‹ Tableau historique des progrès matériels et intellectuels du Canada [microforme]Chapitre 9 sur 10 · PS · texte numérisé non relu

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qu’on fasse, douée d’immutabilité ; comme la progression est une loi universelle, nous ne saurions blâmer ces emprunts qui se font journellement des langues sœurs. Quand ils sont judicieux, usage ne tarde pas à les légitimer ; quand ils sont vicieux, un ostracisme a promptement fait justice de leur introduction adultérine. Certes ! on ne peut s’empêcher d'admirer ceux qui, drapés dans le manteau de la règle, :epoussent tout ce qui est en dehors ; ces gens-là témoignent d’un grand courage, mais aussi d’un profond aveuglement. Ne semble-t-il pas qu’ils fouettent les flots courroucés dans l’espoir de les calmer ? Ne laissez point frelater l’essence de votre langue ; mais n'ayez pas peur de l-nrichir de parfums exotiques, surtout quand vous y pouvez verser une expression concrète.

Abstraction faite des circonstances, cet écrivain n’a pas tort, car il a pour lui cette maxime devenue si vulgaire, est modus in rebus. Mais si nous ne sommes pas rigoristes en présence des Anglais, notre langue est perdue. Nous sommes situés comme certains grands sacrificateurs de Bacchus, qu’il faut condamner à l’abstinence totale. Plutôt adopter de bonne grâce la langue d’une grande nation quelconque, si nous sommes destinés à jouer dans cinquante ans le rôle d’ilotes balbutiant ia langue de leurs maîtres !

Revenons à l’histoire.—Les premiers ouvrages historiques de M. Christie sont cités en Europe par Alison. Son histoire constitutionnelle du Canada n’est qu’une compilation, utile pour ceux qui seraient, sans son secours, obligés de feuilleter les journaux parlementaires, mais sans liaison, sans suite et sans goût—remplie de documens en désordre qui n’ont aucun rapport avec son œuvre : le mérite littéraire est en un mot beaucoup plus que nul, Ona laissé perdre le manuscrit de l’abbé Paquin, qui a J= premier recueilli les matériaux d’une histoirs ecclésiastique. Le Grand-Vicaire Noyseux s’est essay 6 le premier dans la biographie, se bornant aux ecclésiastiques. Les Canadiens s'étaient montrés en général peu cnrieux de leur passé, surtout avant la création de la Société Littéraire et Historique, à la quelle Andrew Stuart a fourni des notes historiques curieuses. Ils ont néanmoins dans le Commandeur Viger nn archéologue

* très distingué et d’une réputation répandue au loin. Ce. qe äura sauvé de l'oubli durant plus de qüarante années e recherches et de sacrifices‘ pécuniaires, est immense, incroyable. M. Viger n’est pas Phistorien, mais il est très propre a être le conseil des historiens du Canada. Berthelot d’Artigny,: W. Shéphard, John Flemming, D. B. Viger, Alexandre ‘ Buchanan, et M. Faribault ont - été nos nos hiblivphiles et nos érudits. “Quelques-uns d’eux ont réuni dans leurs bibliothèques privées jusque à quinze mille volumes. Les abbés Pelietier et Ferland ont donné des modèles de honne’ critique. Le Junius Discovered de M. Frederick Griffin, et l'Analyse Critique du Paradis Perdu: de Milton par MM. Vondenvelden et Mondelet, ne sont pas seulement des morcéaux de critique ; mais je les range, à cause de l’importänce du sujet, : parmi notre littérature transcendante. L’Influence d’un i. Livre par Philippe Aubert de Gaspé, est le premier roman : publié en Canada, car nous avons vü'que Grasset Saint- Sauveur écrivait en France. 1l'y avait peu à créer dans l’œuvre de M. Gaspé; et il h’y avait pas besoin de plan : le talent d’écrire est du reste évident. Ce roman est dédié à nn ami, Thomas Cushing Aylwin, aujourd’hui un de nos plus illustres magistrats. Comme il devient rare j'en citerai la jolie préface.

Ceux qui liront cet ouvrage, le cours de littérature de Laharpe à la main, et qui y chercheront toutes les * règles d’unités requises par la critique du XVIT'e siècle * seront bien trompés. Le siècle des unités est passé ; la ‘France a proclamé Shaksieare le premier tra gique de l’univers, et commence à voir qui est ridicule de faire parler un valet dans le même style qu’un prince. Les romanciers du XIXe siècle me font plus consister le méri-

te d’un roman en belles phrases fleuries ou-en incidens

multipliés ; c’est la natare humaine qu’il faut exploiter

pour ce siècle rositif, qui ne veut plus se contenter de

bucoliques, d® tête.à-tètes sous Parmeau, ou de promena-

des solitä’res dans les busquets.:Ces galanteries pouvaient L amuser les cours oisives de Louis. XIV et de Louis XV ;

maintenant c’est le cœur humain qu'il faut developper à

notre âge industriel, La pensée !:voilà son livre.—Il y.

