études sur la science du gouvernement, et, si peu de place qu’elles occupent dans l’ensemble de leurs ouvrages, elles ont droit, venant d’eux, à un examen attentif.

Avant de s’illustrer dans la science, et, chose triste à rappeler, de se déshonorer dans la politique, Bacon, âgé de dix-huit ans, avait fait un voyage en France et pris une certaine part aux relations diplomatiques qu’y entretenait son pays. Son esprit d’observation s’était exercé sur l’ensemble des intérêts européens, alors si généralement et si fortement engagés dans la question de la Réforme, et les notes qu’il nous a laissées (1 579) 1 seraient curieuses à consulter quand on en ignorerait l’auteur. Il y montre le roi d’Espagne, dont les années n’ont point détruit l’activité pleine d’artifices ni amorti l’ambition, le subtil et cruel Philippe, préparant, au fond de l’Escurial, l’achèvement de ce projet de monarchie universelle que lui a légué Charles-Quint. Maître d’une partie de l’Italie et oppresseur des Pays- Bas, il a envahi le Portugal, dont le roi don Antonio cherche à intéresser la France à ses droits et à ses malheurs. Protecteur fastueux de la religion, Philippe n’en est pas moins l’allié des Turcs; il dépense le revenu des Indes à faire la guerre à ses sujets, à troubler ses voisins ou à pensionner leurs ministres : ceux d’Autriche lui sont vendus. Là règne

1 Works, b. I, appendix, p. 35 : State of Europe.

l’empereur Adolphe, prince affaibli par les plaisirs, accablé de charges pécuniaires, tout Espagnol d’éducation et mal vu de ses vassaux allemands, parmi lesquels le plus puissant est l’électeur de Saxe, Auguste, le chef du parti luthérien, et l’ennemi des anglicans aussi bien que des catholiques. Sans l'antipathie nationale, les Hongrois et les Bohémiens changeraient volontiers l’empereur contre le roi de Pologne, Etienne Bathori. Celui-ci, élevé en Turquie, domine tous ses contemporains par le mérite et le courage, et tolère toutes les religions.

Déjà la Réforme a gagné la plus grande partie de l’Allemagne, l’Ecosse, l’Angleterre où elle règne et où l’illustre Elisabeth , protectrice des opprimés, oppose la plus puissante barrière à l’ambition de l'Espagnol 1 . En France, l’héritier présomptif fait profession decalvinisme. Aussi, lepapeGrégoireXIII est-il moins pressé du désir de détruire la religion nouvelle , que de la crainte de voir la sienne succomber aux luttes qui suivront la mort du roi Philippe II, sexagénaire et fatigué. De puissants intérêts de famille, qu’exploite avec soin son allié , s’ajoutent aux préoccupations que lui cause l’état de l’Eglise, et aux dangers que ne conjure point la zèle furieux de l’Inquisition. De tous ces motifs réunis naît une guerre acharnée, sans relâche, dont la société des Jésuites est le principal instrument,

• Discourse in the praite ofhù sovereign, appendix, p. 16.

dont les résultats immédiats sont l’oppression des Pays-Bas et des tentatives répétées contre le repos de l’Angleterre.

A Florence, François de Médicis, le troisième duc de sa maison, triste et sévère plutôt que grave, adonné à des expériences de chimie et d’astrologie, n’est, du reste, préoccupé que d’accroître un trésor immense, en économisant au moins la moitié de son revenu (un million et demi de couronnes). Son armée, de quarante mille hommes, se compose surtout d’étrangers. Il favorise, en tout, le peuple, à cause de sa propre origine et de l’impuissance où seraient les nobles de rien tenter seuls contre lui. Son gouvernement absolu garde beaucoup des anciennes formes, mais aucun magistrat n’agit que par son expresse volonté. La principale cause de la popularité dont il jouit est qu’il s’astreint à recevoir les pétitions de ses sujets, et qu’il leur fait rendre justice avec soin et exactitude. Allié du pape et de l’empereur, son mariage en secondes noces avec Bianca Capelli l’a rapproché des Vénitiens, tandis qu’il s’éloignait de la France.

Toute lTlalie, sauf le duc de Ferrare et Venise, jusqu’à un certain point, a quitté la France pour l’Espagne. Gênes forme un port espagnol, et ses principaux citoyens sont pensionnaires de l’Escurial ; grâce pourtant aux rivalités des anciens et des nouveaux nobles, la France y conserve une faction. Le duc de Savoie, Charles-Emmanuel, jeune homme

de vingt et un ans, bien élevé et de bon naturel, a hérité des alliances dues à la sagacité de son père; sa principale attention est de garder la neutralité. Comme étendue de territoire, il est le premier en Italie, bien qu’aucun Etat ne paraisse y devoir dominer de longtemps, ni la Savoie, trop jeune encore, ni Venise, tenue en bride par la Turquie et par l’Espagne. Les Médicis s’aiment pas la guerre et ne s’agrandiront que par achats.

