‹ Tableau historique des progrès matériels et intellectuels du Canada [microforme]Chapitre 7 sur 10 · RL A · texte numérisé non relu

RL A

ER

‘la porte de leur ancien collége, où personne ne les reeon-

naît. Leur zèle et leur dévouement n’ont pas changé : il trouve au contraire de nouveaux ;alimens dans les traces profondes que plus d’un siècle de travaux et de succès ont laissées, et dans les souvenirs affectueux et sym-

fpathiques dont ils. sont encore l’objet... Leurs travaux

apostoliques recommencent, leurs missions interrompues du lac Huron et du Sault Ste. Marie se continuent, et les peaux rouges revoient avec bonheur les robes noires d’autrefois. Pour eux, le Canada est. toujours la Nouvelle- France, et Montréal, Ville-Marie, et pour eux aujourd’hui, comme 1l y a denx siècles, l’éducation est le premier besoin de la sociétè. A peine ont-ils m le pied en Canada qu’ils deviennent l’objet de Ja bienveillance universelle [et particulière, faudrait-il ajouter, de M. le maire actuel de Montréal], les dons se multiplient, les bourses se délient, et à moins de deux ans les Jésuites ouvrent à Montréal un collége qui ne tarde pas à jouir d’une haute réputation. Aujourd’hui le collége Ste. Marie compte au delà de cent élèves qui viennent des différentes parties du pays et des.états voisins puiser une éducation qui ne le cède en rien aux hautes institutions de l'Europe. Ortre les cours ordinaires suivis dans les autres collèges, le collége Ste. Marie possède une Ecole de Droit sous le patronage des membres du barreau canadien les plus distingués de Montréal, et jouit en conséquence de priviléges que la Législature provinciale n’accorde pas aux autres institutions. La date toute récente de la fondation de ce collège, le cours d’études développé et perfectionné qui y est suivi, et les privilèges exceptionnels dont ses élèves deviennent l’objet quand ils suivent le cours de droit, me ramènent tout naturellement au grand évènement de l’époque, à l’inauguration de l’enseignement universitaire.dans le Bas-Canada.”

Québec avait une société Littéraire dès le.commencement de son siècle, ou même ji’an 1779,selon Lebrun ; mais ce devait être l’association de Ja Bibliothèque. La société Littéraire et Historique, qui :s’est formée plus tard, sans s’être acquis une grande célébrité, a fait im-

. primer, avec le secours de la Législature, quelqnes. ma-

nuscrits précieux sur l’histoire du pays, et trois volumes de.ses Transactions, comme on paraît être convenu d’ap-

ÿeler ces sortes de publications. Elle avait surtout amassé une magnifique bibliothôque, et M. Faribault, l’homme quia le plus fait pour elle, est un lettré de distinction. Mais cette société a été presque entièrement ruinée par l’incendie des Chambres du Parlement à Québecg Voici ce que dit de ce corps Isidore Lebrun, dans la Tableau des Deux Canadas: “La Société Littéraire et Historique, qui n’est pas encore l’Institut du Canada, propose tous les prix suivans: des médailles d’argent pour des observations météorologiques, pour la découverte de houillères, de métaux, d’une pierre propre à la lithographié, pour l’ichtiologiée des iacs et rivières ; d’autres médailles pour la fabrication perfectionnée de la potasse, l’extraction d’une huile limpide de la graine de Soleil et pour des recherches sur les plantes indigènes applicables à la médecine ou à la teinture; d’autres encore pour la propagation des perfectionnemens agronomiques, de la culture du chanvre, deseprocédés économiques de chauffage ; elle en accorde aussi pour les meilleurs tableaux, originaux ou copies, pour les traités les plus approfondis sur l’histoire ancienhe du nord de l’Amérique, sur les idiômes, mœurs et coutumes de chaque tribu indigène ; enfin pour la meillleure pièce en vers, desèriptive, lyrique ou dramatique sur un sujet tiré de l’histoire du Canada.” Plus active dans ses commencemens que de nos jours, comme on le voit déjà par les prix offerts, elle couronnait en 1828 un poëme français ; ie Siége de Missolonghi et un poëme anglais, The Canadian Harp, ce dernier dû à M. W. Hawley, de l'Ile aux Noix; aussi un Essai sur la Conchologie des environs de Québec par Madame Shephard. L’un des premiers essais lus devant cette société fut l'excellente dissertation de M. Berthelot d’Artigny au sujet du canon de bronze trouvé sur un banc de sable du Saint Laurent devant la paroisse de Champlain. Mais, reprend Lebrun, on lit dans ses Transactions, : beaucoup plus de dissertations scientifiques que de morceaux historiques’ où littérairés.”” Ce caractère lui vient de ce qu’en 1829, la société pour l’encouragement des arts et des sciences, fondée en 1827 par lord Dalhousie, se réunit à elle, et renonça à son titre, tandis que la Société Littéraire et Historiques eût dû plutôt renoncer au sien. En effet, eile forme depuis lors quatre classes, de littéra-"