a quelques années, j'avais.jeté sur le papier le plan d’un

ouvrage où, après avoir fait ; passer. mon héros par toutes

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“les tribulations d’un amour contrarié, je terminais enr:le

rendant heureux durant le reste de ses jours;- je croyais : bien faire ; muis je me suis aperçu que je ne faisais que reproduire de vieilles idées , et . des sensations qui nous sont toutes connues. J’ai détruit mon mañuscrit et. j'ai cru voir uu champ pius utile s’ouvrir devant moi. J’offre à mon pays le premier roman de de mœurs canadien, et.en le. présentant à mes compatriotes, je reclame leur indulgence à ce titre. Les mœurs pures de nos campagnes sont une vaste. mine à exploiter; peut-être serai-je assez heureux pour faire naître à quelques uns de mes concitoyens plus habiles que moi, le désir d’en enrichir ce.pays. L’Znfluence d'un Livre est historique comme son titre l’annonce. J'ai décrit les évènemens tels quil sont. arrivés, m’en tenant presque toujours à la réalité, persuadé qu’elle doit toujours remporter l'avantage sur la fiction la mieux ourdie. Le Canada, pays vierge, encore dans son enfance, n’offre aucun de ces grands caractères marqués, qui ont fourni au champ si vaste au génie des grands romanciers de Ja vieille Europe. Il a donc fallu me contenter de peindre des hommes tels qu’ils se rencontrent dans la vie usuelle. Le Page et Amant font seuls des exeeptions : le premier par sa soif dn.sang. humain ; le second par sa folie innocente. L’opinion publique décidera si je dois m’en tenir à

ce premier essai. En attendant, j'espère qu’en termi-

nant. cet ouvrage, mon lecteur aura une pensée plus consolante pour l’auteur, que celle de Voltaire :

Tout ce fatras fut du chanvre en son temps.”

M. de Gaspé est mort jeune. Charles Guérin par M. Chauveau, est plus considérable. Le major Richardson a donné d’assez beaux romans anglais, où ce.que je trouve de plus saillant cependant consiste dans les malices qu’ils dit aux demoiselles canadiennes qui sont ou plutôt qui etaient trop constamment appuyées sur le bras des.hommes à habits rouges et éperonnés. Tous les-romans que fe viens d'indiquer sont assez innozens, M. Réal Aner & choisi qun pins meuvais.genro dans ses “ Réviations dn Crime.”

.Si-nousavons ætibrassé 1015 les genres de littératnre, celà. ne nous a pas empêché d’asrsrer à la philosophie

et aux'ris utiles et agréables. Jsidore Lebrun, cite de

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Pierre Bedard, tribun populaire puis magistrat, un Traité du Droit Naturel Démontré par des Formules Algébrique, (a peu près comme Cochin prétend démontrer par la même voie sa politique harmonique) ainsi que des Observations Critiques sur les écrits de M. De Bonald de l’abbé de Lammenais. L’abbé Painchaud a traité les mêmes sujets et fait des recherches snr le magnétisme animal. T’abbé Odelin, ancien professeur de philosophie à Québec et à Nicolet, attaqua les doctrines de Lammonais, que défendaient les prêtres dn nouveau Séminaire de St. Hyacinthe ; et Vopinion Ini attribuait déjà la victoire, quand lEncyclique de Grégoire XVI vint ranger de son côté ses adversaires eux-mêmes, parmi les quels Pon comptait d'aussi habiles hommes que l’évêqne de St. Hyacinthe et le grand vicaire Raymond. (*) L’abbé Odelin ne se fesait pas moins d'honneur par ses pensées théologico-philosophiques, qu’on imprimait dans les Mélanges Religieux, quand la mort l’en'sva à son pays. Le Grand Vicaire Demers a fait imprimer un livre d’Institutions Philosophiques plus curieux que les autres qui sont à ma conuaissence. Les abbés Boucher-Belleville et Laroque se sont occupés de contreverse, le grand vicaire Roux, Jean Jacques Lartigue, et les abbés Chaboyer St, Germain et Besserer, de droit eanon; le grand vicâire Viau et le docteur Aubry, de théologie ; le grand vicaire Maguire et Mgr. Bourget, de rubriques. Le doc- ‘teur Meilleur a, le premier, attiré l’attention de ses compätriotes sur la chimie et ia géologie sans s'éloigner de ces grands maîtres qui, tels que Cuvier, ne font pas de cétte science une ennemie, mais bien une auxiliaire de la théologie. M. Cruchon a depuis publié un cours de physique, et le Witness, journal protestant de Montréal veut bien mettre 3 côté des rapperts géologiques de Sir W. Logan, le: Frapport sur lPadministration et les Ressources des Terres de la Couronno, qu’il vient de mettre au jôur, eMirichi d’un grand nombre de cartes précieuses. Quand ?, Xf: Logan, instruit dans les Universités de l’Ecosse, Mais né à Montréal, il est au premier rang entre iCS fjayans des deux Mondes. Quand le Rapport de la

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Traité gébtiontrér é des onald traité tisme sophie mmonaire a ViCanger quels le St.