Henri III, roi de France, a trente ans, une faible constitution et mille infirmités précoces, fruits de ses plaisirs déréglés; il n’aime que la danse et les fêtes; déteste le travail, la guerre et toute espèce d’action ; de peu d’esprit, mais d’un abord affable; pauvre, malgré les exactions et les expédients de toutes sortes d’un gouvernement affamé; subjugué par des favoris qu’il choisit sans motif et comble sans mesure ; par sa mère, dont l’empire repose sur la politique et la crainte, beaucoup plus que sur l’affection, il s’applique avec beaucoup de suite à la ruine de ceux qu’il hait, comme sont tous les réformés et les princes de la maison de Bourbon. Le pape et l’Espagne possèdent une grande influence dans l’Etat : Philippe II tient la reine mère par les deux filles qu’il a eues de la princesse Elisabeth ; les Guises, par un autre motif (for other regard). La division est partout, et les querelles de religion n’en sont pas uniquement la cause : la noblesse voit avec humeur les étrangers remplir la cour; la vente

des emplois judiciaires, le délabrement du trésor, l’oppression et la ruine du peuple, la dévastation du pays excitent des troubles continuels et en font prévoir de plus grands.

Au milieu de cette confusion, le jeune duc d’Anjou, frère du roi, est le point de mire naturel de ceux qui chercheraient un chef; affable et doux de caractère, prompt d’intelligence et de parole, plus secret pourtant en ses desseins qu’on ne l’attendrait d’un Français, doué d’une active hardiesse qui semble le prédestiner à quelque grande élévation. Ce portrait, rapproché de l’histoire, parait singulièrement flatté, mais il ne faut pas oublier, et Bacon d’ailleurs a soin de le rappeler, que le frère de Henri 111 aspirait alors à la main de la puissante Elisabeth.

Enfin, pour compléter le tableau, le studieux observateur montre les Etats Scandinaves accroissant, dans leurs divisions, la puissance de leur marine, et le Moscovite Jean Basile, qui n’a ni amis ni alliés, gouvernant comme un vrai tyran et pratiquant une religion toute pleine d’idolâtrie.

L’Angleterre n’apparaît que de loin dans ce premier écrit de Bacon ; mais elle est l’objet principal d’un mémoire adressé par lui, quelques années plus tard, à Jacques 1 er *. Il y développe les vraies causes

1 Of the true greatness of the Kingdom of Britain, to King James, b. I, app., p. I. Les mêmes idées se retrouvent à peu près, sous une forme plus générale, dans Y Instaurât io magna,

de la grandeur des nations : ce n’est pas l’étendue de territoire, ce n’est pas l’abondance de richesses qui font la puissance d’un Etat. Qu’importe un petit territoire, si, comme la semence de l’Ecriture, il peut engendrer plus grand que soi? A l’extrémité de l’Europe et dans une situation complètement indépendante, l’Angleterre occupe un pays plus grand que n’a été le noyau de l’empire romain lui-même; son peuple est actif et vaillant. Or, comme l’a remarqué Machiavel, c’est la force de l’homme armé qui est le vrai nerf de la guerre et ce n’est pas du tout l’argent : l’armée française l’a prouvé, traversant naguère l’Italie, alors toute remplie de richesses, sans tirer l’épée du fourreau. Les peuples puissants, au contraire, ont commencé par être pauvres; ils ne pratiquaient pas le principe des nations civilisées de régler la population sur les moyens de subsistance 1 , et c’était la nécessité qui les poussait aux aventures : sans les qualités mi-

De digkitatb et augmentis, lib. VIII, c. ni, Exemplum tractatûs summarii de proferendis finibus imperii.

1 « For it waa not with most of these peuple, as it is in coun- « tries reduced to a regular civility, that no rnan alinost mor- « rielh, except lie see he bave means to live ; but population « went on, howsoever sustentation followed, and taught by « necessity, as some vvriters report, wlien tbey found tkemsel- « wessurcharged with people, thcy divided tkeir inhabitants « into threc parts, and one third, as the lot fell, was sent abroad a and left to their adventures. »

litaires, un grand territoire n’est qu’un fardeau, une grande richesse n’est qu’une proie. Il faut aussi savoir où se trouve l’argent? Est-il chez les particuliers ou dans les coffres de l’Etat, tout prêt pour les besoins publics? Est-il chez peu ou chez beaucoup? Est-il chez les nobles qui dépensent ou chez les bourgeois qui économisent? Or, la royauté d’Angleterre a plus de domaines qu’aucune autre et plus de moyens de subvenir aux nécessités politiques sans lever de taxes extraordinaires ; presque tous les actes civils y engendrent un droit royal ; la loi s’est surtout étudiée à former une riche couronne sans prendre le bien des sujets. Ce qui fait la force d’un royaume, c’est son assiette géographique, la population qu’il contient, l’aptitude générale aux armes, la forme du gouvernement propre à élever les courages et non à faire vivre les hommes dans l’état de serviles vassaux ; c’est, enfin, la domination qu’il peut exercer sur la mer. En considérant toutes ces choses , ne peut-on pas dire des Anglais: O forlunatos nimiùm?