ture, d’histoiré naturelle, des sciences et des arts. Ily a: quelques années, la ville de St. Mâlo entrait en relation avéc elle par l’entremise de son maire, M. Hovius, et lui offrait un tableau représentant Jacques Cartier. La Société d'Histoire Naturelle de Montréal possède un assez beau musée et uñe bibliothèque assez mal choisie. Elle a obtenu des octrois de la Législature à la condition de faire donner annuellement au moins trois lectures. Le dor-" teur Meilleur s’était chargé de cetté tâche, quand sa nomination à la dignité nouvelle de Surintendant de l’Instruction Publique, pour laquelle ila tant fait durant treize années dé fonctions, l’empêcha de tenir sa promesse. Cette société, aprés avoir décerné une médaille à M. W. Shephard, de Québec, pour un essai sur nos arbres forestiers, et une autre au colonel Covert de Cobourg, pour un écrit sur la culture du chanvre, était tombée dans lacracie. Dans le fait, on peut dire de toutes les sociétés scientifiques et littéraires de l'Amérique, qu’elles travaillent peu. “Plusieurs résident aux champs ; rarement nos réunions sont complètes ” écrivait un membre de l2 Société Historique de New-York. La Société d'Histoire Naturelle a réussi à sortir tant soit peu d’un oubli mérité en montrant son musée au Nonce Bedini, et en induisant la Société Américaine pour l’avancement des sciences et des arts à venir siéger à Montréal. Mais les grands travaux sur l’histoire des peuples et sur l’histoire naturelle ne sont point sortis des sociétés de Québec et de Montréal, ‘ Pierre Chasseur, dit Pécrivain français que nous citons si souvent, quoique dépourvu d’instruction classique, est parvenu par son zèle infatigable, à former un cabinet d’histoire naturelle’ La législature en fit l'acquisition et chargea le docteur Meilleur, élève du professeur américain Hall, qui létuit lui-même de l’abbé Hauy, de le classer’ selon l’ordre des trois règnes et des espèces ou variétés diverses. Ce trésor national a péri presque entièrement lors de l’incendie qui fut si fatal à Ha Société Littéraire.

La Société d'Histoire Naturelle de Montréal était due principalement à la profession médicale. Avant la fondation du collége McGill, et après aussi, les jeunes Canadiens dont les parents en avaient lé moyen allaient étu- dié dans: les Ecoles des Etats-Unis, d'Edimbourg. de -

ER

Londres et de Paris: rn peut citer ici:les-docteurs Blan-

chet, Charlebois, l'essier, Meilleur, Stephenson, Trestler, Deschambault, Leprohon, Peltier et Maguire.. On commence: à s’acheminer vers l’Ecole de Louvain, temoin M. Larue, qui a eu une polémique avec le professeur Coderre. Le decteur Blanchet publia le premier un livre sur la Médecine ; vient ensuite le docteur Tessier, qui traduisit en Anglais la Thérapeutique de Begin, et qui fonda à Québec le Journai de Médecine. Le premier journal de Médecine imprimé à Montréal fut dû au docteur L eprohon, le frère, je crois, de celui qui est consul de France à Portland, et qui à été commissaire -américain à l'Exposition. de -Paris.. Sion peut citer les premiers écrivains, il est plus difficile de remonter à l’origine de enseignement de la Médecine en Canada. Nous avons cité un document qui-constate le projet de l'établissement d’une Ecole de chirurgie à Québec, sous les Français. Le docteur De Bonne, Médecin du Roi et de l’Hôtel-Dieu, forma M. Le Roux, qui alla se faire tuer sur les marches du trône de Louis XVI, et le docteur Feltz, chirurgien à Montréal, forma M. Compain, qui embrassa plus.tard le sacerdoce, mais qui continua à donner ses soins aux malades. Je ne reviendrai pas ici sur le collége McGill, ni sur l'Ecole Canadienne, due à l’activité et à l’industrie de jeunes et savans médecins, aux quels quelques anciens ont bien voulu depuis prêter leur concours. La profession médicale est aujourd’hui incorporée et organisée sous la conduite d’un certain nombre

