CHAPITRE I
qu'elles n'ont pas dans une atmosphère plus dense. Rien d'aussi curieux que de les voir se lever. Leur sortie des montagnes de neige , qui entourent le voyageur , produit comme un éclair soudain; et, quand elles se couchent derrière les pics qui bordent leur horizon , leur disparition se fait avec la même rapidité que leur occultation par la lune.
La cime la plus élevée de cette partie de l'Himalaya paraît être le Duddrinauth , qui , d'après le calcul du major Neabel , a une élévation de 23,44! pieds. Le pic de Kedarnautb, autre cime de la même chaîne , n'a que 400 pieds de moins. Il existe dans le district de Jawahir trois pointes encore plus élevées, et dont la plus haute n'a pas moins de 25,749 pieds au-dessus du niveau de la mer.
Mais nous ne sommes pas encore arrivés au point le plus élevé, Auprès de la source du Gunduk , dans le Thibet, est un pic très-remarquable distingué par le nom de Dhaooala-Giri , la montagne blanche f qu'on peut certainement considérer , dit M. Colebrooke , comme élevée de 26,862 pieds au-dessus de la mer : c'est le Mont- Blanc de l'Himalaya. Quoi qu'il en soil , <ette
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étonnante chaîne de montagnes renferme incontestablement les plus grandes élévations du globe. Le Chimboraço. montagne la plus élevée des Andes en Amérique, n'est pas à plus de 21,470 pieds au-dessus de la mer; ce qui fait 3,ooo pieds, ou, si nous en croyons M. Colebrooke, 5,ooo pieds de moins que les sommets les plus élevés des montagnes de l'Inde.
Après cela il nous reste peu à dire pour ajouter à l'intérêt de cette description. Les Ghates, qui étendent leurs chaînes de montagnes depuis Bombay jusqu'au cap Comorin, dans une direction presque nord et sud , avec une petite incli-r naison a l'est , en suivant la ligne de la côte , sont plutôt remarquables par leur beauté pittoresque que par leur hauteur. Cependant les Nilgherry de l'autre côté de l'Inde , presque derrière Madras, offrent assez d'intérêt pour mériter quelques mots avant de terminer. Outre que cela pourra exciter la curiosité , nous y trouverons un exemple de l'absurdité de cette politique qui faisait que les Espagnols tenaient tous les autres peuples dans l'ignorance de ce quç contenaient leurs colonies d'Amérique , et de celle des Anglais, doublement absurde, qui re~
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tiennent non-seulement les étrangers, mais encore leurs compatriotes, dans une ignorance encore plus profonde au sujet de l'Inde.
Avant la récente conquête du Népal, sous le marquis d'Hastings, les régions élevées des monts Himalaya étaient inaccessibles aux voyageurs anglais. Dans la partie du sud de l'Inde, au contraire, tout le pays était ouvert à leurs recherches. Le meilleur motif qu'on pût alléguer pour la découverte et la possession d'une région dans un climat tempéré, était les maux auxquels sont sujets les Européens dans les climats chauds des Indes , et la nécessité qui en était la suite , dans l'idée de l'absence de tout climat tempéré dans l'Inde, l'inaccessible Himalaya excepté, de faire entreprendre aux malades de dispendieux voyages h Vîle de France , a la Nouvelle Galles du sud, au cap de Bonne-Espérance ou en Angleterre. L'éloignement de tout climat bienfaisant avait coûté la vie a une quantité innombrable de personnes. Des années d'un temps précieux et des sommes énormes avaient été sacrifiés, dans ces longs voyages , par ceux qui étaient obligés de s'absenter pour rétablir leur santé,
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Eh bien! pendant tout ce temps, une région existait parmi les collines du Nilgherry , à une petite distance de Madras, où les Anglais avaient des établissemens depuis près de deux siècles; et , grâces au système de restriction et d'apathie qui gouvernait ce pays sous ses rois marchands, ce ne fut qu'en 1819 que cette région fut découverte.
Quel que soit l'état de maladie et de souffrance de ces corps civils et militaires d'Européens, que le destin relègue dans les plaines basses de Calcutta, de Madras et de Bombay, il n'y a à cela pour le moment aucun remède. On n'a fait encore aucune recherche sur la salubrité comparative d'autres positions, et, par suite, on n'a encore jeté les yeux sur aucun lieu, où les Européens pussent jouir de la température du climat de leur pays natal , ni trouvé de ville où l'on fût à l'abri des maladies et du mauvais air de la plaine. Cependant rien n'égale la salubrité des collines du Nilgherry, plateau étendu entre Madras et la côte de Malabar. Le thermomètre s'y maintient a 6o° dans la première quinzaine de juin, à une élévation d'environ 3, 000 pieds
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au-dessus du niveau de la mer ; tandis qu'a cette même e'poque il esta ii2°au pied de ces mêmes collines.
Je ne puis résister au plaisir de communiquer au lecteur, à ce sujet, quelques extrails d'une lettre écrite du plateau du Nilgheny, le 16 juin 1824? et qui a été publiée dans les journaux anglais du temps. Voici cette lettre.
« Vous apprendrez , je pense , avec plaisir que je jouis pour ma santé de tous les avantages que je pouvais souhaiter; et pour cela l'expérience que j'ai faite de venir sur ces montagnes m'a parfaitement réussi. Après avoir passé quelques jours très-agréablement a Calicut, je montai dans mon palanquin, avec le jour, dans la matinée
du , et je me dirigeai par le Coim-
betor , de préférence a un autre chemin , de moitié moins long, mais qui est considéré comme dangereux. Le malin du cinquième jour, j'arrivai au pied des collines, et je commençai à les gravir vers le milieu de la nuit suivante. Au point du jour, je me trouvai au milieu de tout ce qu'a de charmes le spectacle des montagnes, des rochers , des collines, des bois et des torrens; el? après avoir monté encore quelque temps
0,2 ^ÀBLEÀU DE L'iNDE.
j'arrivai à 10 heures pour déjeuner a un petit établissement nommé Dinhutty , où quelques Européens ont construit des habitations. Le thermomètre , qui plus bas était a 980 , était en cet endroit descendu de 3o°, et je ne fus pas iaché le soir de me coucher sous deux bonnes couvertures. Je ne saurais vous décrire le plaisir que me causait ce changement. J'oubliai que j'avais été malade, et, malgré mes fatigues, j'étais dehors toute la journée, imaginant presque que j'étais eu Angleterre. Le paysage est charmant à Dinhutty ; les montagnes y sont taillées à pic , et resremblent beaucoup a celles de la Suisse ; le climat y est délicieux, et tout y a tellement l'air de l'Angleterre, qu'on oublie qu'on est dans l'Inde; et je l'oubliai réellement quand je marchai au mois de mai, l'espace de deux milles, avec des dames , pour me rendre a un dîner à trois heures. Après avoir passé là quelques délicieuses journées, je me remis à monter; je fis quinze milles à cheval, et j'arrivai ici en un lieu nommé Cotacamund , environ 2,000 pieds au-dessus de Dinhutty et par suite un peu plus froid. Le paysage est tout le long de la route d'une extrême beauté. La campagne est différente de celle de