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Société des Mines du lac Supérieur disait de lui: “ His incessant and arduous lahours in his. immense field for inwestigution, to not only greatly. enhance the value of the public domain, but secure for him in the scientifu world .& Well earned reputation as enduring asthe rocks and waters,” un pareil langage pouvait passer pour de la flatterie. Mais depuis qu’il a obtenu à Londres et à Paris les Mé- Jailles d'honneur, et celle de Wollaston ;—qu’il a exposé une collection minéralogique plus complète et mieux classée qu'aucun autre savant,—que Maurchison et Dufresnay ont prononcé son éloge, que les corps savans l’ont admis dans leur sein, et que les souverains l’ont décoré, M. Logan est une gloire non seulement canadienne, américaine riême,—mais universelle.

L’Arpentenr-Général Bouchette est cité pour la géographie a côté des plus grands noms de l'Amérique et de PEurope, et l'abbé Holmes a écrit un petit chef-d'œuvre ence genre. L’agronomie fait les plus grands progrés ; mais depuis longfems, nous avions eu des agronomes très distingués, tels que le capitaine Douglas, traducteur de Sir Humphrey Davy, Valère Guillet, feu M. Perreault, dont la gloire revit dans son petit fils, élève du collége royal de Girencester et de l’Ecole Impériale de Grignon, etenfin M. Evans. je traité de la Grande et de la Petite Culture par M. Perraut, couronné à New-York, est apparemment mieux écrit que ses autres ouvrages, si l’on enjuge par l'extrait suivant du rapport. du savant Pascalis, “L’admirable maxime du vénérable, agriculteur, qui fut honoré de son souverain Henri IV, s’applique exactement à l'écrivain canadien et peut servir à indiquer et:à définir la nature et le mérite de son utile et modeste traité. Il paraît tirer la philosophie de son art d’une longue expérience ; il enseigne une pratique judicieuse et une théorie saine. Iltraite son sujet avec une charmante simplicité ; il unit une méthode claire à une telle pureté de langage, que son ouvrage mérite d’être mis iu rang des livres classiques.” Le traité de Valère Guil-

. et, couronné par Ja Société Littéraire et Historique, fut

uivi d’un Supplément par le docteur Meilleur, appliquant

.a,chimie à l’agronomie. Henry Taylor, auteur du Sys-

ëme de la Création, excellent traité scientifique quia cu'neuf éditions, et l’ex-Surintendant, proposérent à peu

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près en même temps des moyens de détruire la moûche" hessoise et autres insectes nuisibles à la végétation, lais- :

sant ainsi bien loin derrière eux le professeur Hind : le

second suggéra aussi ies alcakis comme engrais. Le traité :

de M. Evans fut traduit: en françuis aux frais de la Législature: | Veüt-on un résumé: de‘ eette’ canserie ?——Ah bien! non, ce n’est pas une eanserie, puisque les dames ne répondent pas; —mais quoi que ce soit, je dis qu’eu égard au chiffre de sa population et aux degrés que les Canadiens mesurent dans léchelle chronologique des nations, le Canada a eu-autant d’hommes distingués qu'aucun autre ays ;—dans la guerre, D’Iberville, le chevalier DeBeaujeu, les Vaudreuil, Chaussegros de Léry, Salaberry ; dans la navigation et la géographie, Joliet, Vauquelin, Bouchette, Franchère; Beaucours, Falardeau,; Setron dans les arts ; dans la mécanique, Duberger, Laurier et Romain: Perrault dans l’agronomie. Dans les sciences, le grand-vicaire Demers, l’abbé Duchaine, les frères Lesieur Desaulmiers, l’abbé Holmes, le docteur Meilleur etsurtout Sir W Logan ; Bedard et Odelin dans la métaphysique ; l'honorable D. 'B. Viger, M. Todd et MM. De Sales Latériére, Labrie, Blanchet et D’Estimauville, entre nos publicistes ; dans l’érudition et l’6loquence du barreau; à part du célèbre Cugnet, les Panet et les Moquin; les Plamondon et les Valliéres de St. Réal et plusieurs contemporains que je ne veux point nommer, de peur d’en oublier. Dans un ouvrage imprimé jai donné de Sir James Stuart une idée assez défavorable comme jurisconsulte : comme parleur au barreau, c’est autre chose; et je dois dire que- lord Selkirk:disait au sortir d’un de'ses plaidoyers, qu’il n’avait entendu rien de mieux en Angleterre même: Si M. Papineau est connu en Europe comme orateur et tribunpopulaire, M. Lafontaine n’y est guéres moins connu comme: homme d'état. Dans la littérature, la critique et les antiquités, citons Grasset St. Sauveur, Michel Bibaud, le Commandeur Viger, Berthelot d’Aïrtigay, M.‘Faribault, l'abbé Ferland, M. Parent et M. Chauveau. Ce dernier aura encore le

mérite de faire connaître cette littérature à l’Europe ; . parmi les bienfaiteurs de l'Education, on ne mariquerà : pas de le nommer à côté des Sanguinet, des Labrie, des-x

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