Dans ses Essais de morale et de politique, Bacon établit, au point de vue de la prédominance royale et de la puissance extérieure, les maximes spéciales du gouvernement d’Angleterre. De même que Thomas Morus, cet autre illustre chancelier, il ne cache pas les prétentions de l’ambition nationale : le plus court moyen d’arriver à la monarchie universelle est (il le dit encore ici) la domination de

la mer 1 . Quant au régime intérieur, les Etats qui veulent s’agrandir doivent craindre que les gentilshommes ne se multiplient trop dans leur sein : ils y produisent le même effet qui résulte dans les taillis d’un trop grand nombre de hautes tiges, et l’Angleterre a profité, dans ses guerres du continent, de l’infériorité relative où vivent les paysans français. Les progrès du clergé ne motivent l’inquiétude que dans deux cas : lorsqu’il est sous la dépendance d’une autorité étrangère et quand la collation des bénéfices appartient soit au peuple, soit immédiatement aux seigneurs. Il est bon que le prince tienne les grands à une certaine distance de sa personne. Cependant, s’il les avilit, tout en devenant plus absolu, il perd de sa force réelle. La noblesse de second ordre est un intermédiaire utile, contrepoids à l’égard de la haute noblesse et moyen d’action sur le peuple; dans les commerçants, il faut voir la veine porte du corps social ; les gens de guerre sont dangereux lorsque, restant toujours sur pied, ils constituent un seul corps sous un seul chef, ou quand l’Etat les accoutume aux gratifications et aux

1 Dans Y Instauratio magna, il recommande, dans le même but, la protection de l’agriculture et des métiers de rude labeur ; il veut qu’à la première injure, à la moindre provocation, le sens national s’éveille, qu’il saississe l’occasion d’une guerre comme un salutaire exercice et, à défaut d’une juste cause, prenne un prétexte raisonnable pour rompre V engourdissement delà paix.

faveurs; les classes inférieures, enfin, ne sont point à redouter, à moins qu’elles ne se trouvent conduites par un chef puissant et renommé, ou qu’on ne touche de trop près à la religion, aux coutumes, aux moyens de subsistance qu’elles possèdent. Toute institution nouvelle doit être soigneusement appropriée aux hommes et aux circonstances auxquels le législateur la destine. Il faut préparer le progrès par l’éducation des masses : « C’est semer une moisson abondante qui récompense le laboureur *. »

Enfin dans son œuvre immortelle, dans Ylnstauratio magna', Bacon, envisageant les lois en philosophe réformateur, formule avec un laconisme plein d’expérience et de génie les principes législatifs, les règles d’interprétation et les exigences de l’équité 3 . L’injustice revêt trois formes : la violence brutale, la légalité artificieuse et la dureté acerbe de la loi. Toutes les lois doivent se rapporter aux principes éternels du juste et s’inspirer de la seule raison ; elles doivent être, à la fois, certaines dans leurs prescriptions, commodes dans leur exécution, conformes à l’organisation politique et favorables

* De augmentis scient iarum.

1 Prima pars. — De dignitate et augmentis scientiarum , lib. VIII, c. in ; Exemplum tractatûs de. justitiâ universali, sive de fontibus juris in uno tituloper aphorismos.

* « Ratio prolifica, consuetudo sterilis est. » (Aph. II.) « Lex « nil aliud quàm régula imperans. » (Aph. 83.)

aux bonnes mœurs. S’il est question de lois pénales, n’écrivez pas avec du sang 1 ; n’étendez pas arbitrairement la punition d’un délit à des circonstances non prévues; n’enlevez la vie qu’à celui qui a eu conscience de son crime et d’avance s’est condamné. Point de rétroactivité 2 ; point de dissertations inutiles : le langage de la loi est un commandement simple et clair. L’accumulation des lois et même celle des commentaires * est une des sources les plus grandes d’embarras et d’obscurité. Aux peuples qui ont trop de lois s’appliquent les paroles du prophète : Pluet super eos laqueos; remettre l’ordre et l’unité dans une législation confuse est une entreprise héroïque, digne de toute espèce d’hommages, et heureuse surtout quand l’époque de la codification est supérieure aux précédentes, avantage qui a manqué à la refonte du droit romain.

Bacon tranche le différend du philosophe et du juriste, en attribuant l’enseignement de la politique à l’homme d’État*. Sans pouvoir revendiquer ce

1 a Rubricæ sanguinis ne sunto. » (Aph. 39.)