. de directeurs. ,

Le barreau de Québec et de. Montréal, disait Lebrun en 1832, ne compte point d'avocats qui aient fait leur droit en France. Un-jurisconsulte de Québec, M. Piamondon, a donné avec suecès des lectures-sur cette science : mais elle n’y a-pas encore de.véritable enseignement : comme aux Etats-Unis, il suffit de-fréquenterassidument le cabinet d’un avocat et d’obtenir une admission.” Depuis que celà a été écrit, M. Guillaume Lévesqne, le premier, puis M. Lacoste, et enfin M. Euclide Roy, ont fait à Paris des cours -plus ou: moins longs: « Les deux premiers.sont-morts. Le second;.en partioulier; était bien propre à devenir une véritable gloire. pour:le barreau ca-

. nadien, car il votilait abandonner la proféssion de notai-

te: : Les trois principaux dvocats canadiens ‘de Montréal se plaisaient 4 -le faire travailler et faisrient de lui jes plus grands éloges. Il ne me sied pas mal sans doute de réveiller la mémoire deiceux qui devaient faire notre or: gueil si la mort‘impitoyablé n’eût pas abrégé leur carrière. C’est à lui gu’aurait appartenu de droit la mission d’être le restaurateur.de Penseignement en Canada, puis: qu’il avait puisé la science à un de ses principaux foyers. Aprés M. Plamondon, MM. Viger, O’Sullivan, Beaudry, Badgley et Driscoll entreprirent tour-à-tour de servir les étudians, et ne persévérèrent pas plus que lui, soit parce que leurs affaires ne le leur permirent pas, soit parce qu’il eût fallu que leurs travaux eussent été encouragés par une loi. Ce fut en 1849 que le barreau fut organisé en Corporation et que l’enseignement du droit fut, non pas établi, mais encouragé par une exemption de temps. Deux années après fut fondée l’Ecole de Droit, dont on a parlé suffisamment, et qui est le premier cours régulier et suivi donné dans le pays depuis les Conférences du Procureur-Général du Roi de France quatre vingt. dix ans avant cette époque. En 1853, le collése McGill organisa une faculté de bacheliers [“|, qui sont censés: donner des cours réguliers ; et en 1854, la faculté de droit de P'Université-Laval reçut un commencement. d’organisation. Si ces deux institutions n’ont pas eu tout le succès désirable, celà ne dépend-pas-peu de ce que, dans ce pays ou les cours ne sont pas obligatoires, on a voulu avoir plus de professeurs que dans ceux où ils le sont, etoù ceux mémes qui ne se destinent pas au barreau font leur droit. Au Temple même, qui est une Ecole spéciale .de droit, anglaise, le nombre de professeurs est fort limité, —un par collége (inn). IL’Université de Cambridge en a deux ainsi que celle de Dublin.’ Celles d'Oxford, de Londres, de Durham, de Glasgow n’en ont qu’un. Seule, celle d’Aberdeen en a trois. Alors que la faculté Laval n’avait que cinq-élèves inscrits; elle nommaït sépt professeurs , et en appelait de France un huitième. Deu%'seulement ont donné des : leçons: Les programmes: des facultés

(*) Si le collége McGill ne donne que le dégré de bachelier même

au doyen, au moins donne-t-il des degrés de docteur.en droit romain à deë-marchandsl

-McGillet Laval demeurent jusque à ce jour: infiniment . plus étendus que l’enseignement. réel. (On a donc droit d’être surpris que l’honorable Surintendant ait donné ces programmes pour des faits et.dans le Directory de Lovell, et dans son excellent écrit sur les Universités et Collèges imprimé dans le journal anglais de l’{nstruction Publique : la statistique, science.à son. origine, devient de nos jours une véritable duperie. |

