CHAPITRE II. IO
ville et dans les faubourgs , par la crainte des voleurs de grands chemins. En voyageant seul, pendant la nuit, en Angleterre, et a i5 milles de Londres , il est impossible que personne soit plus rassuré contre les vols et les meurtres qu'on ne l'est dans l'Inde , en allant de la capitale à 20 et même a 5o milles dans le pays. De cette absence de toute vigueur de corps et d'esprit dérive un autre trait de leur caractère , et qui ne leur fait pas grand honneur. Ils craignent les autres, et cette crainte, jointe a un manque total de principes de morale, n'est que trop propre à leur inspirer une certaine abjection d'esprit, qui s'exprime parla bassesse et la flatterie la plus vile. Comme ils ont peu d'espoir d'obtenir ce qu'ils désirent par la force , ils essaient de vous désarmer par les plus h ambles soumissions, et de vous gagner par ces flatteries extravagantes, qui sont la marque la plus sûre d'un caractère rampant.
Bien qu'en général ils aient peu de respect pour les principes, qu'ils nous trompent cl nous dupent en affaires d'intérêt et dans mainte autre circonstance, cependant; chose exlraordinairc , quand une fois ils sont reçus dans une maison, et qu'on leur confie les divers objets
qui s'y trouvent, argent, bijoux ou argenterie, je crois qu'il n'y a pas de pays au monde où l'on trouve moins d'exemples de mauvaise foi.
Dans le gouvernement du Bengale il y a deux nuances d'indous, dont les races sont bien distinctes. Au-dessous de Patna se trouve la race appelée Bengalis, remarquable par la faiblesse de corps et d'esprit des individus qui en font partie, et par ce qui accompagne ordinairement ces défauts, la fraude et la servilité. Cette classe d'hommes parait perdre encore de son peu de force physique et morale, à mesure qu'ils approchent de la côte ; et ceux qui se trouvent audessous de Calcutta sont de tous les lndous soumis aux Anglais les plus humbles et les plus abjects. Mais, au moment où l'on entre dans le district de Bahar, ou plutôt de Bénarès, on trouve que les lndous qui l'habitent sont, en général une race d'hommes non moins remarquables par leur haute stature , qui surpasse de beaucoup celle des Européens, et la forte constitution de leurs corps, presque toujours endurcis aux travaux guerriers par un constant exercice, que par les plus belles qualités de l'âme. Ils sont braves., généreux, humains, et. d'une franchise qui égale