* « Non placet Janus in legibus. » (Aph. 47.)

5 « Nihil tàm interest certitudinis legum quàm ut scripta « authentica intra fines moderatos coereeantur et facessat mul- « titudo enormis auctorum et doctorum in jure... (Aph. 73.) « Alioqui.. magis vaiebunt aeumina ingeniorum quàm aucto- « ritates legum. » (Aph. 16.)

‘ « Qui de legibus scripserunt, omnes vel tanquàm philoso- « phi vel tanquàm jurisconsulti argumentum illud tractaverunl. « Atqui philosophi proponunt multa dictu pulchra sed ab usu

titre et sans traiter ex professo du gouvernement des cités, Descartes, protestant au nom de la conscience et de la raison contre la politique du moyen âge, nous a laissé son À nti-Machiavel dans une réponse qu’il adressait à la princesse palatine Élisabeth :

« J’ai lu le livre dont Votre Altesse m’a commandé de lui écrire mon opinion, et j’y trouve plusieurs préceptes qui me semblent fort bons, comme, entre autres, aux xix' et xx* chapitres, qu’un prince doit toujours éviter la haine et le mépris de ses sujets, et que l’amour du peuple vaut mieux que les forteresses. Mais il y en a aussi plusieurs autres que je ne saurais approuver, et je crois que ce en quoi l’auteur a le plus manqué est qu’il n’a pas mis assez de distinction entre les princes qui ont acquis un État par des voies justes et ceux qui l’ont usurpé par des moyens illégitimes, et qu’il a donné à tous généralement les préceptes qui ne sont propres

qu’à ces derniers Mais c’est un très-mauvais

sujet pour faire des livres que d’entreprendre d’y

« remota ; jurisconsulti autem, suæ quisque patriæ tegum, vel « etiam romanarum aut pontifieiarum placitis obnoxii et addicti, « judicio sincero non utuntur, sed tanquàm è vinculis sermo- « cinantur. Certè cognitio isla ad viros civiles propriè spectat, « qui optimè nùrunt quid ferai socie tas humana , quid salus « populi, quidæquitas naturalis, quid gentium mores, quidre- « rum publiearum formas diversæ, idèoque possunt de legibus « ex principiis et præceptis tàm æquilatis naturalis quàm poli— « ticæ dccernere. » ( Proœmium .)

donner de tels préceptes qui , au bout du compte, ne sauraient assurer ceux auxquels il les donne... » La saine logique du grand penseur comprend le mal fait aux ennemis , mais non cette espèce de tromperie odieuse et antisociale qui consiste à se présenter comme l’ami de ceux qu’on veut perdre. Sa tendance gouvernementale est l’idée monarchique du dix-septième siècle, opposée aux résistances du seizième ‘ ; mais, comme moyens d’autorité, il recommande principalement la tolérance 'et la justice, qui forment et conduisent l’opinion s : « On ne doit

» « Pour ce qui est des sujets, il y en a deux sortes, à savoir les grands et le peuple. Je comprends sous le nom de grands tous ceux qui peuvent former des partis contre le prince, de la fidélité desquels il doit être très-assuré, ou, s’il ne l’est pas, tous les politiques sont d’accord qu’il doit employer tous ses soins à les abaisser, et qu’en tant qu’ils sont enclins à brouiller l’Etat, il ne les doit considérer que comme ennemis. »

* « Je désapprouve la maxime d\i chapitre xv, que, le monde étant fort corrompu, il est impossible qu’on ne se ruine si l’on veut être toujours homme de bien... Si ce n’est peut-être que, par un homme de bien , il entende un homme superstitieux et simple qui n’ose donner bataille au jour du sabbat, et dont la conscience ne puisse être en repos s’il ne change la religion de son peuple ; mais pensant qu’un homme de bien est celui qui fait tout ce que lui dicte la vraie raison, il est certain que le meilleur est de tâcher à l’être toujours. »

a Bacon appelle aussi le règne de celte puissance invisible qui n’est autre que le progrès de la civilisation : « Quod ipsà « potestate sit libcrum, famà tamcn et existimatione sit circum- « scriptum. » (Aph. 38.)

pas entreprendre, dit-il, de faire venir tout d’un coup à la raison ceux qui ne sont pas accoutumés de l’entendre; mais il faut tâcher peu à peu, soit parla voix des prédicateurs, soit par tels autres moyens, à la leur faire concevoir : car enfin le peuple souffre tout ce qu’on peut lui persuader être juste, et s’offense de tout ce qu’il imagine être injuste. » La politique cartésienne porte, en un mot, la double empreinte de son origine et de son temps, de ce siècle des bons esprits, qui inaugura le droit des gens et la belle littérature, la vraie philosophie et la majestueuse unité du gouvernement du grand roi.

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