* Comme M. Piamondon, le notaire Constantin avait rédigé des cahiers pour les étudians. Une lecture du Jugeen-Chef Sewell devant la Société Littéraire et Hisiorique est.un petit chef-d'œuvre d’exactitude et de concision : ce magistrat est parvenu à grouper dans quarante pages imprimées tous les faits généraux de l’histoire de l’ancienne jurisprudence française. MM. Des Rivières, Beaubien et Doucet ont publié des traités élémentaires qui ont eu leur utilité, quoique ce ne soient que des œuvres inachevées. La compilation encore moins parfaite de M. Crémazie sur le droit criminel, et même les maussades traductions du pronotaire Perrault et ses Extraits des Régistres du Conseil Souverain et de la Prévôté de Québec, avaient servi à exciter quelque curiosité parmi les aspirans à la profession : un d’entre eux, M. McCarthy, avait donné un excellent Index des Edits et Ordonnances des Rois de France. M. Octave Letourneux, que sa famille vient de perdre, a fondé la Revue de Législation et de Jurisprudence.

Après les professions libérales viennent les arts et métiers. Dès 1827, Québec et Montréal avaient leurs Instituts des Artisans. Le docteur Wilkie donna le premier une série de lectures sur les arts.et métiers. Il est difficile de dire si la, sculpture et l’architecture ont fleuri en Canada sous la domination française. Le premier Canadien qu’on puisse citer avec avantage est Quevillon, parce qu’armé d’un Vignole, que des amis.éclairés.lui procurèrent, il ouvrit une classe et forma plusieurs bons élèves, dont il reste des ouvrages dans nos églises,

Où.en est notre mécanique. Il:est facile de le dire. T’abbé Duchaine et Charles Laurier obtinrent autrefois des brevets d’invention, celui-ci pour le loch terrestre, cedui-là: pour des systèmes nouveaux de construction de ponts et de paratonnerï'es. M. Paradis a eu la même fa.

LS e

-veur.pour ses moulins à battre. On a beaucoup.parlé du

canon La Rochelle, Nos charrues ont obtenu le prix du concours entre les nations dans les environs de Paris. Nos pompes à incendie y ont été reconnues plus puissan-, tes que celles d'Europe. Les voitures Leduc et Gingras

ont eu l’admiration du prince Napoléon, et ces habiles ar-

tisans ont profité depuis des avis qu’on a bien voulu leur

donner. “ Ces voitures, dit M. de Tresca, Commissaire,

sont d’une forme élégante, et la ferrure a surtout été traitée avec beaucoup de soin : elles font honneur au goût

des constructeurs. M. Clovis Leduc a cependant con-

servé à son américaine un genre de capotte qui n’est plus

en usage depuis longtems et qui lui ôte beaucoup de sa

grâce, et M. Edouard Gingras a monté la sienne sur un

train et des roues trop peu élevés, ce qui nuit à l’harmo-

nie qui doit toujours régner dans toutes les parties d’une

voiture.” Mais ces artisans se sont surpassés à l’Expo-

sition Provinciale de l’année dernière. En parlant de

M. Romain, M. Coré, historien de la Mécanique au

XIXème siècle, dit : “ que le problême de l’application

de la vapeur à la charrue, est complètement résolu par un mécanicien du Canada, qui s’honore de son origine fran-

çaise.?

Voilà pour l’utilité ; passons à l’agréable. Sait- on si la peinture existait sous les Français ?—Le premier peintre qui soit venu à ma connaissance est le P. Piéron, Jésuite. La Mère de lIncarnation écrit de lui: “ Le P. Piéron fait merveille chez les Agniers avec ses tableaux. Il est bon peintre. Les Sauvages sont ravis de ses ‘oiles, et il passe pour le plus grand génie du monde. Il prêche le jour, et peint la nuit” Après lui, on a dit du frère Luc, Récollet, que son coloris était mauvais, sa composition médiocre, et son dessin excellent. Il peignit une Assomption pour l’Eglise des Jésuites,.et un Æcce Homa pour l’Hôtel-Dieu, de Québec... Le premier Canadien né qui s’appliqua à cet art fut, il parait, l’abbé Jean Antoine -Créqui, de Québec. Une de ses toiles ornait encore en 1825, dit-on, la chapelle Ste. Anne de la cathédrale de Québec. Notre premier compatriote qui étudia en Europe et qui: y remporta un prix fut Beaucours. M. Plamondon, élève de Paulin Guérin, puis MM. Hamel et Bourassa J'oat suivi. Feu l’honcrable Joseph Légaré ne dut'rien

AN PR. | {mt LAMEË De de «

Page 1